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Le lumineux destin d’Alexandra David-Néel 
de Jean Chalon

On ne présente plus Alexandra David-Néel (1868-1969), ou ADN comme elle se ferait vraisemblablement appeler aujourd’hui. Celle dont on vient de célébrer en septembre dernier les cinquante ans de la mort - dans un relatif anonymat, il faut bien le dire - était un sacré personnage. Jugez plutôt : chanteuse d'opéra, journaliste, écrivaine, mais aussi féministe et, le cas échéant, anarchiste, c’est particulièrement l’image de l’exploratrice que le grand public a conservée d’elle. Cette passion pour les voyages, ADN l’a chevillée au corps depuis toujours, à tel point qu’elle en parle comme d’un « acte de possession ». Ainsi emportée par l’esprit du voyage, elle n’hésite pas à entreprendre sa première expédition à l’étranger, seule qui plus est, à l’âge de…douze ans ! Qui dit mieux ? Ce n’est pas la première à fuguer ainsi du domicile familial, mais cette expérience souligne un caractère déjà bien affirmé et augure de futurs voyages tout aussi palpitants : l’Indochine, l’Afrique du Nord, l’Inde, la Chine, le Japon, la Corée… Mais ce qui a marqué l’esprit de tous, ce sont surtout ses voyages au Tibet auquel elle se sent liée par un lien indéfectible : elle dit d’ailleurs avoir parcouru le plateau himalayen « en tous sens, en toute saison, à cheval et à pied ».

Outre la découverte de ces terres éloignées, l’aventurière a soif de connaissances. Cette quête irrépressible d’une sagesse la fait d’abord s’intéresser à la théosophie, qui prône que toutes les religions et philosophies possèdent intrinsèquement un aspect d’une vérité plus universelle. Elle se tourne ensuite vers le bouddhisme après avoir découvert les splendeurs du musée Guimet.

Ne cherchez pas ici un ouvrage à charge, le titre à lui seul donne une idée du contenu. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de voir dans le titre donné à cette biographie un écho au film contant le fabuleux destin d’une Parisienne répondant au prénom d’Amélie… Jean Chalon admire les femmes, et plus encore celles aux parcours sortant de l’ordinaire : il a ainsi rédigé les biographies de la reine Marie-Antoinette, de l’écrivain George Sand ou encore de Thérèse de Lisieux, pour ne citer qu’elles. L’auteur, ancien journaliste et écrivain, est clairement sous le charme d’ADN. Et si le biographe ne tait pas les aspects les plus contestables d’ADN, notamment les relations compliquées - pour ne pas dire tumultueuses - avec ses proches, il n’en reste pas moins que ce livre de Jean Chalon est une ode à cette femme aux multiples visages et vies plurielles.

L’ouvrage de 2019 est une réédition de celui paru en 1985, augmenté de références jusqu’alors inédites. Le Lumineux destin d’Alexandra David-Néel devient ainsi une biographie très dense, dont la lecture peut être parfois un peu pesante, voire ennuyeuse. Néanmoins, le contenu est d’une telle richesse qu’il devrait en faire la référence concernant « Lampe de sagesse », le surnom donné à Alexandra David-Néel par son professeur de tibétain.

Sage ou tyran, cette voyageuse dans l’âme est partie centenaire, non sans avoir pris soin de faire renouveler son passeport, au cas où.

Antony Boussemart Antony Boussemart est diplômé en japonais des Langues O. Pratiquant du bouddhisme vajrayana, il est également spécialiste des religions japonaises et travaille pour un centre de recherches spécialisé sur l’Asie. Il Lire +

Pour aller plus loin

Le lumineux destin d’Alexandra David-Néel de Jean Chalon (Plon, 2019)

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