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Le mala : des perles pour baliser la pratique des bouddhistes

Constitué de toutes sortes de matériaux, discret comme ostentatoire, le mala est un objet rituel à part entière pour les bouddhistes.

D’origine brahmanique, on le retrouve tout particulièrement dans les bouddhismes indo-tibétains et sino-japonais, mais aussi sous d’autres formes et noms chez les chrétiens, sous le terme de « rosaire » ou de « chapelet », et chez les musulmans sous celui de « sabha » ou « misbaha ».

Devenu à la mode en Occident, il n’est pas rare de le voir enroulé autour du poignet de certains comme un bijou. D’autres le portent pour se protéger des mauvaises influences. Mais fondamentalement, la vocation du mala n’en reste pas moins religieuse. À l’image du boulier, le principal usage du mala est de comptabiliser les pratiques qu’il faut réaliser un grand nombre de fois, comme les récitations de mantra, les prosternations, les invocations des bouddhas, etc. Leur but : accumuler des mérites en vue de meilleures renaissances et purifier les « trois portes » que sont le corps, la parole et l’esprit. Le pratiquant utilise alors le mala pour se concentrer sur le sens du mantra, de la récitation, les éventuelles visualisations à faire, etc., sans avoir à se préoccuper de garder en mémoire le décompte des récitations effectuées.

La plupart des malas comptent 108 grains, symbolisant les 108 types d’illusions, les 108 noms du Bouddha Shakyamuni, les 108 épreuves qu’il a subies pour atteindre l’Éveil. Nombre symbolique, 108 exprime l’Univers, le plus grand que soi (le nombre 1 représente l’unité, le 0 signifie le néant ou le vide, et le nombre 8 illustre l’infini ou l’éternité). Il y a généralement une 109e perle, plus grosse que les autres, appelée « bille de tête », ou « bille gourou », surmontée d’un petit cône duquel émergent les extrémités du fil. La bille de tête symbolise la connaissance de la vacuité, le petit cône la vacuité elle-même.

Le mala est une porte vers les mystères, intérieurs et extérieurs mêlés, sans besoin du moindre intermédiaire.

Les perles peuvent être faites en différents matériaux : graines (provenant par exemple de l’arbre de la Bodhi, sous lequel le Bouddha a atteint l’Éveil), bois, pierres précieuses, verre, os, etc. Certains textes suggèrent l’utilisation de matières spécifiques selon les pratiques envisagées : perles de verre, de cristal ou de nacre pour apaiser ou purifier ; grains en or ou en argent pour les pratiques destinées à accroître la richesse ; corail rouge, hématite ou turquoise pour des pratiques de puissance…

On le voit, sous des dehors simples et dépouillés, le mala est un objet peu ordinaire. Au-delà de la possibilité hypnotique de la répétition, il est une porte vers les mystères, intérieurs et extérieurs mêlés, sans besoin du moindre intermédiaire. Baudelaire l’évoquait avec ses mots dans ses Journaux intimes quand il écrivait « Le chapelet est un médium, un véhicule ; c’est la prière mise à la portée de tous »

Antony Boussemart Antony Boussemart est diplômé en japonais des Langues O. Pratiquant du bouddhisme vajrayana, il est également spécialiste des religions japonaises et travaille pour un centre de recherches spécialisé sur l’Asie. Il Lire +
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