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Chronologie historique du Tibet

Fresque sur l’histoire du Toit du Monde, de la monarchie à nos jours.

1-Histoire ancienne : monarchie

1063 av. J.-C. : Bönteun Shénrab, fondateur de la religion autochtone Bön.

127 av. J.-C. : Le roi Nyatri Tsenpo accède au trône et s’établit au palais de Youmbou Lagang dans la vallée de Yarloung Tsangpo (fleuve de Brahmapoutra).
N.B. : 18 rois régnèrent sur le Tibet avant le roi Nyatri Tsenpo.
Date du début du calendrier officiel appelé : « Année Royale Tibétaine ».

Vers 609 : Première ambassade tibétaine en Chine

620 après J.-C. : Naissance du 33e roi Songtsen Gampo.
Introduction du Bouddhisme au Tibet. Le ministre tibétain Thonmi Sambhota voyage en Inde et, sur la base du sanscrit, invente l'écriture tibétaine encore actuellement en usage.  8 années de guerre entre la Chine et le Tibet.

Vers 635 : Introduction de l’écriture au Tibet central.

640 : Les Tibétains envahissent le Népal.

650 : Mort de Songtsen Gampo. Il laisse un empire qui s’étend des sources du Brahmapoutre aux plaines du Sichuan et du Népal au bassin du Tsaïdam (nord-est du plateau du Tibet).

755 : Le 37e roi Trissong Détsen

763 : L’armée tibétaine envahit Chang An (aujourd’hui Xian), capitale de la Chine.

791 : Le bouddhisme devient la religion officielle du Tibet

794 : L’empereur tibétain réunit à Samyé les tenants du bouddhisme d’inspiration indienne et ceux du bouddhisme d’inspiration chinoise. L’Indien Kamalashila s’étant imposé au cours de la controverse, le souverain choisit le modèle indien et le sanscrit est adopté comme langue sacrée du bouddhisme tibétain.
N.B. : Construction du premier monastère bouddhique du Tibet à Samyé et ordination des sept premiers moines bouddhistes tibétains.

817- 836 : Roi Tri Rélpatchène.
Le bouddhisme indien est déclaré religion officielle d'État. Traduction massive des œuvres bouddhiques en sanscrit vers le tibétain.

822 : Traité conclu entre la Chine et le Tibet qui, entre autres, délimite la frontière sino-tibétaine.
N.B. : Texte du traité gravé sur une stèle de pierre en tibétain et en chinois signé entre le Roi du Tibet, Tri Rélpatchène et l’empereur chinois Mu Tsoung de la dynastie Tang.

838 : Assassinat de l’empereur Tritsoug Détsen, étranglé par des partisans de la tradition bon et hostiles au bouddhisme. Le 42e Roi Langdarma est intronisé.

842 :  Assassinat du roi Langdarma et fin de la monarchie au Tibet.

842-1247 : Période de chaos politique et absence d'autorité centrale au Tibet.


2-Fin de la monarchie et début de la théocratie

1042 : Arrivée au Tibet, avec vingt-quatre disciples, de Dipamkara Shrijnana, maître indien plus connu sous le nom d’Atisha. Après être demeuré dans l’ouest du pays, il s’installe dans le Tibet central en 1046 et s’impose rapidement comme le restaurateur du bouddhisme.

1052-1135 : Vie de Milarepa, disciple de Marpa le Traducteur, l’une des figures les plus fameuses du bouddhisme tibétain.

1073 : Développement successif des écoles bouddhiques du Tibet :  Sakya, Kagyu et Guéloug.

1121 : Construction du monastère de Daghla Gampo, lié à la lignée spirituelle des Kagyupa qui comprend Naropa, Marpa le Traducteur, Milarepa et Gampopa.

1142-1210 : Vie de Talung Tangpa, fondateur du monastère de Talung construit en 1180. Il est l’un des maîtres qui fixent les règles de la vie monastique.

1165 : Benjamin de Tudèle, le grand voyageur juif, a été le premier en Europe à faire mention du pays « Tibet » suite à sa visite à Samarkand en Asie centrale.

1199 : La grande université monastique de Nalanda (dans le Bihar, Inde) dépositaire de la tradition du Mahayana et du Vajrayana, est détruite par les envahisseurs musulmans et les religieux survivants trouvent refuge au Népal et au Tibet.

1226 : Les armées mongoles de Gengis Khan prennent le contrôle du nord du plateau tibétain. Le Tibet paie alors tribut au kaghan des Mongols.

1249 : Les Mongols accordent aux Sakyapa le pouvoir temporel sur la région de Lhassa et sur leur fief du Tsang.

1254-1350 : 20 Lamas Sakya règnent successivement sur le Tibet.
Début des relations dites de "Bienfaiteurs et Maîtres spirituels" (Tib: Tcheuyoen).

1270 : Kubilaï Khan, empereur mongol qui régnait sur la Chine, et le maître tibétain P’agpa concluent un accord de relations politico-religieuses.

1271-1295 : Voyage de Marco Polo qui passe à Chengdu et cite le Tibet.

1279 à 1368 : Le bouddhisme tibétain devient religion officielle de la dynastie mongole des Yuans en Chine.

1368 : Fin de la dynastie Yuan. Les Ming s’imposent en Chine.

1364-1373 : Règne de Djamyang Shakya Gyaltsen qui efface les dernières traces du pouvoir mongol sur le Tibet.

1357-1419 : Vie de Lobsang Dragpa dit Djé Tsongkhapa, fondateur de l’école des Gelougpa, « Les Vertueux ».

1350 -1434 : Les 11 Lamas hiérarques de la lignée P'agmodrou, issue des Kagyupa, règnent sur le pays.

1409 : Création à Lhassa par Dragpa Gyaltsen, le cinquième souverain P’hamogdrou, du festival de prières du Meunlam Tchenmo. Fondation du monastère de Ganden, siège des Guélougpa, suivie de celles des monastères de Drépung (1416) et de Séra (1419).

1436-1566 : La puissante famille Rinpoung règne sur le Tibet.

1566-1642 : Trois princes du Tsang se succèdent pour diriger le pays.

1576 : Altan Khan, le chef mongol qui domine alors les steppes du nord, se convertit au bouddhisme, et plus particulièrement le bouddhisme tibétain.

1578 : Attribution du titre de Dalaï-Lama (« Océan de sagesse ») au IIIe Dalaï-Lama par le roi mongol Altan Khan

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3-Avènement des Dalaï-Lamas

1624 : Deux jésuites portugais, Antonio de Andrade et Manuel Marques, atteignent le Tibet occidental.

1626 : Ils fondent la première église chrétienne sur la terre tibétaine.

1617-1682 : « Règne » du Ve Dalaï-Lama, Ngawang Lobsang Gyamtso.

1642 : Le Ve Dalaï-Lama Ngawang Lobsang Gyatso assume les pleins pouvoirs du Tibet.
Fondation du gouvernement actuel appelé « Ganden P’odrang ».

1644 à 1841 : Le bouddhisme tibétain est l’une des religions officielles de la Chine.

1660 : Johannes Grueber, jésuite autrichien et Albert d’Orville, jésuite belge, atteignent la capitale du Tibet, Lhassa.

1660 : Accord de paix avec le Sikkim, mais une longue guerre s’engage en 1679 avec le Ladakh.

1682 : Le régent Sangyé Gyamsto, nommé en 1679, dissimule la mort du Ve Dalaï-Lama en prétendant qu’il s’est engagé dans une longue retraite spirituelle et gouverne lui-même.

1684 : Règlement de la guerre avec le Ladakh qui voit ses frontières confirmées, mais accepte de payer tribut au Tibet.

1700 et suivantes : Installation de garnisons chinoises dans l'est de la province du Kham.

1707 : Arrivée des missionnaires capucins au Tibet.

1716 : Les jésuites Ippolito Desideri et Manuel Freyre arrivent à Lhassa où ils sont rejoints par les capucins Domenico da Fano et Orazio Della Penna, dont la congrégation est chargée de l’évangélisation du pays.

1720 : Le VIIe Dalaï-Lama, Kelzang Gyamtso s'installent au Potala (1708-1757). Régence et titre de « roi du Tibet » sont supprimés. Une garnison mandchoue s’installe à Lhassa.

1724 : Les capucins reçoivent l’autorisation de construire une chapelle à Lhassa. 

1728 : Le Kham oriental est annexé par la Chine (cette région correspond aujourd'hui au nord-ouest du Yunnan et à l'ouest du Sichuan).

1745 : Expulsion des missionnaires catholiques. Leur chapelle est rasée.

1750-1751 : Mouvements anti-chinois au Tibet, l'empereur Qianlong y impose des réformes.

1763 : Frappe de monnaie tibétaine sur le modèle des monnaies népalaises en cours depuis 1640.

Juin 1787 : Première guerre provoquée par le Népal sous Prithivi Narayan Shah contre le Tibet.

Juin 1791 : Deuxième guerre entre le Tibet et le Népal. Intervention chinoise.

Juin 1792 : Traité signé entre le Népal et le Tibet à Katmandou.

1793 : promulgation de décrets chinois visant à contrôler les affaires tibétaines, protectorat de facto. 

Fin XVIIIe siècle-années 1860 : La Grande-Bretagne et la Russie, par des annexions ou des traités, étendent leur influence vers le Tibet (régions himalayennes, territoires mongols et turco-mongols). Le Tibet devient un enjeu stratégique entre Londres, Saint-Pétersbourg et Pékin.

1834 : Publication à Calcutta du premier dictionnaire anglais-tibétain par le savant Hongrois Alexandre Csoma de Koros.

1842 : Guerre entre le Ladakh et le Tibet, signature d'un traité.
N.B. : Alors que la Chine s'est autoproclamée protectrice du Tibet, elle n’intervient cependant pas sous la pression occidentale (Guerre de l'opium 1839-1842).

1846 : Arrivée en janvier à Lhassa des pères lazaristes Huc et Gabet. Ils sont expulsés en mars. La même année, le pape Grégoire XVI accorde le monopole de la conversion du Tibet à la Société des missions étrangères de Paris. Lhassa est érigé en vicariat apostolique dépendant du vicariat apostolique du Sichuan.

24 mars 1856 : Traité entre le Népal et le Tibet signé à Katmandou, le Tibet se reconnaît tributaire.
N.B. : La Chine n'est pas intervenue. Les relations entre le Tibet et le Népal jusqu’à l’invasion chinoise sont basées sur le texte du traité de 1856. 

1850-1860 : Pékin déclare à plusieurs reprises que le Tibet est un territoire indépendant.
N.B. : Cette position est soutenue par Pékin face à la diplomatie française qui cherche à obtenir l'aide chinoise pour installer des missionnaires catholiques au Tibet.

1857 : Le pape Pie IX désigne Monseigneur Thomine-Desmazures comme premier évêque du Tibet.

1862 : Le père Renou et le père Desgodins se voient interdire l’accès à Lhassa.

1875 : Naissance du XIIIe Dalaï-Lama Thoubtène Gyatso.

1879 : Le XIIIe Dalaï-Lama est intronisé, placé sous la tutelle du panchen lama, il ne prend effectivement les rênes du pouvoir que quinze ans plus tard.

1880 : Édit d’interdiction de la religion chrétienne, suivi en 1881 de l’assassinat du père Brieux, l’un des missionnaires français installés dans l’est du pays.

1883 : Émeutes anti-népalaises à Lhassa. L’affaire se règle entre le Tibet et son voisin, avec une médiation chinoise.

1887-1888 : Fortes tensions frontalières entre le Tibet et le Sikkim, sous protectorat britannique.

17 mars 1890 : Traité anglo-chinois de Calcutta, délimitation de la frontière Tibet-Sikkim.
N.B. : La Grande-Bretagne mise sur la carte chinoise, au détriment du Tibet, pour contrecarrer la pression russe. Les autorités tibétaines refusent toute validité à ce traité. Malgré tout, dès lors, le Tibet est défini comme faisant partie de la Chine du point de vue du droit international.

1893 : La Russie envoie à Lhassa deux moines bouddhistes kalmouks, manifestant ainsi son intérêt pour le Tibet.

1894 : Le XIIIe Dalaï-Lama assume les pleins pouvoirs.

1895 : Traité commercial anglo-chinois sur le Tibet, ouverture d'un comptoir. Refus du Tibet ; remise en place des bornes frontières d'avant 1890.

1904 : Expédition militaire anglo-indienne du Colonel Younghusband au Tibet. Départ en exil du XIIIe Dalaï-Lama la Mongolie.
N.B. :  Cette expédition fut lancée par l’Inde britannique suite aux refus obstinés du gouvernement du Tibet d’entrer en négociations ou ouvertures de relations commerciales avec l’Inde.

1904 : Traité Anglo-Tibétain.
N.B. : Le traité fut suivi d'une valse diplomatique Pékin - Saint-Pétersbourg - Londres, les Puissances se partageant ainsi le continent asiatique (territoires mongols, Tibet, Afghanistan, Perse...).

1905-1911 : Révolte dans le Tibet oriental chinois (Sichuan, Yunnan) en réponse à la pression exercée par Pékin, d'un mouvement nationaliste tibétain dans la région (militarisation, exploitation économique, politique antibouddhiste). Des missionnaires français sont tués (pères Mussot, Soulié, Bourdonnec et Dubernard). Les missions françaises disparaissent des marches tibétaines.

1908 : Séjour du XIIIe Dalaï-Lama à Pékin où il découvre l'existence des nouveaux traités et plaide sa cause, en vain, auprès de l'Empire chinois.
N.B. : Durant son séjour, il contacte les diplomates français afin d’essayer de lier avec la France des relations politiques, économiques et culturelles. Après un temps d'hésitation, la France abandonne le Dalaï-Lama à son sort, de crainte de nuire à l'entente franco-britannique.

Décembre 1909 : Retour du XIIIe Dalaï-Lama au Tibet, mais invasion chinoise en février 1910 ; il trouve refuge en Inde.

1910 -1912 : Séjour en Inde du XIIIe Dalaï-Lama.
N.B. : Le XIIIe Dalaï-Lama entrevoit les avantages qu'il y aurait à s'allier à Londres et profite de son exil pour envisager la modernisation du Tibet.

1911 : Révolution républicaine en Chine. Fin de la monarchie régnante en Chine.
N.B. : La situation au Tibet est chaotique, le XIIIe Dalaï-Lama en profite pour y déléguer ses agents afin d'y organiser la résistance.

1912 : Impression et introduction de papiers-monnaies et de timbres-poste au Tibet. Le Tibet expulse les représentants chinois de Lhassa.

Janvier 1913 : Traité entre la Mongolie et le Tibet.
Retour du XIIIe Dalaï-Lama et proclamation de l'indépendance du Tibet.

1913-1914 : Rencontres et accord tripartite de Simla.
N.B. : Ce retour ouvre une période de collaboration avec la Grande-Bretagne (ouverture de comptoirs, envois de Tibétains en Angleterre, etc.) et de modernisation du pays. Ceci entraîne une cristallisation traditionaliste autour des grands monastères.
N.B. : Le Tibet cède une partie de son territoire à Calcutta (North East Frontier Agency) ; la Chine ne ratifie pas le traité selon lequel le Tibet se reconnaît pourtant dans l'orbite de Pékin. Par conséquent, le Tibet réaffirme qu'il est libre de tout devoir vis-à-vis de la Chine.

1917-1918 : Guerre frontalière sino-tibétaine ; victoire tibétaine et signature de l'accord de Rongbatsa plaçant la frontière sino-tibétaine sur le cours du Yangtse (Dritchou).

1922 : Ouverture de la ligne télégraphique Lhassa/Calcutta (alors capitale de l’Inde britannique) par un échange entre le Dalaï-Lama et le vice-roi des Indes, Lord Reading.

1924 : Émission des monnaies suivant les procédés mécanisés (équipement importé du Royaume-Uni).

1925 : Victoire des conservateurs ; rupture avec la Grande-Bretagne.

1932 : Guerre frontalière sino-tibétaine ; la frontière est désormais fixée sur le Mékong (Dzatchou).

17 décembre 1933 : Décès du XIIIe Dalaï-Lama Thouptène Gyatso.

1934 : Relation formelle établie entre le gouvernement de la Chine nationaliste et le Tibet.

6 juillet 1935 : Naissance de l'actuel Dalaï-Lama, le XIVe, à Taktser, près de Kumbum dans l’Amdo.

1936 : Reprise des relations avec la Grande-Bretagne ; une mission de l’Inde britannique ouvre à Lhassa.  Sir Basil Gould, Political Officer du Sikkim se rend à Lhassa.

1939 : Arrivée au Tibet d’un enfant âgé de quatre ans, identifié comme le nouveau Dalaï-Lama.

25 novembre 1939 : Neuf membres d’une délégation du gouvernement Guomindang (Kuomintang) de la Chine nationaliste arrivent et s’installent à Lhassa.

Février 1940 : Intronisation de l'actuel Dalaï-Lama, Tenzin Gyatso.

 

4-Invasion du Tibet

Mars 1947 : Le gouvernement tibétain demande l’achat d’armes auprès du gouvernement de l’Inde britannique. L’accord est donné.

Juin 1947 : L’Inde fournit des matériels militaires dont des semi-mitraillettes, cartouches, canons.

15 août 1947 : L’Inde devient indépendante.

Janvier 1949 : Tchiang Kai Shek et son gouvernement capitulent face aux Communistes, et fuient vers Taïwan.

8 Juillet 1949 : Chen Xizhang, Directeur par intérim de la Commission des affaires des Mongols et des Tibétains reçoit la notice d’expulsion de la part du Gouvernement du Tibet.
N.B. : Il s’agit d’une ambassade du gouvernement chinois de Goumindang à Lhassa, rouverte le 25 novembre 1939. 

2 septembre 1949 : Le journal chinois communiste Xinhua Pao réagit contre cette expulsion.

24 septembre 1949 : Zhu De (Chu Teh) présente pour la première fois son « Programme Commun » et déclare que « la guerre révolutionnaire doit être menée pour libérer Formose, Pescadores, l’île de Hainan et le Tibet ».

29 septembre 1949 : Le Congrès national populaire (Parlement) approuve le « Programme Commun ».

1er octobre 1949 : Mao Zedong proclame la République populaire de Chine.

1er janvier 1950 : Radio Pékin annonce la prochaine « libération du Tibet ».

6 janvier 1950 : La Grande-Bretagne reconnaît formellement la République Populaire de Chine.

Janvier 1950 : Radio Lhassa, opérée par le gouvernement tibétain, relaie pour la première fois des informations en tibétain, en chinois et en anglais (par Reginald Fox).

26 janvier 1950 : L’Inde devient une république avec la promulgation de sa Constitution élaborée par Bhimrao Ambedkar.

31 janvier 1950 : Radio Lhassa rejette la revendication de Pékin qui considère le Tibet comme faisant partie de la Chine.

14 février 1950 : Pacte de solidarité entre Staline et Mao Tsétoung.

Février 1950 : Sous la conduite d’un ministre Shakabpa, le Tibet envoie une délégation vers la Chine, mais pour des raisons politiques, celle-ci n’a pas pu s’y rendre.

Mai 1950 : Premier conflit entre les forces communistes et tibétaines à Denkhog dans la province du Kham.

7 octobre 1950 : Tandis que la guerre de Corée bat son plein, 40 000 soldats de l’Armée de Libération populaire (APL) franchissent le fleuve Drichu (Yangtse).
N.B. : Tous les documents officiels chinois se réfèrent à cet événement comme « libération pacifique », car pour la Chine communiste, il s’agit de « libérer le Tibet du joug des forces impérialistes occidentales ».

26 octobre 1950 : L’Inde proteste formellement contre l’invasion du Tibet par des troupes chinoises.

19 octobre 1950 : Ngabo Ngawang Jigmé, le gouverneur du Kham, capitule face aux troupes communistes. À cette occasion, la Chine annonce « la liquidation de 5 638 ennemis, 180 soldats tués et blessés ».

1er novembre 1950 : Le Tibet envoie une lettre au régime communiste.

7 novembre 1950 : Le Tibet demande son aide à l’ONU.

10 novembre 1950 : La Chine communiste fait une première déclaration sur le futur statut du Tibet.

17 novembre 1950 : Le XIVe Dalaï-Lama assume les pleins pouvoirs.

9 décembre 1950 : Fuite du Dalaï-Lama vers la frontière indienne de Dromo (Yatung).

17 août 1951 : Retour du Dalaï-Lama à Lhassa.

9 septembre 1951 : Plusieurs milliers de soldats de l’APL entrent à Lhassa.

23 mai 1951 : Accord en 17 points signé à Pékin entre la Chine et le Tibet, dit « Accord entre le Gouvernement central de la Chine et le gouvernement local du Tibet sur les mesures pour la libération pacifique du Tibet ».
N.B. : Accord signé sous la menace, car la délégation tibétaine à Pékin a été avertie par Li Weihan que s’ils ne signent pas l’accord, les troupes communistes déjà présentes dans la région de Tchamdo (Chamdo) avanceront plus vers le Tibet central. Par ailleurs, le tampon des délégués tibétains qui n’avaient aucun pouvoir de signer quoi que ce soit a été fabriqué sur place à Pékin. Accord non ratifié et, plus tard en avril 1959, dénoncé par le Dalaï-Lama à Tezpur, Inde.

27 mai 1951 : Radio Pékin annonce la signature de l’Accord en 17 Points.

29 avril 1954 : « Accord de Cinq Principes » ou Pancha Sheel entre l’Inde et la Chine signé à Pékin, par lequel le Tibet est reconnu comme une région de la Chine. L’Inde cède ainsi tous les droits extra territoriaux et privilèges qu’elle a hérités de la puissance coloniale britannique. La Mission de l’Inde à Lhassa devient simplement « Consulat général ».
N.B. : Accord signé sans consultation avec le Tibet. Le Premier ministre indien Nehru a naïvement cru qu’en signant cet accord, la Chine accepterait les délimitations frontalières entre la Chine (le Tibet est désormais considéré comme une région chinoise) et l’Inde, et ainsi assurerait la paix entre les deux géants de l’Asie.

1954 : La Chine se donne une nouvelle Constitution qui exclut tout droit de sécession des régions autonomes. Un article précise que la Chine accorde une « Autonomie régionale », mais que « les Régions autonomes font partie intégrante de la République populaire de Chine ».
N.B. : En 1931, la Constitution de la République soviétique de Jiangxi du mouvement communiste accorde le droit aux régions autonomes de se séparer de la République populaire pour devenir des pays indépendants.

De 1950 à 1957 : Les Chinois mobilisent la main-d’œuvre tibétaine pour aménager trois grands axes routiers stratégiques : route de Lhassa à Chengdu, au Sichuan, route de Lhassa à Xining, au Qinghai, route de Lhassa au Xinjiang. Ce recours au travail forcé va faire des milliers de victimes.

15 décembre 1954 : Route jusqu’à Lhassa depuis la Chine officiellement ouverte.

1954-1955 : Voyage officiel du Dalaï-Lama en Chine.

9 mars 1955 : À Pékin, la Chine lance le Comité préparatoire pour la Région autonome du Tibet CPRAT.

Début 1956 : Généralisation des révoltes des Tibétains de la région orientale du Kham contre l’invasion chinoise.

22 avril 1956 : À Lhassa, en présence de Chen Yi, le CPRAT est officiellement inauguré.

1956 : Accord commercial signé par la Chine avec le Népal. L’article 3 de cet accord stipule que « tous les traités et documents qui ont pu exister entre le Népal et la Chine y compris ceux entre le Népal et la Région du Tibet de la Chine sont par le présent abrogés ».
N.B. : Accord entre le Népal et le Tibet de 1856 par lequel le premier qui jouissait de droits privilégiés est rendu caduque. La Mission du Népal à Lhassa est désormais considérée simplement « Consulat ».

Novembre 1956 : Le Dalaï-Lama se rend en Inde pour célébrer le 2500e anniversaire du Bouddha Shakyamuni.

21 mars 1957 : Organisation de la résistance armée tibétaine.  Un premier groupe de six Tibétains a pu regagner l’île pacifique de Saïpan pour être entraîné par la CIA.

10 mars 1959 : Soulèvement populaire des Tibétains contre l’invasion chinoise à Lhassa.

16 mars 1959 : Le Dalaï-Lama quitte sa résidence de Norbulingka à minuit.

1 avril 1959 : Le Dalaï-Lama et son entourage arrivent au poste frontalier de Tchou Tr’angmo accueilli par l’Inde.
N.B. : Tous les documents chinois réfèrent ces événements comme l’entrée de la « réforme démocratique ».

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5-Exil

Avril 1959 : Exil du Dalaï-Lama et des membres de son gouvernement. 80 000 Tibétains les suivent en exil. Installation du gouvernement en exil à Mussoorie, au nord de l’Inde.

21 octobre 1959 : Résolution 1353 votée à l’Assemblée générale de l’ONU sur le Tibet.

1960 : Le Pandit Nehru propose le site de Dharamsala où s’installent définitivement le Dalaï-Lama et son gouvernement.

2 septembre 1960 : Naissance de la première Assemblée des Députés du Peuple Tibétain.

20 décembre 1961 : Résolution 1723 votée à l’ONU sur le Tibet.

10 mars 1963 : La Constitution, fondée sur la Déclaration universelle des droits de l'Homme, est promulguée et appliquée au sein du gouvernement en exil.
Plusieurs institutions sont nées : École de médecine tibétaine, école de danse et chant, différents départements (Intérieur, Religion et Culture, Sécurité, Éducation, Information et Relations internationales, Santé, Finances), commissions autonomes telles que le plan, élection, audit …

Octobre 1962 : Guerre frontalière contre l’Inde provoquée par la Chine qui veut rectifier sa frontière avec l’Inde.
N.B. : À ce jour, la frontière entre l’Inde et l’ex Tibet (la Chine) n’est pas officiellement délimitée et reconnue par deux parties malgré plusieurs discussions pour la délimiter.

27 Janvier 1964 : La France reconnaît la Chine populaire et rétablit des relations diplomatiques avec la Chine.

1964 : Première explosion de bombe atomique chinoise dans le désert de Lop Nor.

1965 : Résolution 2079 votée à l’ONU sur la question du Tibet.
N.B. : Ces trois résolutions onusiennes sur le Tibet, qui dénoncent « la privation des droits fondamentaux et des libertés du peuple tibétain, et notamment de son droit à l’autodétermination », sont à ce jour restées lettre morte.

1965 : Découpage administratif du Tibet. 1er septembre 1965, création de la « Région Autonome du Tibet ».

Août 1966 : La Révolution culturelle, qui va durer dix ans, est lancée en Chine et au Tibet. Saccage méthodique des monastères tibétains par les Gardes. En dix ans, sur les six mille monastères et lieux de culte que comptait le pays, à peine une dizaine sont épargnés. La collectivisation des terres et la généralisation du système des communes populaires achèvent la ruine totale du pays.

Pour la période 1951-1983, ce sont 432 000 tués dans des affrontements, 343 000 morts de faim, 130 000 morts en prison, 157 000 exécutions, 93 000 victimes torturées à mort, rapportés au chiffre de la population tibétaine, ce serait un habitant sur cinq qui serait ainsi disparu dans le « grand Tibet ethnique ».

1971 : Fondation de la Library of Tibetan Works and Archives, véritable dépôt de la mémoire du Tibet traditionnel.

21 février 1972 : Réchauffement des relations sino-américaines avec la visite du Président Richard Nixon à Pékin.

1973 : Cessation des aides de la CIA au mouvement de guérilla tibétaine et clôture des bases du Mustang au Népal.

1973 : Premiers déplacements d’un Dalaï-Lama en Europe.

Avril 1974 : Première explosion de la bombe nucléaire par l’Inde dans le désert de Thar (Rajasthan).

9 septembre 1976 : Mort de Mao Zedong.

1977 : Début de l’assouplissement de la répression au Tibet.

1er janvier 1979 : Les États-Unis d’Amérique reconnaissent la Chine populaire.

2 août 1979 : La Chine autorise la toute première délégation de l’exil à se rendre au Tibet.

1979 : Tentative de négociations entre le gouvernement chinois et le Dalaï-Lama pour résoudre la question tibétaine. La visite successive de trois délégations tibétaines envoyées par Sa Sainteté pour constater les conditions réelles du Tibet est acceptée par l'autorité chinoise.

1982 : Pour la première fois, le Dalaï-Lama se rend en France.
N.B. : Face au refus du visa français, il n’a pas pu effectuer des voyages auparavant dans la patrie des Droits de l’Homme !

Septembre 1987 : Pour la première fois au Congrès des États-Unis, le Dalaï-Lama expose son Plan de paix en cinq points pour résoudre la question du Tibet.
N.B. : Ce plan de paix contient cinq éléments fondamentaux :

  1. Transformation de l'ensemble du Tibet en une zone de paix ;
  2. Abandon par la Chine de sa politique de transfert de population qui met en danger l'existence des Tibétains en tant que peuple ;
  3. Respect des droits fondamentaux et des libertés démocratiques du peuple tibétain ;
  4. Restauration et protection de l'environnement naturel du Tibet, ainsi que cessation par la Chine de sa politique d'utilisation du Tibet dans la production d'armes nucléaires et d’ensevelissement des déchets nucléaires ;
  5. Engagement de négociations sérieuses à propos du statut futur du Tibet et des relations entre les peuples tibétain et chinois.

Juin 1988 : Le Plan de paix en cinq points est développé devant le Parlement européen à Strasbourg.

Juin 1989 : Répression sanglante des manifestations d’étudiants sur la Place Tian’anmen.

10 décembre 1989 : Prix Nobel de la Paix décerné au Dalaï-Lama.

1990 : Les membres du cabinet en exil ne sont plus nommés par le Dalaï-Lama qui propose de soumettre une liste de 3 personnalités à l’approbation du Parlement en exil.

1991 : Au cours de l’Année internationale du Tibet, le Dalaï-Lama est reçu en de nombreux pays. En octobre, le Congrès américain définit le grand Tibet comme un pays occupé et le Dalaï-Lama et son gouvernement comme les vrais représentants du peuple tibétain.

1992 : Dernier contact direct entre le gouvernement chinois et le gouvernement tibétain en exil.

1994 : Sa Sainteté le Dalaï-Lama déclare avoir échoué dans ses efforts pour trouver une solution négociée basée sur l'ouverture.

2001 : Élection au suffrage direct du chef du gouvernement en exil pour un mandat renouvelable de cinq ans.

2002 : reprise des relations sino-tibétaines. 1er round des contacts sino-tibétains.

2003 : 2e round des contacts sino-tibétains

2004 : 3e round des contacts sino-tibétains

2005 : 4e round des contacts sino-tibétains

2006 : 5e round des contacts sino-tibétains

Juillet 2006 : Ouverture de la ligne ferroviaire jusqu’à Lhassa.

2007 : 6e round des contacts sino-tibétains.

2008 : 5,8 millions de Tibétains vivent dans leur pays envahi et occupé par les Chinois. Depuis 1959, plus de 100 000 Tibétains ont fui les persécutions. 150 000 Tibétains vivent hors du Tibet en exil. Le gouvernement tibétain en exil cherche à résoudre le problème tibétain par des négociations directes avec Pékin. Sa Sainteté le Dalaï-Lama a proposé aux autorités chinoises un statut d'autonomie réelle pour le Tibet. Cependant, le gouvernement chinois a jusqu'ici refusé toutes les propositions. Il poursuit sa répression au Tibet et continue d'imposer des conditions préalables à l'ouverture de toute négociation.

Février 2009 : À la suite de tensions dans la région de Ngaba, un moine tibétain s’immole par le feu. Au cours des dix dernières années, 160 Tibétains se sont suicidés.

20 mars 2011 : Élection du Premier ministre tibétain. Ces élections marquent, par le retrait du Dalaï-Lama de la vie politique, la première séparation du politique et du religieux dans l'histoire du Tibet en exil.

2015 : Lancement en Suisse de la « Gaden Phodrang Foundation of the Dalai-Lama » qui vise à promouvoir les valeurs humaines fondamentales, la compréhension mutuelle entre les religions, la paix et la non-violence, ainsi que la protection de l'environnement.

20 mars 2016 : Réélection du Premier ministre tibétain Lobsang Sangay du Parti démocratique national du Tibet. Il s'agit de la deuxième élection au poste de premier ministre après le retrait du Dalaï-Lama de la vie politique en 2011.

25 avril 2018 : Le Sénat américain adopte à l’unanimité une résolution sur le droit de la communauté bouddhiste tibétaine d’identifier et d’installer leurs chefs religieux, estimant également que toute ingérence du gouvernement de la République populaire de Chine dans le processus religieux du Tibet est « invalide ».

2019 : La Chine continue sa politique de sédentarisation forcée des nomades tibétains.

27 novembre 2019 : La 14e Conférence religieuse tibétaine adopte une résolution qui affirme que seul le Dalaï-Lama peut choisir sa réincarnation et que seule la réincarnation choisie par lui sera reconnue par le peuple tibétain.

Décembre 2019 : une proposition de loi est sur le point d’être déposée au Congrès des États-Unis. Cette loi vise à imposer au gouvernement chinois l’ouverture d’un consulat des États-Unis à Lhassa avant toute nouvelle implantation aux États-Unis de consulats de Chine.

21 décembre 2019 : 600e anniversaire de la mort de Djé Tsongkhapa.

Antony Boussemart Antony Boussemart est diplômé en japonais des Langues O. Pratiquant du bouddhisme vajrayana, il est également spécialiste des religions japonaises et travaille pour un centre de recherches spécialisé sur l’Asie. Il Lire +

Notes

Source : Bureau du Tibet à Paris

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