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Professeur Tu-Anh Tran :
Il accompagne ses patients avec la méditation

Depuis plus de dix ans, il utilise la méditation pour dénouer les situations de blocage physique ou psychique à l’origine de la souffrance de ses jeunes patients. Rencontre avec un pédiatre, doublé d’un méditant, qui a décidé de vivre intensément chaque instant de sa vie.

À l’hôpital Bicêtre, on le surnommait le docteur « lève-toi et marche ». Ses confrères avaient pris l’habitude de lui envoyer, dans le centre de référence en rhumatologie pédiatrique où il travaillait, tous les cas désespérés de douleurs chroniques inexpliquées ou d’origine psychosomatique. « C’est là que j’ai élaboré mes méthodes de méditation adaptées aux enfants et que j’ai pu constater que cela marchait », explique-t-il calmement, sans forfanterie.

Depuis dix ans, le professeur Tu-Anh Tran, pédiatre, spécialiste des maladies inflammatoires et rhumatologiques de l’enfant et, désormais chef de service de pédiatrie au Centre hospitalier universitaire de Nîmes, prescrit des méditations à ses jeunes patients. « Pratiquer Méditascanne matin, midi et soir tous les jours ou Méditatendre deux fois par semaine », écrit-il, par exemple, sur ses ordonnances.

« La méditation fonctionne pour tous les cas. Elle comporte toujours deux phases. La première consiste à se calmer et à se concentrer. La respiration consciente produit rapidement des résultats, comme de résoudre des problèmes de concentration, de dispersion, particulièrement chez les enfants "hyperactifs", dont le mental va à 100 à l’heure. Les enfants "dys" (avec des problèmes de dyslexie, dysphasie et autre dyspraxie) doivent faire beaucoup plus d’efforts que leurs camarades et finissent souvent la journée épuisés. Cette première phase de la méditation leur permet de moins se fatiguer et d’avoir une meilleure concentration », pointe-t-il.

En 2016, le Professeur Tran, qui enseigne à la faculté de médecine de Montpellier-Nîmes, a mis en place avec quatre collègues un diplôme universitaire (D.U.) de « Méditation et santé ». C’était alors la deuxième ville de France après Strasbourg à introduire ce type de diplôme. Par la suite, les facultés de Paris, Nice, Toulouse et Lyon ont suivi. A Nîmes, le D.U. est victime de son succès : « Il faut compter deux ans d’attente pour ceux qui souhaitent suivre notre formation, », souligne-t-il.

La promotion du D.U. de Nîmes Montpellier réunit, cette année, 45 étudiants. Ce sont principalement des personnes travaillant dans les métiers de la santé (aides-soignants, infirmières, médecins, psychologues, psychiatres, psychothérapeutes, sophrologues, kinésithérapeutes…), mais aussi des assistantes sociales et des éducateurs.

Du Vietnam au Village des Pruniers

Bien que né au Vietnam, Tu-Anh Tran est de tradition chrétienne. Si son grand-père maternel était un bouddhiste pratiquant, son père était, lui, issu d’une famille chrétienne. Sa mère décida, alors, de se convertir au christianisme.

Le docteur Tran a quitté son pays dans les années 1980, à l’âge de 17 ans, au péril de sa vie. « J’étais un boat people. J’ai failli mourir en mer, glisse-t-il, la voix légèrement voilée. Je me suis dit que si je survivais à cette tragédie, je vivrais désormais intensément chaque journée, comme si c’était la dernière de ma vie. J’ai compris qu’il fallait être prêt à mourir à chaque instant pour vivre pleinement au quotidien. »

Les exercices de méditation qu’il a conçus s’inspirent de traditions spirituelles d’Occident et d’Asie : des exercices spirituels de Saint-Ignace-de-Loyola notamment, mais aussi du bouddhisme zen qu’il a découvert en lisant les livres de Thich Nhat Hanh et, plus tard, en effectuant des retraites au Village des Pruniers. « Il m’a semblé que les retraites d’initiation aux pratiques zen ne me permettaient pas d’atteindre l’inconscient pour guérir les blessures intérieures anciennes ». Un ami sri-lankais l’a encouragé alors à travailler sur les sensations du corps en effectuant une retraite Vipassana. « J’ai trouvé cette méthode extraordinaire », glisse-t-il. Depuis quinze ans, il médite deux heures par jour, « une le matin et une le soir » et participe, chaque année, à une retraite Vipassana.

« J’étais un boat people. J’ai failli mourir en mer. Je me suis dit que si je survivais à cette tragédie, je vivrais désormais intensément chaque journée, comme si c’était la dernière de ma vie. »

Pendant la crise du Covid-19, le professeur Tran a proposé, neuf semaines durant, des séances de méditation aux équipes de l’hôpital, pour les aider à traverser cette période de désarroi. « C’étaient des méditations qui comportaient des temps de silence assez longs. Certains des participants m’ont dit que ces séances les avaient libérés. Je suis heureux qu’ils aient accepté d’aller plus avant, d’entamer la deuxième phase de méditation, en se confrontant à la souffrance et que ces séances ne soient pas seulement des moments de détente et de tranquillité. »

Tu-Anh Tran s’interroge aujourd’hui sur la visée « utilitariste » à court terme de la méditation en occident. « En se limitant à une quête de bien-être, les méditants passent à côté du plus important "bénéfice"de cette méthode qui est la possibilité de se libérer de la souffrance liée à la finitude de l’existence humaine », insiste-t-il.

Eric Tariant Les spiritualités vivantes, les alternatives porteuses d’avenir, les utopies concrètes qui esquissent un autre paradigme de développement et l’art (la peinture en particulier) sont les spécialités et principaux centres Lire +

Notes

Méditasoins. Petites méditations pour grands maux de l’enfant du professeur Tu-Anh Tran (Thierry Souccar Éditions, 2019)

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