©La Gendronnière

La Gendronnière :
Un temple bouddhiste au service du vivant

« Le Château de la Non-Peur ». C’est ainsi que Maître Taisen Deshimaru, le fondateur du Temple, baptisa le lieu en 1979. Navire-amiral du bouddhisme Zen Soto, la Gendronnière, plus grand temple d’Europe, a fêté ses quarante ans, à la mi-octobre, en organisant un grand colloque « Zen, environnement et éthique ». Reportage dans le Val de Loire.

La Gendronnière. Planté sur le bord de la route reliant Blois à Chaumont-sur-Loire, le panneau indique que nous touchons au but. Après avoir bifurqué à travers une forêt profonde sur un chemin hérissé de ralentisseurs, nous apercevons devant nous un château massif élevé au centre d’une grande clairière. L’édifice est entouré de dépendances et de quelques bâtiments érigés dans les années 1980, après la création du temple, en 1979, par Maître Taisen Deshimaru. Bienvenu au Mu-i-jo, le Château de la Non-Peur. C’est ainsi que le baptisa son fondateur. « Maître Deshimaru soutenait que si l’on pratique zazen, on peut se libérer de l’attachement à son ego et à ses possessions et ainsi ne plus avoir peur de perdre et même transformer les pertes en occasion de lâcher-prise », glisse Roland Yuno Rech, un de ses disciples qui reçut l’ordination de moine en 1974, et qui enseigne, aujourd’hui, au Temple Gyobutsuji de Nice.

Domaine de 80 hectares, agrémenté de deux lacs et d’une forêt profonde peuplée de chênes, de frênes et de charmes, la Gendronnière est le plus grand temple Zen d’Europe. Il peut accueillir jusqu’à 350 pratiquants. « Toutes les sanghas qui se sont créées depuis la disparition de Maître Deshimaru peuvent se réunir ici pour des sessions, des sesshins, des colloques ou des symposiums. C’est à la fois le centre stratégique et le centre spirituel de l’Association Zen Internationale (A.Z.I.) », poursuit, d’une voix posée, Gérard Chinrei Pilet, vice-président de l’AZI et enseignant du Dharma. Le cœur du monastère est constitué d’un vaste dojo de 400 m2 où se déroulent zazen et cérémonies, flanqué, quelques dizaines de mètres plus loin, d’un petit dojo, une bâtisse à ossature bois pleine de charme.

Gérard Chinrei Pilet et Pierre Rabhi
©La Gendronnière

Sobriété heureuse

Pour fêter les quarante ans de la Gendronnière, un colloque « Zen, environnement et éthique » s’y est tenu le week-end des 12 et 13 octobre. À l’affiche, deux conférenciers : Pierre Rabhi, pape de l’agroécologie et chantre de la sobriété heureuse et Gérard Chinrei Pilet. L’annonce de la présence du très médiatique paysan philosophe et l’intérêt croissant pour la méditation ont fait la différence. Le parking situé à l’entrée du domaine affiche complet. Des véhicules venus de toute la France, mais aussi de Suisse, de Belgique, d’Allemagne, d’Italie et des Pays-Bas sont rangés sous de grands arbres. Nous y avons même croisé, durant le week-end, un visiteur venu de Finlande et un autre du Pérou. Outre les pratiquants et les enseignants, disciples de maître Deshimaru, qui ont fait le déplacement accompagnés d’une partie de leur sangha, le public se compose de visiteurs et de curieux en quête de sens.

« Maître Deshimaru soutenait que si l’on pratique zazen, on peut se libérer de l’attachement à son ego et à ses possessions et ainsi ne plus avoir peur de perdre et même transformer les pertes en occasion de lâcher-prise. » Yuno Rech

Depuis une dizaine d’années, le temple s’est converti à l’écologie intégrale. À l’occasion des quarante ans du lieu, les organisateurs ont édité une brochure intitulée « la Gendronnière, un temple au service du Vivant » qui fixe le cap : s’acheminer vers un fonctionnement plus écologique en s’inspirant des outils de la permaculture. Le document commence par récapituler les démarches écologiques initiées par les générations précédentes : installation de grandes cuves de récupération de l’eau de pluie sous le château et de panneaux solaires thermiques sur « les communs » et sur le « nouveau bâtiment », construction d’un four à pain à gueulard économe en bois, autoconstruction, au début des années 2000, du petit dojo et d’une maison en paille avec des matériaux naturels et locaux. « Nous avons tout fait nous-mêmes. Nous avons eu recours au bois du domaine pour construire la charpente et l’ossature bois et les murs ont été enduits de sable, de chaux et de chanvre. Les tuiles, elles, sont en mélèze. Et l’intérieur du petit dojo chauffé à l’aide d’un poêle à bois », détaille Hugues Yusen Naas, ancien administrateur de la Gendronnière, en faisant le tour du propriétaire. Avant de dresser des perspectives et un plan d’action pour les années à venir. Il va nous falloir désormais, souligne-t-il, développer les énergies renouvelables, encourager la sobriété et l’efficacité énergétique. Mais aussi accroître l’autonomie alimentaire du lieu, en privilégiant les produits saisonniers et locaux, et en recrutant un second jardinier pour le potager.

Pour aller plus loin

Adresse :
Temple de La Gendronnière 41 120 Valaire
Tél : 02 54 44 04 86 / www.zen-azi.org/fr/temple/temple-de-la-gendronniere

À lire :
– Le numéro 98 de la Revue Zen, publié en décembre 2016, pour célébrer les cinquante ans de la venue de Maître Taisen Dashimaru en Europe.
L’universalité du bouddhisme. Actes du symposium organisé en juin 2007 à la Gendronnière, pour le 40e anniversaire du Zen Soto en Europe
– Brochure La Gendronnière, un temple au service du vivant (juin 2019)

Vitalité des écosystèmes

Blotti en lisière de forêt, en contre bas d’un étang, le potager de la Gendronnière, un espace de 6000 m2 entouré de hauts murs de pierre, a fière allure. En ce début d’automne, courges, citrouilles, choux raves et autres choux chinois sommeillent sur de petites buttes de terre, flanquées de fleurs de saison. Le long d’un mur, un gros figuier ploie sous les fruits.

« Notre autonomie alimentaire reste faible. Le potager n’a fourni que 30 % des légumes consommés par le temple l’an passé. Nous avons encore du pain sur la planche », lance Nan Chan, qui déplore que seuls 1700 m2 du potager soient aujourd’hui en culture. Aux commandes du lieu depuis de longues années, le maître jardinier s’applique à « suivre l’ordre naturel des choses » : semer – exclusivement des semences paysannes – et planter au rythme des saisons, prendre soin de chaque culture, de chaque plante en veillant à leurs besoins spécifiques, aérer les serres quand il fait chaud (43 degrés en juillet dernier !) et arroser quand il fait sec !

« Ici, il y a énormément d’oiseaux. Les forêts sont beaucoup plus vivantes sur tout le domaine de la Gendronnière que dans les bois et prés environnants », s’enthousiasme Marie-Thérèse Faur-Lebon, figure de la Gendronnière, qui fréquente le lieu depuis la fin des années 1960, et qui y vit toujours aujourd’hui. Celle-ci se dit convaincue de l’influence de la spiritualité sur la vitalité des écosystèmes. Des écosystèmes partout fragilisés qu’il va falloir préserver en veillant, chacun, à réduire notre empreinte climatique. « Cela a-t-il encore un sens de réunir, à échéance régulière, les pratiquants européens dans un grand centre comme celui de la Gendronnière au prix de longs déplacements à travers le continent ? Est-ce raisonnable de parcourir 20 000 kilomètres, aller et retour, pour aller assister à une cérémonie au Japon », s’interrogeait, lors de la clôture du colloque, Olivier Reigen Wang-genh, abbé du Ryumonji, président de l’Union Bouddhiste de France et de l’Association Zen Internationale.

E.T.

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