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Le “chasse-mouches” dans la tradition zen

Ou comment faire le silence dans le bourdonnement quotidien de notre esprit.

Les traditions spirituelles utilisent toutes sortes d’objets rituels, qui, pour l’observateur néophyte, peuvent sembler déconcertants, désuets, pour ne pas dire incongrus. Le bouddhisme n’y échappe pas. Ainsi en est-il de ce qui est souvent présenté comme un “chasse-mouches” dans la tradition zen. Cet objet, appelé hossu en japonais, est constitué d’une baguette de bois ou de bambou, surmontée d’un panache de crins blancs fait de poils de vache, de cheval, de yak ou de chanvre. À l’origine, il avait pour fonction principale de chasser les insectes sans risquer de les tuer.

Le hossu occupe une place privilégiée dans l’histoire du bouddhisme Zen et de son précurseur, le bouddhisme Chan, en Chine. Il fait partie du trousseau courant d’un moine zen, avec le surplis, la robe, les sutras, le bâton de bambou et celui de marche. Au cours des siècles, il prit une importance telle qu’il devint un des insignes de l’autorité des maîtres, et figure sur de nombreux portraits, tels que celui de Dôgen (1200-1253) ou d’Ingen Ryûki (1592-1673), le fondateur de l’école Obaku, la troisième école zen.

L’art du chasse-mouches

De nos jours, symbolique, le chasse-mouches est évoqué dans la littérature zen afin d’édifier le lecteur. Ainsi en est-il du maître zen qui lève son hossu en réponse à une question, manière de répondre sans utiliser la parole. Lever le chasse-mouches, pousser un cri (le “khât”) ou battre le disciple étaient en effet autant de moyens utilisés par un maître pour contribuer à l’éveil des disciples, comme l’illustre cette anecdote extraite des Entretiens de Lin-Tsi  :

« Le maître étant monté en salle, un moine demanda quel était le principe essentiel du bouddhisme. Le maître leva son chasse-mouches. Le moine fit khât. Le maître le battit. Un moine demanda encore quel était le principe essentiel du bouddhisme. Derechef, le maître leva son chasse-mouches. Le moine fit khât. Le maître aussi fit khât. Le moine hésita. Le maître alors le battit. »

Munissons-nous mentalement d’un chasse-mouches afin de repousser toutes les passions qui habituellement bourdonnent en notre esprit.

Actuellement, le chasse-mouches est parfois utilisé lors de certaines cérémonies, comme les ordinations, afin de tenir symboliquement à l’écart les mauvais esprits, comme d’autres agitent des encensoirs pour purifier les lieux. Il sert aussi à indiquer le moment où le maître va parler et à préparer les esprits des participants.

Nous qui sommes souvent sous l’emprise de facteurs perturbateurs, il pourrait ne pas être inutile que nous nous munissions mentalement d’un tel chasse-mouches afin de repousser toutes les passions qui habituellement bourdonnent en notre esprit, afin de retrouver la nature originelle de celui-ci, à savoir illimité, radieux, serein

Antony Boussemart Antony Boussemart est diplômé en japonais des Langues O. Pratiquant du bouddhisme vajrayana, il est également spécialiste des religions japonaises et travaille pour un centre de recherches spécialisé sur l’Asie. Il Lire +

Chasse-mouches, chasse-mauvais esprits

Le terme hossu est la traduction du terme sanscrit vyajana, généralement traduit par “éventail”. Selon la tradition, le Bouddha Shakyamuni aurait décidé de limiter l’emploi du chasse-mouches aux moines avancés sur la Voie. Il devint le signe extérieur d’une certaine autorité, les moines ordinaires se contentant de matériaux plus grossiers. Certains voient dans le chasse-mouches le résultat de l’évolution d’objets provenant à l’origine de traditions chamaniques antérieures, telles les baguettes qui étaient agitées dans les airs pour purifier les lieux des mauvais esprits lors des rites de fertilité. Par ailleurs, son usage dans le zen n’est pas sans rappeler certains objets rituels utilisés dans le bouddhisme ésotérique pour se protéger contre les catastrophes et autres obstacles humains ou non humains.

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