©Mireille Rossi

Vénérable Nyanadharo :
briser la carapace de l’ego pour voir la vie autrement

« Je veux changer. Comment faire pour changer ? » C’est une question que l’on entend souvent, et qui remplit des livres et des magazines, sans oublier les cabinets des psychologues. Changer, c’est sortir du fonctionnement de l’ego, qui ne connaît que deux choses : la boulimie (« Je veux ça, je veux tout ») ou l’anorexie (« Je n’en veux pas »). Toute la journée, toute la vie, on oscille entre ces deux extrêmes. Toute notre volonté, tous les docteurs ne peuvent rien pour nous sortir de notre boulimie et de notre anorexie. Qu’est-ce qui nous permet d’en sortir ? C’est prendre conscience.

Le changement, c’est aller à contre-courant de nos acquis, de tout ce qui forme notre personnalité.

C’est la méditation qui permet cette prise de conscience, et alors ça change tout seul. Ce n’est plus le côté volontaire : c’est comme une évidence, une nouvelle naissance. Ce n’est pas une compréhension intellectuelle, mais vraiment prendre conscience, le ressentir au fond de nous. Et, alors, se poser la question : suis-je assez bête pour continuer comme cela, ou assez intelligent pour arrêter et changer ? L’intelligence est à double tranchant : il faut être intelligent pour comprendre que cela ne peut plus continuer, mais l’intelligence peut parfois être bête et nous trouver des excuses, voire justifier tous nos enfantillages.

Briser la carapace de l’ego

Attendrez-vous l’accident, ou la mort, avant de changer ? Ou êtes-vous assez intelligent pour changer tant que vous êtes encore vivant ? Cette nouvelle naissance, ce changement de direction, peut se faire avant l’accident, si on a cette prise de conscience, cette intelligence. Ce n’est pas progressif, non, cela doit être abrupt. Quand on arrive dans un cul-de-sac, face au mur, que fait-on ? On reste bloqué, on attend sans bouger face à ce mur, ou on le brise pour découvrir ce qu’il y a derrière ?

Il faut faire ce retour sur soi : « Pourquoi suis-je comme ça ? ». Prendre conscience, mais sans que cela ne touche l’ego, sinon la partie est perdue : il va prendre les devants pour tout justifier. Notre ego est figé dans toute une carapace de croyances, d’émotions, d’habitudes : « J’y suis, j’y reste ». Seule cette prise de conscience – « Mais pourquoi je reste à m’embêter comme ça ? » – peut briser cette carapace de l’ego. Le changement, c’est aller contre soi-même, à contre-courant de nos acquis, de tout ce qui forme notre personnalité. Quand on voit clair, on réalise que ce ne sont que des fabrications, des illusions. Le Bouddha a eu cette prise de conscience avant son Éveil, il a arrêté son anorexie et repris de la nourriture. Et c’est comme cela qu’il a pu atteindre l’Éveil.

Il en est de même pour nous : permettons au Bouddha qui est en nous de prendre conscience, de nous libérer de nos habitudes et nous donner un nouvel élan vers l’Éveil

Vénérable Nyanadharo Originaire du Laos, le Vénérable Nyanadharo réside en France depuis 1975. Il assure la pérennité et la direction spirituelle du monastère Bodhinyanarama de la tradition des Moines de la forêt, qu’il a cofondé en 1977. Le Lire +

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