©RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

Bouddha, la légende dorée

L’exposition « Bouddha, la légende dorée », qui vient d’ouvrir au musée national des arts asiatiques-Guimet, vise à montrer comment la légende s’est progressivement emparée des données biographiques éparses dans les sutras pour aboutir à des récits plus cohérents, mais imprégnés de merveilleux, qui devaient être pour les artistes une inépuisable source d’inspiration. Très pédagogique sans être simpliste ni réductrice, l’exposition permet au visiteur familier du sujet comme au néophyte d’y trouver son compte.

Un premier espace, très aéré, offre repères chronologiques et géographiques sur les développements doctrinaux et l’expansion géographique du bouddhisme. Le propos de l’exposition y est résumé par le biais de deux œuvres phares. Le grand rouleau tibétain donné au musée par le collectionneur C.T. Loo en 1929 relate les épisodes de la vie du Bouddha, de son avant-dernière existence dans le Ciel des Satisfaits au partage des reliques. Les scènes correspondant à des événements survenus après le sermon de Sarnath ne se voient accorder qu’une importance mineure dans cette peinture, dont les auteurs semblent s’être fondés sur le texte du Lalitavistara. Le plus beau Bouddha Maravijaya des collections thaïlandaises fait pendant à cette célèbre peinture tibétaine. Issue de l’école de Sukhothai et datée du XVe siècle, cette pièce, qui figure le Bouddha prenant la Terre à témoin au cours des assauts de Mara, illustre une iconographie particulièrement prisée en Asie du sud-est.

Sur les pas du Bouddha

Après une évocation des existences antérieures, le découpage de l’exposition, clair et didactique, suit les diverses étapes de la vie du Bouddha, de sa naissance et des prodiges qui l’auréolent à la grande extinction (Mahâparinirvâna), détaillant les épisodes marquants de sa jeunesse, puis les Quatre Rencontres qui le menèrent au renoncement puis à l’Éveil, ainsi que les moments marquants de sa vie « publique ». Une riche sélection d’œuvres de datation et de provenance variées est organisée autour des célèbres thankas xylographiés de la suite ramenée du Tibet par Jacques Bacot, explorateur et tibétologue, au début du XXe siècle.

Deux incises dans ce parcours abordent les bases de l’iconographie du Bouddha et, un peu plus loin, la formation de la communauté monastique avec un choix d’œuvres évoquant la figure de l’arhat, de l’Inde au monde chinois. Cette dernière section présente plusieurs œuvres que le public peut découvrir pour la première fois : des peintures japonaises sur le thème des 16 arhats, attribuées à Kano Kazunobu et ramenées du Japon par Émile Guimet lui-même en 1876, ou encore les trois arhats chinois en porcelaine correspondant sans aucun doute à une commande impériale du XVIIIe siècle. Y figurent également plusieurs kesas (vêtements liturgiques du bouddhisme japonais) que leur fragilité ne permet pas d’exposer de manière régulière.

Une peinture khmère datée du XVIIIe siècle faisait partie, semble-t-il, du cabinet de curiosité du château de Versailles, dont les précieux objets servaient à l’éducation des enfants de Louis XVI.

L’exposition se clôt sur un ensemble impressionnant de représentations du Bouddha, de toutes provenances et de toutes époques, illustrant l’extraordinaire diversité de l’image du Bienheureux.

Un Bouddha ascète en réponse au tremblement de terre de 2011

Les œuvres exposées appartiennent presque toutes aux collections permanentes du musée. Les visiteurs fidèles retrouveront donc, présentés sous un autre jour, des objets qui leur sont familiers. Néanmoins, un nombre non négligeable de pièces ont été pour l’occasion sorties des réserves, et le cas échéant spécialement restaurées. Quelques acquisitions récentes, achats ou donations sont également visibles pour la première fois. C’est ainsi le cas d’une œuvre japonaise contemporaine du sculpteur japonais Takahiro Kondo. Profondément marqué par le tragique tremblement de terre de 2011, l’artiste répond à la catastrophe par cette œuvre en céramique, exécutée d’après un moulage réalisé sur son propre corps. En posture de yogi aisément reconnaissable, la figure pourrait évoquer la silhouette du bouddha ascète. Tout à la fois image de vie et de mort, positionnée dans l’exposition là où l’on aurait pu souhaiter – dans l’idéal, le magnifique Bouddha ascète du musée de Lahore -, cette œuvre, quoique ne représentant pas directement le Bienheureux, a toute sa place dans une évocation de la vie du Bouddha.

De Louis XVI aux souverains mandchous

Deux prêts exceptionnels ont été consentis. Une peinture khmère datée du XVIIIe siècle -ancienneté exceptionnelle pour une œuvre sur textile en provenance d’un pays de climat tropical – appartient aux collections du musée du Quai Branly-Jacques Chirac. Elle figure un thème cher à l’Asie du Sud-Est : les dix grands jâtakas illustrant les dix perfections que tout pratiquant, à l’image du futur Bouddha, se devrait idéalement de mettre en application. Outre son intérêt iconographique, cette pièce présente également la particularité d’être arrivée en France très tôt, puisqu’elle faisait partie, semble-t-il, du cabinet de curiosité du château de Versailles, dont les précieux objets servaient à l’éducation des enfants de Louis XVI. De son côté, le musée chinois de l’impératrice Eugénie du château de Fontainebleau a prêté un impressionnant stûpa en cuivre doré et incrusté de turquoises daté du milieu du XVIIIe siècle. Le raffinement de cette pièce spectaculaire laisse penser qu’il s’agissait d’une commande impériale, provenant peut-être de l’empereur Qianlong lui-même. Les souverains mandchous parrainaient en effet le bouddhisme tibétain.

On aura garde d’oublier qu’Émile Guimet, fondateur de l’institution qui est aujourd’hui devenue le musée national des arts asiatiques, avait à l’origine eu le projet d’un musée des religions au sein duquel le bouddhisme occupait une place de choix. Cette exposition consacrée à la vie du Bouddha, qui était en germe depuis plusieurs années, est donc pleinement justifiée en ses murs. Profitez des mois d’été pour la découvrir

Véronique Crombé Conférencière des musées nationaux depuis 1987, Véronique Crombé intervient dans plusieurs musées parisiens, notamment au Musée National des Arts Asiatiques-Guimet. Elle a collaboré à plusieurs ouvrages sur les religions, le Lire +

Pour aller plus loin

Exposition Bouddha, la légende dorée
du 19 juin au 4 novembre 2019 au Musée national des arts asiatiques-Guimet

Site : www.guimet.fr

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Légendes photos

Ouverture article

Shakyamuni entrant dans le nirvana (Nehan no Shaka), Japon, XIXe siècle Bois laqué et doré.

© RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

 

Diaporama

Photo 1

Tête de Bouddha – Afghanistan, monastère de Shahbaz-garhi, IIIe – IVe siècle – Mission Alfred Foucher (1895-1897).
© RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

Photo 2
Stupa, Chine du Nord, époque Qing, règne de Qianlong, milieu du XVIIIe siècle
Cuivre doré et incrusté de turquoises – Château de Fontainebleau, musée chinois de l’impératrice Eugénie.
© RMN-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Gérard Blot

Photo 3
Un des Trois arhat, Chine, Jiangxi, fours de Jingdezhen, Dynastie Qing, 55e année du règne de l’empereur Qianlong, 1790. Porcelaine, émaux polychromes (famille rose), dorure. Don du père Alphonse Favier à la collection Ernest Grandidier du Louvre (1898).
© MNAAG, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier

Photo 4
La reine Maya donnant naissance au prince Siddhartha, Népal, vallée de Katmandou, début du XIXe siècle. Alliage de cuivre partiellement doré et incrusté, avec restes de polychromie.
© RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

Photo 5
« Reduction » de Takahiro Kondo, Japon, 2016. Céramique, pâtes de porcelaine pigmentées et mêlées, moulées sur le corps de l’artiste, métamorphisées ; glaçure avec fritte, argent, or et platine. Achat en l’honneur d’Olivier Gérard, président honoraire de la Société des amis du Musée Guimet (2019).
© RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

Photo 6
Seize arhat (Juroku Rakanzu). Attribué à Kano Kazunobu (1816-1863). Peintures murales mobiles (shohekiga), quatre panneaux illustrant la catégorie scènes de la vie quotidienne,
Japon, époque d’Edo (1603-1868) ? Encre, couleurs, poudre et particules d’or sur papier.
© MNAAG, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier

Photo 7
Les assauts de Mara. Scènes de la méditation d’Éveil du Bouddha Shakyamuni, Chine, Dunhuang, grottes de Mogao, époque des Cinq Dynasties, première moitié du Xe siècle Peinture, encre, or et couleurs sur soie. Mission Paul Pelliot (1906-1909)
© MNAAG, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / image musée Guimet

Photo 8
Siddhartha ondoyé par les neuf dragons (Cuu Long), Vietnam, époque Lê, fin du XVIIIe – début du XIXe siècle. Bois laqué et doré. Don Gustave Dumoutier (1889).
© RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

Photo 9
Le grand départ. Plaque de revêtement de stupa, Inde du Sud, Andhra Pradesh, région d’Amaravati, école d’Amaravati, IIe siècle Calcaire marmoréen. Don de la Société des amis du Musée Guimet (1933).
© RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Hervé Lewandowski

 

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