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La nonne Sanghamitta
et l’arrivée du bouddhisme au Sri Lanka

La deuxième quinzaine de décembre est l’occasion d’une célébration qui occupe, dans le calendrier des fêtes du bouddhisme sri-lankais, une place toute particulière. On commémore en effet le souvenir d’une femme, une nonne qui, associée à son frère, lui-même religieux, joua un rôle de premier plan dans l’expansion du bouddhisme au Sri Lanka et donna au pays certaines de ses reliques les plus précieuses.

Son histoire, telle que nous la relate la tradition pali, nous fait remonter au IIIe siècle avant l’ère chrétienne. La dynastie des Maurya règne alors sur une bonne partie de l’Inde et le futur roi Ashoka, alors simple prince, est en chemin pour prendre sa fonction de vice-roi dans une région éloignée. Il fait étape dans la bourgade de Vedisanagara, où il contracte un mariage coutumier avec Vedisadevi, la fille d’un chef de guilde. Un garçon et une fille naissent de cette union. Quelques années plus tard, informé de la mort de son père, Ashoka repart en hâte vers la capitale de l’empire pour s’emparer du pouvoir. Il emmène avec lui les deux enfants sur la jeunesse desquels nous ne connaissons rien.

La mission de Mahinda

Ashoka est désormais bien installé sur le trône. Dès la quatrième année de son règne, il manifeste un intérêt croissant pour le bouddhisme et souhaite se poser en protecteur privilégié de la doctrine. Il consulte un éminent religieux et s’entend répondre que son adhésion au Sangha demeure incomplète tant qu’un membre de sa famille proche n’est pas entré dans les ordres. Les deux enfants nés de son union avec Vedisadevi resurgissent alors dans les textes. Devenus adultes, ils intègrent tous deux la communauté monastique et reçoivent le nom sous lequel ils sont restés dans l’histoire du bouddhisme : Mahinda et Sanghamitta.

Au cours de la 18e année de son règne, Ashoka apporte son soutien à l’envoi, décidé par le Sangha, de neuf missions dans diverses régions de l’empire, voire au-delà des frontières. Une attention toute particulière est portée à l’ambassade destinée au Sri Lanka, les souverains des deux pays entretenant déjà des relations plutôt cordiales. Mahinda, fils du roi, alors devenu un moine fort respecté, prend donc la tête de cette mission spirituelle autant que diplomatique.

Les premiers contacts sont excellents et Mahinda se voit offrir par le roi Devanampiya Tissa un terrain sur lequel il pose les bases de ce qui deviendra le plus grand centre de culture et d’enseignement Theravada de l’île : le Mahavihara.

Sanghamitta et les reliques du Bouddha

Quelques mois après son arrivée, il est informé que la seconde reine, Anula et de nombreuses femmes de sa suite souhaitent entrer en religion. Or, seule une nonne peut procéder à leur ordination et l’ambassade menée par Mahinda ne compte aucune femme.

Un petit groupe d’émissaires est alors dépêché en Inde, pour solliciter d’Ashoka la venue de Sanghamitta. Anula et ses compagnes prennent les dix préceptes habituellement respectés par les novices et les pieux laïcs, et s’installent dans une résidence monastique construite pour elles à quelque distance de la capitale. Dès son arrivée, Sanghamitta les y rejoint.

Sanghamitta apporte de précieuses reliques corporelles du Bouddha - dont sa clavicule droite, enchâssée par la suite dans le Thuparama Dagaba - et un de ses bols à aumônes qui, placé dans la résidence royale, devait devenir un palladium du royaume.

La religieuse est reçue avec les plus grands égards. Elle apporte en effet de précieuses reliques corporelles du Bouddha - dont sa clavicule droite, enchâssée par la suite dans le Thuparama Dagaba - et un de ses bols à aumônes qui, placé dans la résidence royale, devait devenir un palladium du royaume. Sanghamitta est également porteuse d’une bouture de l’arbre de l’Éveil, choisie et prélevée par Ashoka en personne à Bodh Gaya au cours d’une grandiose cérémonie.

Ces reliques, et la présence dans l’ambassade de plusieurs princes de la famille d’Ashoka ainsi qu’un frère de Vedisadevi, contribuent à resserrer étroitement les liens - religieux, mais aussi culturels et politiques - entre l’Inde des Maurya et le Sri Lanka. Mahinda comme Sanghamitta restent tous deux au Sri Lanka, où ils finiront leurs jours.

L’arbre d’Anuradhapura, le Grand Stûpa et la relique de la dent sont les trois objets majeurs de la vénération des fidèles au Sri Lanka. Les deux premiers sont directement liés à Ashoka et à la nonne Sanghamitta.

Sous l’impulsion du Vénérable Chandaratana, le Centre Bouddhique International du Bourget marque depuis de nombreuses années le souvenir de Sanghamitta par une tradition maintenant bien établie. Au cours d’une cérémonie qui voit se succéder prières et discours, les femmes présentes défilent pour déposer des fleurs devant une effigie de Sanghamitta, installée à la place d’honneur. Puis, une bouture de l’arbre de l’Éveil, ramenée du Sri Lanka et entretenue avec le plus grand soin, est solennellement offerte chaque année à une communauté bouddhique installée en France.

Véronique Crombé Conférencière des musées nationaux depuis 1987, Véronique Crombé intervient dans plusieurs musées parisiens, notamment au Musée National des Arts Asiatiques-Guimet. Elle a collaboré à plusieurs ouvrages sur les religions, le Lire +
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