©Shutterstock.com

Qu’est-ce que le karma ?

Définition d’une notion essentielle dans le bouddhisme, sur laquelle s’appuie entièrement son éthique.

Cette notion était déjà répandue dans la société indienne plusieurs siècles avant le Bouddha, et partagée avec les autres traditions spirituelles, aussi bien l’orthodoxie brahmanique s’appuyant sur les Vedas et les Upanishads, que les hétérodoxies n’acceptant pas l’autorité de ces écritures sacrées, comme le jaïnisme, le fatalisme (Âjîvika), le matérialisme (Cârvâka) et le scepticisme.

Le terme karma en sanskrit (kamma en pali, yè en chinois), dont la racine est kr signifiant "faire, agir", désigne l’action de chaque individu, qui en raison de la loi de cause à effet (ou de la rétribution des actes), entraîne des conséquences dans sa vie actuelle et dans ses vies futures. Il sous-tend donc le samsâra, le cycle de renaissances auquel sont soumis tous les êtres vivants. C’est dans la nature du karma, et surtout du moyen de sortir du samsâra, que les points de vue de ces traditions spirituelles diffèrent.

Dans le Védisme ancien, le karma est l’acte sacrificiel qui, en vertu de la rita (l’ordre cosmique), permet d’obtenir la bienveillance des dieux, alors que dans le brahmanisme, basé sur les Upanishads, le karma correspond à l’action individuelle de portée plus transcendante, déterminant la position de chacun dans les renaissances ultérieures. Seule une renaissance dans la caste supérieure des prêtres brahmanes permet, grâce à la formule rituelle dont ils sont les détenteurs exclusifs, de sortir du samsâra par l’union de l’âme individuelle (âtman) avec l’âme universelle (brahman).

Dans le jaïnisme, le karma revêt une importance particulière, car généré par tous les actes même involontaires, il se colle solidement sur l’âme individuelle et s’accumule au fur et à mesure, entraînant de multiples renaissances et persistant avec elles. La seule façon de sortir du samsâra serait d’arrêter toute action et d’épuiser ainsi son karma, en pratiquant l’ascèse et une observance stricte des règles de conduite, notamment l’ahimsa, la non-violence envers tous les êtres vivants.

Contrôler son karma

Le bouddhisme propose une interprétation différente du karma, ce qui du même coup constitue un véritable tournant dans l’évolution de la pensée indienne. Pour le Bouddha, ce qui compte c’est l’intention de l’acte, et non l’acte lui-même. Un acte involontaire n’est pas un karma. Comme il l’a déclaré, « C’est la volition (cetana) que j’appelle karma. Car à travers la volition, on agit au moyen du corps, de la parole, du mental » (Anguttara-nikaya). Ce qui est important dans le karma, c’est sa dimension psychologique, en tant que cause et en tant que conséquence ».

L’apport majeur du bouddhisme a été de montrer à l’homme qu’il est le seul responsable de son destin.

La deuxième particularité du karma suivant la conception bouddhique, c’est la création d’une force karmique, entraînant une conséquence qui est bonne, favorable, délivrant de la souffrance (kusala), ou au contraire mauvaise, défavorable, à l’origine de la souffrance (akusala). Un acte ayant une conséquence ni bonne ni mauvaise, karmiquement neutre, n’est donc pas un karma.

Ainsi pour le Bouddha : « Les êtres sont propriétaires de leur karma, héritiers de leur karma ; le karma est la matrice d’où ils sont nés, le karma est leur ami, leur refuge. Quel que soit le karma qu’ils réalisent, bon ou mauvais, ils en seront héritiers » (Majjhima-nikaya).

L’apport majeur du bouddhisme a été de montrer à l’homme qu’il est le seul responsable de son destin. En ne subissant pas son karma passivement et de façon aléatoire comme dans le brahmanisme, en ne se réfrénant pas dans l’inaction et l’ascèse comme dans le jaïnisme ou le fatalisme, mais en contrôlant volontairement son karma par la triple discipline (moralité, méditation et connaissance parfaite) enseignée par le Bouddha. En même temps et subrepticement, cette approche pragmatique a déplacé son objectif sur la délivrance de la souffrance (dukkha), bien réelle et actuelle, plutôt que sur la sortie hypothétique et lointaine du samsâra

Dinh Hy Trinh Membre du Conseil d’administration de la pagode Truc Lâm de Villebon-sur-Yvette, chargé de la philosophie bouddhiste, ce médecin retraité spécialisé en gastro-entérologie soigne le corps et l’esprit sans autre ordonnance Lire +
Liker, Partager !

Ces sujets peuvent vous intéresser

Vatthupama Sutta, le sutra de l’étoffe : la comparaison du tissu

1. Ainsi l’ai-je entendu. Un jour le Béni du Ciel demeurait à Savatthi, dans le Bosquet de Jeta, le monastère...

Questions-réponses sur le bouddhisme

Le bouddhisme fait-il la différence entre les hommes et les femmes ?

La doctrine du karman dans le bouddhisme

Le mot sanscrit « karman » signifie, dans le védisme ancien (Xe siècle avant l’ère commune), le sacrifice, puis l’acte rituel en ...