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JI Zhe :
la sociologie pour seule religion

Professeur de sociologie à l’Inalco, JI Zhe, installé en France depuis vingt ans, dirige le Centre d’Études Interdisciplinaires sur le Bouddhisme (C.E.I.B.) qu’il a cofondé en 2016.

Né en 1974 dans le Nord-Est de la Chine, JI Zhe a entamé des études universitaires à Shanghai, où il a été diplômé en sociologie en 1997 à l’université Fudan. En 1999, ce francophile décide de poursuivre son parcours estudiantin en France, alors que la plupart de ses camarades font alors le choix de gagner les États-Unis. « Je m’intéressais de longue date aux études sociologiques menées en France. J’avais commencé à traduire en chinois des textes d’Émile Durkheim dont Les formes élémentaires de la vie religieuse », lance-t-il en guise d’explications. À Paris, au tournant du siècle, il poursuit ses études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, où il soutient sa thèse en 2007. Celle-ci s’intéresse à trois groupes Chan (Zen), fondés dans les années 1980, qui ont cherché à réformer le bouddhisme pour l’adapter à la modernité : le temple Chan Bailin, reconstruit sous le régime post-maoïste, la société Chan Moderne fondée à Taipei dans un environnement urbain et le Village des Pruniers, centre bouddhique international, installé en Dordogne. Religion, modernité et temporalité, publiée en 2014 aux éditions du CNRS, montre comment ces trois acteurs tentent de mener de front « une temporalité moderne tournée vers le futur et encline à un changement accéléré, et une temporalité religieuse renvoyant essentiellement à un impératif de continuité ».

« Je m’intéressais de longue date aux études sociologiques menées en France. J’avais commencé à traduire en chinois des textes d’Émile Durkheim. »

Devenu docteur en sociologie, il centre désormais ses recherches sur la reconfiguration du religieux dans le monde chinois moderne et contemporain sous l’effet des bouleversements planétaires, en particulier sur le renouveau du bouddhisme, mais aussi du confucianisme, à l’époque post-maoïste. Il travaille aussi, précise-t-il, sur la laïcité et la sécularisation en Chine, sur les relations entre politique et religion, et sur la théorie sociologique et anthropologique des religions.

Enseignant à l’Inalco

Est-il bouddhiste ? « La sociologie est ma seule religion », s’amuse celui qui, après deux ans de travail postdoctoral au Groupe Sociétés, Religions, Laïcités, puis un an de recherche à l’Institut d’études avancées de Nantes, est devenu en 2010 enseignant au Département Chine de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Inalco). Le bouddhisme continue pourtant de se tailler la part du lion au sein de son emploi du temps. Ce, d’autant plus qu’il dirige, depuis 2016, le Centre d’Études Interdisciplinaires sur le Bouddhisme (C.E.I.B.) qu’il a cofondé. C’est à lui qu’il revient, épaulé par le bureau du C.E.I.B, de préparer et mettre en œuvre son programme, de s’occuper de la gestion administrative et financière quotidienne de l’institution et d’en assurer le financement.

« Je suis ravi de m’être installé en France, d’avoir pu y débuter puis y déployer ma carrière. Je m’y sens chez moi », poursuit l’enseignant-chercheur qui dit éprouver beaucoup de gratitude à l’égard de la France qui a bien voulu l’accueillir, il y a vingt ans, bien qu’étant d’origine étrangère. « J’ai eu la chance de recevoir de nombreux soutiens dans le monde universitaire national », insiste-t-il en esquissant un sourire.

Eric Tariant Les spiritualités vivantes, les alternatives porteuses d’avenir, les utopies concrètes qui esquissent un autre paradigme de développement et l’art (la peinture en particulier) sont les spécialités et principaux centres Lire +
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