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Sa Sainteté le 34e Menri Trizin :
de l’importance de pratiquer

Rencontre exceptionnelle avec le chef de la tradition spirituelle Yungdrung Bön, à l’occasion de son premier voyage en Europe, en juin 2019.

Sa Sainteté le 34e Menri Trizin (cf. encadré 1) a choisi de se rendre d’abord à Montpellier. C’est là qu’enseigne Lama Samten Yéshé, l’un de ses anciens camarades du monastère bönpo de Menri, dans l’Himachal Pradesh, en Inde. Tous deux y ont eu le même maître, Sa Sainteté le 33e Menri Trizin, décédé en septembre 2017. Sa Sainteté le 34e Menri Trizin apporte avec lui les reliques de leur maître, sous forme de minuscules perles destinées à être enchâssées dans un stupa doré. Des enseignements sont organisés à cette occasion, au cours desquels il délivre des informations très précises.

En revanche, ses réponses à l’interview sont simples et brèves. Quand la question sort du registre de sa tradition le Yungdrung Bön (cf. encadré 2), il répond sans hésiter : « Je ne sais pas ». À la fin de notre entretien, il remercie en joignant les mains, se lève et s’en va. Je le suis des yeux, il ne se retourne pas. Je réalise qu’il nous a donné l’essentiel : sa présence spontanée, sans aucun désir de plaire ni de prouver quoi que ce soit.

Qu’est-ce que la tradition Yungdrung Bön peut apporter aux Occidentaux ?

Ça dépend de chaque personne. Si elle pratique de manière authentique, que ce soit dans le Yungdrung Bön ou le bouddhisme, alors elle peut s’éveiller, se libérer de la souffrance et des cinq émotions (ignorance, colère, attachement, jalousie et orgueil). Mais si elle se contente de pratiquer une fois de temps en temps, d’aller de-ci, de-là, alors Bön ou bouddhiste, cela ne donnera pas beaucoup de résultats.

Lors de votre enseignement à Montpellier le 1er juin 2019, vous avez transmis le mantra de Sherab Chamma, considérée dans la tradition Bön comme la mère de tous les Bouddhas. On trouve ce mantra sur Youtube, est-ce que tout le monde peut le réciter ?

Chacun peut le réciter, mais quand on a reçu la transmission de ce mantra et les enseignements qui l’expliquent par un maître, l’énergie est différente. Elle est plus puissante et les résultats arrivent plus vite : se libérer de la souffrance, purifier les émotions, transformer les obstacles, protéger les pratiquants de tout type de peurs.

« Quel que soit le professeur qui vous donne des enseignements, l’important est de bien les utiliser. »

Sherab Chamma incarne la perfection de la sagesse. Mère (symbolique) de tous les êtres, elle porte à tous le même amour que celui d’une mère pour son enfant unique. Elle protège notamment les pratiquants de plusieurs types de peurs, qui correspondent à différentes catégories de dangers : la peur des ennemis ; celles naissant d’imperfections comme l’attachement, la colère ou l’ignorance ; les peurs résultant de vues erronées, qui consistent à nier ce qui est et affirmer ce qui n’est pas, etc.

Est-ce qu’on peut réciter ce mantra tout en poursuivant un chemin bouddhiste ?

Bien sûr, si on est bouddhiste, on peut aussi pratiquer Sherab Chamma. Il n’y a pas besoin de changer quoi que ce soit, c’est juste la méthode qui est différente. Pour venir en France, j’ai pris l’avion, le train, mais la direction reste la même.

C’est la première fois que vous venez en Europe. Quelle est votre impression ?

J’ai trouvé des personnes qui pratiquent, qui sont intéressées par les enseignements et qui en ont déjà une certaine compréhension. Mon conseil : quel que soit le professeur qui vous donne des enseignements, l’important est de bien les utiliser. Lire, méditer et pratiquer.

Traduction du tibétain au français : Lama Samten Yéshé

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Carole Rap Journaliste économique et sociale, elle s’intéresse depuis des années à l’environnement, illustration de l’interdépendance. En pratiquant le yoga et la danse méditative, elle a découvert la richesse des voyages Lire +

Portrait du 34e Menri Trizin

Sa Sainteté le 34e Menri Trizin, abbé du Monastère de Menri en Inde, est responsable de la lignée spirituelle Yungdrung Bön. « Je me dois de tenir cette lignée, d’effectuer les initiations, les transmissions qui y correspondent. Ma motivation est d’aider tous les autres », explique-t-il. Né en 1972 au Tibet, il entre au monastère à l’âge de onze ans. En 1994, il est ordonné moine par son prédécesseur, Sa Sainteté le 33e Menri Trizin. Trois ans plus tard, il quitte le Tibet pour l’Inde afin d’étudier auprès de lui au monastère de Menri. Il y reçoit de nombreuses transmissions et instructions orales de la tradition Bön. En 2012, il obtient le titre de guéshé (1). Après le décès du 33e Menri Trizin, le 14 septembre 2017, commence le processus de sélection de son successeur, le Tagdril, basé sur des divinations. Les noms de 64 guéshés Bön, issus des deux monastères principaux (Menri en Inde et Triten Norbutse au Népal), sont écrits sur des morceaux de papier qui sont ensuite enroulés dans de petites boules de pâte de poids égal. Le monastère résonne alors des prières des moines et moniales adressées aux divinités Bönpo. Après plusieurs rituels spécifiques, l’une des petites boules émerge parmi les autres. Elle porte le nom de Guéshé Dawa Dargyal. Le 20 février 2018, celui-ci est intronisé 34e Menri Trizin. De son nom complet : Sa Sainteté le 34e Menri Trizin Lungtok Dawa Dargyal Rinpoché.

(1) Guéshé : dans le bouddhisme tibétain, titre décerné à des érudits en scolastique monastique, qui ont suivi des cursus pouvant aller de dix ans à vingt ans ou plus selon les écoles.

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L’ABC du Yungdrung Bön

Selon les chroniques bönpo, la tradition spirituelle du Yungdrung Bön a été transmise au Tibet par Tonpa Shenrab, né au Tazig (Perse) il y a 18 000 ans, donc avant le Bouddha Shakyamuni (VIe siècle avant J.-C.). Auparavant, existait au Tibet un ensemble de pratiques religieuses très anciennes, du nom de Bön, dont il est difficile de savoir quelle part a pu être intégrée ensuite au Yungdrung Bön. Originaire du royaume du Shang Shoung (à l’ouest du Tibet actuel), le Yungdrung Bön comporte entre autres les enseignements des Sutras, des Tantras et du Dzogchen, une répartition qui rappelle celle de l’école Nyingmapa du bouddhisme tibétain. Sa Sainteté le Dalaï-Lama l’a reconnue en 1987 comme la cinquième école religieuse tibétaine (avec les quatre autres écoles Nyingma, Sakya, Kagyu et Gelug). Dans son dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Philippe Cornu cite plusieurs pratiques communes au bouddhisme et au Yungdrung Bön (développer la réflexion sur l’impermanence, engendrer la compassion pour tous les êtres, purifier corps, parole et esprit à l’aide de mantra, etc.).

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