ChaZen

C’est l’histoire d’un drôle de chat… ou de l’utilité de garder un esprit critique.

Il se raconte une histoire : un grand maître zen avait un chat qu’il aimait particulièrement. Il l’aimait tant qu’il le gardait auprès de lui à chaque instant, y compris pendant les séances de méditation. À la mort du vieux moine, ses disciples se demandèrent : « Qu’allons-nous faire du chat ? ». En souvenir de leur défunt maître, ils décidèrent de lui permettre de continuer d’être présent dans le temple durant les séances de méditation. Des années passèrent ainsi, mais le matou finit par mourir. Habitués à sa présence, les religieux décidèrent de trouver un autre chat.

Le Bouddha n’a eu de cesse, tout au long de ses enseignements, d’inciter à la réflexion personnelle, sans gober quoi que ce soit, fût-ce de sa part. Pour une fois, l’esprit critique proverbial des Occidentaux – et peut-être plus particulièrement des Français – peut s’avérer un avantage et non un défaut…

Rapidement, l’histoire de la présence du félin pendant les sessions de zazen s’étant répandue dans la région, les autres temples introduisirent, eux aussi, la présence de minets pendant leurs pratiques de la méditation. Oubliant que l’ancien maître était un enseignant hors pair, ils en étaient venus à croire que le chat était le seul responsable de la célébrité du monastère.

De l’importance de méditer sans chat… Une thèse révolutionnaire !

Une génération passa, et l’on vit se publier des traités glosant sur l’importance du chat dans la méditation zen. Une thèse affirmant par exemple que le félin avait la capacité d’augmenter la capacité des humains à se concentrer et celle d’éliminer les énergies négatives fut même soutenue et acclamée par la communauté académique du coin. Et, c’est ainsi que durant un siècle, personne ne remit en cause la place du chat dans la pratique du bouddhisme Zen.
Puis, apparut un maître qui était allergique aux poils de chat. Il n’eut d’autre solution que d’éloigner le minou pendant les pratiques collectives quotidiennes. Dans un premier temps, les moines s’insurgèrent, mais le maître insista fermement. Quelques semaines plus tard, tous furent obligés de se rendre à l’évidence : la qualité de la formation demeurait inchangée malgré l’absence de chat. À nouveau, cette histoire se répandit dans la région, et peu à peu, les autres monastères –lassés de devoir nourrir tant de félins – éloignèrent les animaux pendant les pratiques. En quelques décennies, de nouvelles thèses révolutionnaires portant des titres pompeux comme “L’importance de la méditation sans le chat” ou “Équilibrer l’univers zen par le seul pouvoir de l’esprit, sans l’aide d’animaux” rencontrèrent un grand succès. Un autre siècle passa et le chat sortit totalement du rituel de la méditation zen. Ainsi, il fallut quand même deux cents ans pour que tout redevienne normal ; personne ne s’était demandé, durant tout ce temps, pourquoi le chat se trouvait là…
Alors, histoire véridique ou non, nul ne le sait. Aujourd’hui, cependant, certains temples se sont fait la spécialité d’abriter de très nombreux chats. L’un des plus célèbres est peut-être le temple Gotanjoji de l’école Zen Soto, situé dans la préfecture de Fukui, à tel point qu’il est plus connu par son surnom de “Temple des chats” (Nekodera).
Le Bouddha n’a eu de cesse, tout au long de ses enseignements, d’inciter à la réflexion personnelle, sans gober quoi que ce soit, fût-ce de sa part. Pour une fois, l’esprit critique proverbial des Occidentaux – et peut-être plus particulièrement des Français – peut s’avérer un avantage et non un défaut…

Antony Boussemart Antony Boussemart est diplômé en japonais des Langues O. Pratiquant du bouddhisme vajrayana, il est également spécialiste des religions japonaises et travaille pour un centre de recherches spécialisé sur l’Asie. Il Lire +
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