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Le lama et le mouton

Voici l'histoire du lama qui sauvait des animaux.

Non, ce n’est pas une fable que je m’apprête à vous narrer. Juste un épisode de la vie de l’un des plus grands maîtres tibétains du XXe siècle, Kyabjé Ling Dorjéchang (1903-1983). Cela se situe quelques années avant qu’il ne soit choisi comme Tuteur de S.S. le XIVe Dalaï-Lama, et bien avant qu’il ne devienne le 97e Ganden Tripa – l’abbé suprême de Ganden à la tête de l’école des gélugpa, les “vertueux” réputés comme très à cheval sur l’observance des règles. À propos de cheval, ce n’est pas de la monture du maître, une jument avec qui il avait un lien très fort, dont je souhaite vous parler aujourd’hui, mais de Tséring, “Longue Vie”, le mouton apprivoisé qui le suivait dans les ruelles de Lhassa comme un chien fidèle.
Leur histoire commence un jour où, du toit en terrasse du temple, le jeune lama, qui à l’époque dirige d’une main de fer le monastère de Gyutö, jette un coup d’œil au spectacle des rues en contrebas, et horreur ! il aperçoit près de l’étal d’un boucher un malheureux mouton déjà tout ficelé, prêt à être égorgé. Sans perdre de temps, il expédie un de ses assistants pour racheter l’animal, avant immolation bien sûr, et le sauve in extremis du couteau.

Libérer le bourreau comme la victime

Quelques jours plus tard, le lama emmène son protégé dans son ermitage rejoindre les nombreux animaux qu’il a déjà placés sous sa protection diligente et affectueuse. Mais Tséring sort du lot. Au fil des jours, le lama et le mouton nouent une relation de confiance, et très vite, Tséring prend l’habitude de suivre son maître comme un toutou. Les jours de congé et de beau temps, l’abbé attache un petit ballot sur le dos de son compagnon, et les voilà partis tous les deux au bord de la rivière. Tandis que l’un lit ou écrit installé sur le petit tapis transporté par Tséring, l’autre paît tranquillement sans jamais s’éloigner.

Au fil des jours, le lama et le mouton nouent une relation de confiance, et très vite, ce dernier prend l’habitude de suivre son maître comme un toutou.

La pratique de sauver des animaux est courante en société bouddhiste. Pour le pratiquant lambda, elle lui sert à acquérir d’excellents karmas qui seront une source de longévité et de santé pour l’avenir. Pour les maîtres compatissants tels Kyabjé Dorjéchang, dont l’objectif ultime est de libérer tous les êtres de la souffrance, c’est un précieux moyen pour venir en aide aux deux parties, le bourreau comme la victime

Marie-Stella Boussemart Nonne gelugpa membre de la Congrégation Ganden Ling, fondée par le Vénérable Dagpo Rinpotché, auprès duquel elle étudie depuis 1973 et auquel elle sert d’interprète francophone depuis 1979. Détentrice d’un Lire +
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