Manifeste pour une école de l’écologie de Thakur S. Powdyel

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Ancien ministre de l’Éducation au Bhoutan de 2008 à 2013, Thakur S. Powdyel a été l’initiateur, en 2010, de la réforme baptisée « Éduquer au Bonheur National Brut » qui vise à infuser cette philosophie dans le système éducatif du pays pour lui permettre de pénétrer, peu à peu, toute la société. Son Manifeste pour une école de l’écologie vient d’être traduit en français par les éditions HDiffusion.

Thakur S. Powdyel évoque dans ce court essai revigorant son programme (« Construire des écoles vertes pour un Bhoutan vert ») et ses principes d’éducation qui ont été mis en place dans ce petit pays himalayen de 760 000 habitants coincé entre la Chine et l’Inde. Mais son message a une valeur universelle. « Le vert est une couleur. C’est la couleur primaire de la nature. Mais, c’est aussi une métaphore. Le vert représente tout ce qui accueille la vie sous toutes ses formes : les humains, les animaux, les plantes et toutes les autres formes de vie », insiste l’auteur. Avant de s’empresser de souligner que, dans le contexte actuel marqué par la question de savoir si la vie humaine va pouvoir écologiquement perdurer, « la couleur verte doit être le point cardinal qui guide notre esprit, notre cœur et nos mains. »

Les écoles « vertes » qu’il appelle de ses vœux doivent respecter huit éléments essentiels. Vivre au milieu de la nature, dans un environnement vert, est, insiste-t-il, une condition essentielle au bon développement de l’esprit. On doit pouvoir trouver sur les campus de ces écoles, souligne-t-il, une grande variété de plantes, d’arbres, de fruits, de légumes et de fleurs. Une diversité d’odeurs, de formes, de sons et d’objets destinée à éveiller nos cinq sens qui sont autant de fenêtres sur le monde. L’accent est mis également sur l’écologie sociale (« Nous réussissons ensemble. Chacun d’entre nous doit être le gardien de l’autre »), l’écologie culturelle (« la culture est une façon de cultiver le raffinement des pensées, du discours et de l’action ») et l’écologie intellectuelle (« la qualité des esprits que nous éveillons dans nos lieux d’éducation (Ouverture à des idées nouvelles. Pensée positive et dialogue constructif…) va déterminer la vie intellectuelle de tout le pays. »)

Foi en l’éducation

L’ancien ministre, devenu le président du Collège Royal de Thimphu, situé dans la capitale du Bhoutan, prône également une école où les professeurs et le chef d’établissement n’enseignent pas seulement ce qu’ils savent, en cherchant à élever les consciences, mais dispensent aussi « leur expérience de vie, leur passion pour leur matière et leur foi en l’éducation comme vecteur de changement positif ». Le chapitre consacré à l’écologie spirituelle est peut-être l’un des plus forts. L’écologie spirituelle, écrit-il, vise à honorer la part divine en nous, « celle qui nous relie à ce qu’il y a de plus grand dans l’univers. » Pour que la vie spirituelle s’épanouisse, il appelle à développer « des espaces de silence et de réflexion afin de nous reconnecter à la vie. »

Lisez ce manifeste ! Preuve de la force de son message, il a commencé à essaimer dans le monde. Il a déjà été traduit et publié en Espagne, en Allemagne, au Japon et au Vietnam, où ses principes sont enseignés à l’université. D’autres traductions sont en cours. Notre monde à bout de souffle aspire à dresser de nouvelles perspectives, à construire des alternatives, un nouveau paradigme de développement afin de mieux vivre ensemble, en paix avec nous-mêmes et avec les autres. Pour y parvenir, les principes éducatifs qu’il met en évidence sont appelés à jouer un rôle essentiel.

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Fabrice Groult

Fabrice Groult est un aventurier, photographe et bouddhiste qui parcourt le monde depuis son plus jeune âge. Après avoir étudié le bouddhisme en Inde, il s'est engagé dans un voyage de dix-huit mois à travers l’Asie qui l'a mené jusqu'en Himalaya, où il a découvert sa passion pour la photographie. Depuis, il a parcouru le monde pour capturer des images de beauté et de sagesse bouddhiste. Il a été guide pendant dix ans, et est aujourd'hui journaliste chez Bouddha News.

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