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Toucher la vie : Thich Nhat Hanh

Les enseignements de Thich Nhat Hanh ont cela de magique qu’ils vont droit au cœur des non-bouddhistes, sans pour autant éluder les principes bouddhiques fondamentaux. Ainsi de Toucher la vie, ouvrage issu de la transcription de six journées de conférences données par le moine zen vietnamien lors de sa première retraite francophone au Village des Pruniers, en avril 1999.

Universelles, ses paroles résonnent avec force en ces temps en suspens. « Nous avons l’habitude de courir. Nous devons apprendre à nous arrêter, c’est-à-dire à toucher la vie à chaque instant de la journée », dit-il en évoquant les pratiques qui nous ramènent à l’ici et maintenant : la respiration consciente, la méditation bouddhique, la méditation marchée, la Pleine Conscience. Mais s’arrêter ne signifie pas chercher l’oubli en occupant son mental par « la consommation de magazines, télévision, conversations, musique », etc. L’auteur nous précise que « la pratique n’est pas une évasion, elle consiste à entrer dans la vie avec force, la force faite de l’énergie de la Pleine Conscience générée par l’énergie de la concentration. »

Même si son leitmotiv est de revenir au moment présent, Thich Nhat Hanh ne rejette pas le passé. « Étudier le passé, méditer sur le passé fait partie de la méditation. » En revanche, il prévient l’attitude consistant à se laisser emporter par la nostalgie : « Nous ne devons pas nous perdre dans le passé ». De même, il ne néglige par l’avenir. Confiant dans l’enseignement du Bouddha et s’appuyant sur des témoignages, il souligne qu’il est toujours possible de prendre « un nouveau départ ». Petit conseil au passage : « la meilleure façon de prendre soin du futur est de prendre soin du moment présent. »

Les thèmes chers au moine vietnamien éclairent cette première retraite francophone : la pratique de l’écoute profonde, clé essentielle pour comprendre et aimer l’autre ; l’importance de la Sangha, dont l’énergie de groupe peut aider les pratiquants en difficulté, à condition d’être en pleine conscience ; la libération de la parole aimante au sein d’un couple pour éviter les malentendus, potentielles sources de tragédie. Mais dire à l’autre « Je suis là pour toi » ou encore « Je souffre, il faut que tu m’aides » ne sont pas de simples conseils psychologiques. L’enseignant bouddhiste est là pour nous rappeler que la parole et l’action justes sont issues de l’Octuple Sentier, « le Sentier des huit pratiques justes présenté par le Bouddha ». Et que nombre de nos souffrances naissent de nos perceptions erronées.

La pratique du dharma face à la mort clôt ce cycle d’enseignements. Puisant dans son expérience, l’auteur nous donne quelques pistes pour vivre comme si nous allions mourir bientôt, et d’autres pour nous aider à accompagner les mourants. À condition d’être solide. Car pour servir de soutien, « il faut avoir de la non-peur en soi ». Et donc, pratiquer.

Carole Rap Journaliste économique et sociale, elle s’intéresse depuis des années à l’environnement, illustration de l’interdépendance. En pratiquant le yoga et la danse méditative, elle a découvert la richesse des voyages Lire +

Pour aller plus loin

Toucher la vie de Thich Nhat Hanh (J’ai lu, 2010)

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