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Développement personnel ou voie bouddhiste : à chacun ses choix !

« Apprendre à être tolérant est une discipline. Elle implique de choisir volontairement de ne pas nuire, de ne pas être violent, de ne pas juger, etc., alors qu’il serait possible d’agir autrement. » Dalaï-Lama

Pendant plus de quarante ans, le Bouddha historique a enseigné sans dogmatisme en s’adaptant à son auditoire. Équanime, bienveillant, il accueillait ses disciples tels qu’ils étaient, sans condition. Une tolérance qui nous fait parfois terriblement défaut.

Développement personnel ou pratique du bouddhisme : faut-il choisir ? Depuis que la méditation mindfulness a envahi les médias, les entreprises et la sphère personnelle, nombreux sont ceux qui se revendiquent « bouddhistes » et pensent que cette méthode et le bouddhisme sont cousins germains. Ce n’est pas le cas. Ces deux domaines correspondent à des nécessités, des besoins, des objectifs et des méthodes différentes. Ce n’est ni mieux ni moins bien. Il n’y a pas à juger, mais à être au clair sur ce qu’ils proposent, pour choisir en conscience, ce qui convient le mieux à chacun, dans le moment. Sans être exhaustif, ce qui demanderait un ouvrage complet sur le sujet, et sans comparer ce qui n’a pas à l’être, voici quelques principes du bouddhisme qui aident à comprendre pourquoi la manière d’avancer sur ces deux voies, et leur finalité, pourrait sembler commune : ne plus subir la souffrance inhérente au fait d’être en vie n’implique pas la même démarche.

Le bouddhisme ne propose pas l’obtention d’un bonheur ordinaire durable.

Le bouddhisme est une « science et une connaissance de l’esprit » qui s’appuie sur une philosophie et des pratiques millénaires destinées à permettre aux pratiquants de réaliser l’Éveil et se libérer de toute identification aux causes de la souffrance. Son but, toutes écoles confondues, n’est pas de les aider à être heureux au sens habituel du terme, mais de favoriser une expérience qui les fait basculer dans le monde réel. Très sommairement, être éveillé, c’est en avoir terminé avec le « je » et le jeu des illusions, et demeurer dans le réel. Le bouddhisme n’enseigne donc pas qu’il y a une solution pérenne aux souffrances habituelles et n’est pas une thérapie, mais incite à réfléchir aux lois de causalité, de l’impermanence, de la production conditionnée pour conduire le pratiquant à renoncer, entre autres, à toute identification aux causes de la souffrance. Ainsi, comme le souligne Dzongsar Khyentsé Rinpoché : « La voie bouddhique, exigeante, ne vise pas à nous calmer, à nous aider à nous sentir mieux et à mener une vie tranquille, mais au contraire à mettre notre vie sens dessus dessous ». En conséquence, le pratiquant ne cherche pas à réaliser un bonheur personnel, durable, mais à plonger sans filet au cœur de ses souffrances, de ses peurs et de son sentiment profond d’insécurité, pour les transformer en leurs contraires. Il s’éduque ainsi à voir, accepter, comprendre comme le dit Dzongsar Khyentsé Rinpoché, « qu’il n’y a aucune solution aux maux du samsara, car le samsara ne peut pas s’arranger ». C’est son apprentissage du réel.

« La voie bouddhique, exigeante, ne vise pas à nous calmer, à nous aider à nous sentir mieux et à mener une vie tranquille, mais au contraire à mettre notre vie sens dessus dessous ». Dzongsar Khyentsé Rinpoché

Cette confrontation bienveillante, bien que sans concession, à la réalité de ce qui est, implique parfois pour le disciple de faire face à de grandes douleurs psychiques, angoisses et doutes. Ce n’est que grâce à un travail incessant et progressif sur ses émotions conflictuelles, et en mettant humblement en évidence ses défauts qu’il parvient à réduire son attachement à l’ego, à débusquer et à neutraliser ses croyances et habitudes. Sur ce chemin, se dépouiller de ses vieux oripeaux mentaux demande du temps, du courage, de la vigilance et une grande détermination. Ce n’est souvent qu’après des années, qu’un jour, le disciple constate que les circonstances intérieures et extérieures bouleversent de moins en moins la stabilité et la sérénité de son esprit, et qu’il lui est possible de dire un « oui » inconditionnel à ce qui est. À tout ce qui est. La félicité et s’éveiller au réel à un prix : se confronter sans ménagement aux brûlures et limites provoquées par la vulnérabilité, les peurs, les pensées, les émotions et les croyances.

Développement personnel et bonheur immédiat

Les méthodes de développement personnel, destinées à obtenir une forme de bien-être dans un futur immédiat, n’impliquent pas, quant à elles, de se libérer de l’illusion fondamentale décrite par le Bouddha ni de dompter pendant des années l’esprit par des exercices divers et l’étude. Néanmoins, quand elles sont encadrées par des professionnels sérieux, elles proposent aux patients d’apprendre à développer une certaine forme de sagesse, une plus grande bienveillance envers eux-mêmes et de mieux comprendre pour moins le subir le monde créé par leurs émotions douloureuses. De plus en plus de personnes en manifestent le besoin. Les pratiques autour de la méditation de la Pleine conscience (MBSR, MBCT) en témoignent. La société ne peut que bénéficier de ces apports.

Respecter les différences, les choix des autres, est essentiel sur une planète où plus de 7,7 milliards d’individus se côtoient. La modernité du bouddhisme, en proposant une voie dont l’issue est de se confronter à la réalité en étant libre des peurs, besoins, illusions et souffrances générés par le mental et sa vision conditionnée du monde, implique de repenser nos relations à nos racines philosophiques et religieuses : c’est-à-dire l’endroit d’où nous parlons. Il ne s’agit pas de nier notre identité, mais de se libérer des habitudes de pensée et de comportement dictées par notre culture et notre éducation pour pouvoir s’ouvrir sans peur à ce que propose l’autre et trouver la voie du milieu qui nous correspond, ici et maintenant. D’autres voies, traditions, systèmes philosophiques, artistiques le permettent, autrement. À chacun de suivre celle qui lui correspond

Catherine Barry Journaliste, et responsable de programmes à France Télévision, Catherine Barry est connue du grand public pour avoir présentée et été rédactrice en chef, entre 1997 à 2007, de la première émission hebdomadaire consacrée au Lire +

L’interdépendance et l’impermanence des phénomènes

Dès le début, le Bouddha, en se basant sur son expérience, a enseigné à ses disciples que l’interdépendance et l’impermanence des phénomènes conduisaient à prendre en compte l’absence de leur solidité. Matthieu Ricard explique en substance à ce propos : « Le bouddhisme dit que la seule chose que l’on peut acter est que les phénomènes se manifestent et disparaissent selon un flot continu, rien de plus ; que rien n’existe en soi et par soi ; que les choses n’existent qu’en relation et que les phénomènes sont co-émergents à ces relations. Le reste ne résiste pas à l’analyse ».

Ainsi, quand on observe nos pensées et émotions, nous fixons à un instant T ce que nous percevons. Dans ces conditions, il est facile de constater que tout jugement se cristallise sur des impressions et ressentis passés, en nous enfermant dans des pensées et sensations « mortes », qui nous coupent du mouvement incessant des phénomènes. Le bouddhisme propose de déconstruire ce processus pour nous libérer de toutes identifications aux causes de la souffrance afin d’expérimenter, à chaque instant, l’existence en interdépendance, en relation, en mouvement. Quand nous y parvenons, le monde se manifeste alors dans une fluidité qui chasse spontanément tout jugement, peur, certitude et croyance. Ce que traduit formidablement bien ce koan du Mahayana : « Avant l’Éveil, les montagnes sont les montagnes, les eaux sont les eaux. Pendant l’éveil, les montagnes ne sont plus les montagnes, les eaux ne sont plus les eaux. Après l’Éveil, les montagnes sont de nouveau des montagnes, les eaux de nouveau des eaux ».

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