©Matthieu Stricot

Lama Shédroup :
« Développer la présence à soi et à l’autre »

Sa rencontre avec le bouddhisme Vajrayana et Lama Guendune a changé complètement le parcours de vie de cet ancien maçon de 63 ans. Près de quarante années de pratique plus tard, Lama Shédroup dispense ses enseignements dans les centres de la lignée Karma Kagyu et accompagne, en tant qu'aumônier, les détenus de Nouvelle-Aquitaine.

Lama Shédroup vient de terminer une retraite de quinze jours au Bost (cf. encadré), en Auvergne. Dégarni, le bouc taillé en triangle, Shédroup ne porte pas la robe bouddhiste. Vêtu d’une polaire, d’un gilet et d’un pantalon, il a pour habitude de s’habiller « en civil » lors de ses enseignements ou de ses visites en prison. Élevé par des parents plutôt anarchistes et anticléricaux, à 20 ans, après un voyage de cinq ans en Inde et au Népal, il revient en France, s’installe à la campagne, suit une formation avec des compagnons en maçonnerie et, son cursus terminé, s’installe en Dordogne, en 1981. Un choix qui ne doit rien au hasard, mais au lien qu’il a noué avec Lama Guendune lors d’un passage au monastère de Dhagpo Kagyu Ling.

« On garde les pieds sur terre tout en ayant la tête dans le ciel. »

Un an plus tard, en 1982, Shédroup devient résident à Dhagpo Kagyu Ling. Fidèle à sa formation, avec l’aide de deux autres disciples expérimentés dans la construction et des bénévoles, il participe à la rénovation de la maison des lamas et du réfectoire. Pendant les cinq premières années, il continue de travailler sur des petits chantiers. Cette activité lui permet de maintenir un équilibre : « On garde les pieds sur terre tout en ayant la tête dans le ciel. C’est important car, parfois, la pratique peut nous pousser à être déconnectés de l’environnement », convient-il.

« Toute activité tournée vers l’esprit est importante pour soi et pour nos relations aux autres. »

Au cours de deux retraites de trois ans et trois mois, de 1987 à 1991 et de 1991 à 1994, il apprend les pratiques liées au Vajrayana. « J’y ai développé des capacités que je continue à entretenir au quotidien ». Et, désormais, chacune de ses journées commence et se termine par une heure de méditation et de récitation de mantras. « Le plus important, quand on médite, c’est notre capacité à être conscient de ce qui se passe et de revenir dans l’instant présent. Ça peut être simple, parfois plus complexe. Il faut voir le jeu des émotions qui se met en place ».

Excitation ou déception, des pièges de l’orgueil

Ces pratiques quotidiennes, au contact du Sangha, lui apportent une plus grande clarté d’esprit et d’attention à ce qui est. « Si je médite de manière trop expéditive, je remarque que je suis moins disponible aux autres », dit-il. Elles influent aussi sur la réflexion, l’étude de textes et la préparation des enseignements. Les transmettre est une grande responsabilité : « Je ne dois pas dire des choses qui pourraient être mal comprises et apprendre à ceux qui me suivent à ne pas tomber dans le piège de l’orgueil, qui prend la forme de la déception lorsque ça ne marche pas ou de l’excitation lorsque ça fonctionne ». Lama Shédroup ajoute : « Autre point important, la précision : je dois privilégier non pas ce qui me semble important pour moi, mais ce qui aide les auditeurs ». Dans les prisons de Nouvelle-Aquitaine par exemple, où il officie en tant qu’aumônier depuis 2014, même méthode : « Je rencontre des gens qui demandent à me voir pour des raisons très différentes. Le plus important, c’est de savoir quelle part de l’enseignement va aider la personne détenue, ici et maintenant. Ça implique de chercher en soi les ressources pour développer la clarté de l’esprit et la présence à l’autre ».

Tout cela, Lama Shédroup le partage également, autour de la fin de vie, avec des personnes qui travaillent dans des associations investies dans les soins palliatifs. Parfois, sur demande, il utilise la sophrologie et dispense des séances à des petits groupes en guise de méthode de relaxation préalable aux séances de méditation. Sa motivation principale, aider, a poussé l’aumônier à approfondir cette compétence, car précise-t-il, « toute activité tournée vers l’esprit est importante pour soi et pour nos relations aux autres »

Lama Shédroup avec Lama Droupgyu
©Matthieu Stricot

Dhagpo Kundreul Ling, le Tibet au cœur de l'Auvergne

L’air serein, le grand Bouddha du temple Dhagpo Kundreul Ling, situé à Biollet (Puy-de-Dôme), est entouré de plus de mille autres, plus petits. « Il a été rempli de rouleaux de mantras et de statuettes, ainsi que de reliques de maîtres de la lignée Karma Kagyu », explique Lama Droupgyu. Fleurs, encens, lumière, parfums sont déposés, en offrandes aux pieds du Bouddha. Devant lui, les portraits des deux maîtres de la lignée tibétaine : à droite, Mipham Chokyi Lodro, décédé en 2014, dernière réincarnation de Shamar Rinpoché ; à gauche, Thayé Dorjé, le 17e Gyalwa Karmapa, âgé de trente-huit ans. À proximité de celui-ci, un somptueux stupa doré contient les reliques de Lama Gendune Rinpoché. « Il est décédé ici, en 1997. Nous avons accompli les rituels traditionnels pendant 49 jours. » Mais c’est en levant les yeux au plafond que l’on découvre le plus fabuleux trésor du temple : le plus grand mandala de France. Quinze artistes tibétains ont travaillé dessus, pendant trois ans.

Le temple du Bost n’est que l’édifice le plus visible parmi les nombreux bâtiments du monastère. En moyenne, une centaine de personnes sont en retraite à Dhagpo Kundreul Ling. La plupart se retirent pendant trois ans, trois mois et trois jours. « Après un réveil à 4h39, pour elles, les journées sont rythmées par les pujas, des rituels d’offrandes, et la méditation », raconte Deundam Nyingpo, l’une des résidentes du monastère, qui y a suivi deux retraites de trois ans. D’autres s’engagent pour au moins neuf ans, « mais il est toujours possible de se retirer sur quelques mois, voire une ou deux semaines, pour les laïcs », convient lama Droupgyu. Le temple du monastère des femmes, à Laussédat, vaut lui aussi le détour. Ses 37 Bouddhas sont accompagnés de Mahakala, déité de la compassion courroucée. Les deux monastères attirent aujourd’hui de plus en plus de touristes, dont de nombreux bouddhistes comme Michael Kalff, un Allemand de Fribourg. « Le grand temple, les pujas du soir et les échanges avec les lamas méritent qu’on y passe quelques jours », assure-t-il.

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