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Ashoka :
le bouddhisme au pouvoir

Premier unificateur de l’Inde, l’empereur Ashoka fut aussi le premier à associer bouddhisme et politique.

On raconte que c’est sur des ruines et après une victoire éclatante sur ses ennemis qu’Ashoka, empereur de l’Inde, est devenu bouddhiste. Né vers 300 avant l’ère chrétienne et mort en -232, il est alors le plus puissant souverain de son temps. Il s’imagine en conquérant du monde, à l’instar d’Alexandre le Grand, mort en -323 après avoir vu son élan militaire brisé en Inde.

Quand Ashoka arrive au pouvoir, cela fait déjà trois générations que la dynastie à laquelle il appartient, celle des princes Maurya, grignote la Péninsule, en soumettant un à un les royaumes indiens. Seules restent indépendantes la pointe sud de l’Inde (Kerala) et l’enclave du Kalinga (aujourd’hui Odisha). Ce dernier, un État situé sur la côte orientale de l’Inde, est défendu par une armée redoutable. Vers -265, Ashoka ordonne de mettre fin à cette résistance. Il faudra une bataille mythique et au moins 100 000 morts, chiffre démesuré pour l’époque, pour que le Kalinga se soumette. Selon la légende, ce bain de sang plonge Ashoka dans une stupeur hébétée. Le conquérant, dont le nom sanskrit signifie pourtant “Sans souffrance”, reste prostré jusqu’à ce qu’il soit libéré par une révélation. Les sources ne précisent pas la forme de cette révélation, mais le roi laisse dès lors entendre qu’il s’est converti au bouddhisme.

Ashoka est le premier homme politique à prôner une éthique bouddhiste

La tradition distingue deux phases dans la vie d’Ashoka, un avant et un après Kalinga. À ses débuts, Ashoka n’était pas destiné à régner, mais il saisit l’opportunité offerte par la mort prématurée de l’héritier du trône Maurya. Il gère son empire d’une main de fer, s’intéressant à toutes les religions sans en embrasser aucune et, en sa qualité de laïc, fait des dons à la communauté des moines bouddhistes (Sangha), s’en instituant ainsi le protecteur princier.

Ashoka est le premier homme politique à mettre en œuvre une éthique inspirée du bouddhisme à l’échelle de l’État.

Puis vient la révélation du Kalinga : la guerre est abomination. Les inscriptions postérieures sur des stèles qui racontent ce moment de l’histoire laissent entendre qu’Ashoka embrasse alors le Dharma, pourtant seulement pratiqué par une petite minorité. Tel l’empereur romain Constantin qui institutionnalisa le christianisme au IVe siècle, Ashoka est le premier homme politique à mettre en œuvre une éthique inspirée du bouddhisme à l’échelle de l’État. Il fait édifier dans son royaume des piliers rappelant la nécessité de la non-violence (ahimsâ), se procure toutes les reliques de l’Éveillé dont il peut avoir connaissance, commandite une multitude de stûpa (1). Il gouverne dans la bienveillance, s’interdisant de faire la guerre, même si par pragmatisme, il ne renonce pas à une diplomatie menaçante à l’encontre de ses turbulents voisins.

Il patronne enfin un concile en sa capitale de Pâtaliputra (aujourd’hui Patna), lors duquel est décidé l’envoi de missions bouddhistes vers la Birmanie, l’Afghanistan, jusqu’en Macédoine. La plus importante, dirigée par l’un de ses fils, le moine Mahinda, débarque au Sri Lanka vers -250. Quelques années plus tard, la sœur de Mahinda le rejoint, porteuse d’une bouture de l’arbre sous lequel Bouddha avait atteint l’illumination. Relique propre à nourrir la foi des pèlerins, le petit rameau est planté avec soin. Il grandit en un arbre, que l’on dit toujours vivant. Tel ce figuier, le legs d’Ashoka n’a depuis jamais cessé de prospérer au Sri Lanka. Converti au bouddhisme suite à ce contact, ce pays a été aux racines de la spectaculaire expansion du Theravada en Asie du Sud-Est

Il subsiste aujourd’hui 19 des piliers d’Ashoka, associés à des inscriptions donnant des instructions aux sujets de l’empire. On déchiffre sur ces édits des règles de tout ordre : être tolérant, végétarien, généreux envers les pauvres…
Laurent Testot Journaliste, formateur et guide-conférencier en histoire globale/mondiale, passionné par une approche comparée des religions, inquiet pour la santé de notre planète, il s’emploie à faire de l’écriture de l’histoire un Lire +

Notes

(1) Stûpa : monument bouddhiste bâti comme un tumulus, commémorant la mort du Bouddha, que l’on rencontre communément en Asie orientale. Les plus importants ont été construits pour abriter des reliques du Bouddha.

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