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Atisha et ses amis animaux

Parler de la compassion, c'est bien. L'appliquer, c'est mieux. Cas de figure avec nos 50 millions d’amis.

Nombreux sont les bouddhistes qui, plus ou moins régulièrement, sauvent des animaux d’une mort imminente et les libèrent dans la nature quand c’est possible. Ils le font d’autant plus volontiers que cette pratique est réputée bénéfique à leur santé et leur longévité. C’est facile à faire, et cela peut rapporter gros. En fonction de ses moyens, on peut fonder un refuge, accueillir chez soi des animaux vieux ou malades, ou tout simplement remettre délicatement dans l’herbe des escargots ou des vers de terre égarés sur la chaussée après une ondée. Si le cœur vous en dit d’essayer, vous verrez que ce ne sont pas les occasions qui manquent.

L’homme qui murmurait à l’oreille des animaux

Quelque temps après son arrivée au Tibet, en 1042, le maître indien Atisha, invité au Pays des neiges pour réimplanter le bouddhisme après une période fort troublée, se fait – mais oui – sermonner par son disciple Koutön, chez qui l’humilité n’est pas la vertu dominante. L’altier seigneur reproche ni plus ni moins au grand pandit de s’abaisser à caresser les animaux que lui-même ou d’autres personnes sauvent du boucher. « Avec tous les égards que je vous dois, ce ne sont pas des choses qui se font chez les nobles Tibétains », lui dit-il en substance. Amusé, Atisha lui répond poliment, mais fermement qu’il n’est pas un noble Tibétain.

Dans la perspective des vies successives, donner de l’amour aux animaux permet de tisser des liens durables avec… de futurs disciples.

Jusqu’à la fin de sa vie en 1054, Atisha continue donc de caresser affectueusement ses protégés et de parler à tous les animaux qu’il rencontre. Il leur dit des mots doux, les appelle tendrement « ses vieilles mères » et demande à chacun d’entre eux : « Mais qu’as-tu fait pour te retrouver dans un état pareil ? ». Jamais il ne les quitte sans leur avoir murmuré des prières à l’oreille, pour que leurs prochaines naissances soient plus favorables.

Contrairement à ce qu’en pense Koutön, Atisha ne se conduit pas en farfelu excentrique ! Mû par la compassion et la sagesse, il met simplement en œuvre des moyens recommandés dans la voie des bodhisattvas. Dans la perspective des vies successives, donner de l’amour aux animaux ou autres permet de tisser des liens amicaux avec… de futurs disciples. Cela aboutit en d’autres lieux et d’autres temps, sous d’autres formes, mais peu importe le temps que cela prendra. L’essentiel étant de créer des relations de confiance avec les autres, de manière à un jour pouvoir les guider vers l’Éveil

Marie-Stella Boussemart Nonne gelugpa membre de la Congrégation Ganden Ling, fondée par le Vénérable Dagpo Rinpotché, auprès duquel elle étudie depuis 1973 et auquel elle sert d’interprète francophone depuis 1979. Détentrice d’un Lire +
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