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Quand le bouddhisme entre à l’université

Le premier centre universitaire français entièrement consacré aux études sur le bouddhisme, le Centre d’études interdisciplinaires sur le bouddhisme (C.E.I.B.), rattaché à l’Inalco, a été fondé en 2016. Visite guidée.

C’est une structure unique en Europe et peut-être même dans le monde. Porté sur les fonts baptismaux en septembre 2016, le Centre d’études interdisciplinaires sur le bouddhisme a été cofondé par six chercheurs membres de trois prestigieux établissements : l’Inalco, le Collège de France et l’École Pratique des Hautes Études (lire notre encadré ci-dessous). Il a été inauguré en mars 2017 à Paris.

Ce centre, explique un communiqué de l’Inalco, a pour mission d’œuvrer à relever les défis scientifiques liés aux mutations religieuses et aux reconfigurations disciplinaires, tout en préservant et en promouvant l’héritage français de deux siècles d’études bouddhiques.

« L’idée était de réunir les enseignants et les chercheurs qui travaillent, en France sur le bouddhisme et de trouver des financements afin de promouvoir les études sur ces sujets. Ce, dans un contexte dans lequel les fonds ont tendance à bénéficier, le plus souvent,au monde anglo-saxon. Nous avons voulu créer un centre marqué d’une étiquette bouddhiste afin qu’il soit rapidement identifiable par nos partenaires », explique JI Zhe, le directeur de cette structure.

Le C.E.I.B., structure fédérale de recherche coanimée par trois établissements, dispose d’un conseil scientifique et d’un bureau composés de spécialistes français du bouddhisme qui sont soit chercheurs soit enseignants universitaires.

Favoriser les jeunes chercheurs

Les objectifs du C.E.I.B. ? Il s’agit, en premier lieu, de renforcer et de valoriser la recherche française sur le bouddhisme en favorisant l’environnement de travail des jeunes chercheurs œuvrant dans cette discipline. Ces derniers, en effet, peinent souvent à trouver un poste après l’obtention de leur thèse en sciences sociales.

Il s’agit aussi de soutenir les étudiants en doctorat, en thèse et en master. « Depuis la création du C.E.I.B., poursuit JI Zhe, nous avons distribué des bourses à tous les niveaux de recherche et d’études, des bourses postdoctorales, et des bourses destinées aux étudiants en doctorat ou en master.» Celles-ci sont financées par des fondations du monde chinois qui travaillent en liaison avec de grandes universités aux États-Unis (Columbia, Harvard et Berkeley notamment), au Canada, et en Europe, en Belgique, à Gand, et en France, à Paris (Inalco). Ces financements proviennent également de Taïwan et de Hong Kong.

« Nous veillons à aborder le bouddhisme sous tous ses aspects, à évoquer toutes les époques et toutes les ères culturelles, de l’Asie à l’Europe. » JI Zhe

Le C.E.I.B. a voulu mettre l’accent sur l’interdisciplinarité parce qu’il est essentiel, à ses yeux, pour comprendre les évolutions du bouddhisme dans le contexte de la mondialisation, de faire appel à un large spectre de disciplines : anthropologie, histoire, philosophie, philologie, sciences politiques, sociologie. « Nous voulons créer une synergie entre les enseignants et les chercheurs issus de différents champs disciplinaires de manière à mieux appréhender les enjeux à la fois spirituels, sociaux et politiques », poursuit JI Zhe.

Le C.E.I.B. cherche à renforcer les collaborations interuniversitaires et à pérenniser un réseau international de chercheurs. Cet objectif s’est traduit notamment, depuis 2017, par l’invitation d’intervenants et chercheurs invités venus d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie.

JI Zhe
©DR

Demandez le programme

Les programmes s’organisent autour de deux temps forts : le printemps du C.E.I.B., en février-mars, et la rentrée du C.E.I.B., en septembre-octobre.

L’offre est diversifiée : conférences, colloques, journées d’études, expositions. Certains de ces programmes s’adressent plus particulièrement aux enseignants et chercheurs. D’autres sont ouverts aux étudiants, ou encore au grand public. Le printemps du C.E.I.B.débute par une grande conférence annuelle d’ouverture baptisée « Lin Li-kouang distinguished lecture for Buddhist studies », à la mémoire de Lin Li-kouang, un linguiste et bouddhologue d’origine chinoise, ancien enseignant aux Langues O’ de 1933 à 1945.Chaque année, un chercheur étranger jouissant d’un rayonnement international est invité à venir donner une conférence et à présenter l’actualité des dernières recherches sur le bouddhisme. Parmi les intervenants de ces dernières années figuraient le professeur Stephen F. Teiser de la Princeton University (États-Unis), Richard Gombrich, directeur de l’Oxford Centre for Buddhist Studies (Royaume-Uni), ou encore Anne M. Blackburn, professeur d’études d’Asie du Sud-Est et d’études bouddhistes à la Cornell University à Ithaca (États-Unis).

Au printemps, le C.E.I.B. organise aussi un grand colloque international, accompagné de tables rondes, de journées d’études et de conférences. Des exemples ? En 2020, le programme s’ouvrira par un colloque international sur le bouddhisme Chan (Zen) en Asie de l’Est à l’époque médiévale (27-29 février, Collège de France). En automne, un colloque international sera intéressé à la vie intérieure des bouddhistes en Chine (1-2 octobre, Inalco), enchaînée avec une journée d'études sur l’anthropologie de la conversion en milieu bouddhique (Campus Condorcet). « Nous veillons à aborder le bouddhisme sous tous ses aspects, à évoquer toutes les époques et toutes les ères culturelles, de l’Asie à l’Europe », insiste JI Zhe en guise de conclusion.

Conférence de Richard Gombrich à l'Inalco
©DR

Notes

(1) Photo d’ouverture : Ji Zhe et Jean-François Huchet, Inauguration du CEIB à l’Inalco (©CEIB)

Pour aller plus loin

Le Centre d’études interdisciplinaires sur le bouddhisme est rattaché à l’IFRAE de l’Inalco.

Inalco
2, rue de Lille 75007 Paris et 65, rue des Grands Moulins
75214 Paris Cedex 13
+33 (0)1 81 70 10 14

Les membres fondateurs du C.E.I.B.

Catherine Despeux (professeur émérite à l’Inalco), JI Zhe (professeur à l’Inalco), Jean-Noël Robert (professeur au Collège de France), Anne Cheng (professeure au Collège de France), Vincent Gossaert et Sylvie Hureaux, respectivement directeur d’études et maître de conférences à l’École Pratique des Hautes Études (EPHE).

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