©Museum Rietberg

Johannes Beltz :
« Susciter une meilleure compréhension du rôle des religions à travers l’art. »

Le canton de Zurich a introduit, en 2006, un cours baptisé « Religion et culture » destiné aux élèves des collèges. Le musée Rietberg propose, depuis lors, un programme baptisé « Art et religion, regarder pour comprendre », qui complète l’enseignement scolaire et vise à mieux appréhender les grandes religions, explique Johannes Beltz, le vice-directeur du musée Rietberg qui est aussi conservateur en charge du département de l’Inde.

L’art bouddhique est-il bien représenté au musée Rietberg ?

C’est un des noyaux forts de notre collection. Nous possédons une très belle collection de statues anciennes qui ont été collectées par Eduard von der Heydt, le fondateur du musée. Parmi elles figure un fragment de haut-relief du IIe-IIIe siècle de la région de Gandhara, où l’on voit, au centre, Bouddha l’éveillé, drapé dans une robe de moine finement plissée, assis, les jambes croisées, plongé dans la méditation. Nous possédons aussi des bronzes bouddhiques du Tibet et de la région de l’Himalaya et une belle collection de masques nô japonais.

Quelles sont les pièces phares de votre exposition « Prochain arrêt : Nirvana – autour du Bouddhisme » ?

L’un des fleurons de l’exposition est la monumentale statue de Bouddha, vielle de plus de 2000 ans, qui provient du musée de Peshawar (Pakistan), qui nous l’a prêtée. Cette pièce, qui mesure 3,5 mètres de haut et pèse 1,5 tonne, a été transportée de la région de Gandhara pour être exposée à Zurich. Le Gandhara, royaume aujourd’hui disparu, contrôlait jadis la fameuse Route de la Soie. Ses souverains, les rois Kushan, ont élevé pour la première fois le bouddhisme au rang de religion d’État et favorisé ses principes de pacifisme et de tolérance. Cette sculpture joue donc en quelque sorte un rôle de messager de la paix et de tolérance dans un pays, le Pakistan, socialement divisé. Elle a été découverte en 1908 par les Britanniques avant d’être conservée dans le musée de Peshawar. Elle n’a, depuis lors, quasiment pas quitté le Pakistan. Nous avons dû faire venir un expert zurichois qui a fait le déplacement au Pakistan de façon à nous assurer que l’objet pouvait bien être déplacé et qu’il ne risquait pas d’être abîmé.

Vous offrez, dans le cadre de cette exposition sur le bouddhisme, plusieurs itinéraires, plusieurs visites découvertes thématiques dont une qui s’intéresse plus particulièrement aux enseignements de l’art bouddhique.

L’itinéraire centré sur l’art bouddhique permet d’identifier et de saisir le sens de l’iconographie bouddhique. Comment reconnaît-on un Bouddha d’un Bodhisattva ? Comment comprendre le langage artistique bouddhique ? Que signifient les mouvements de la main des Bouddhas ? Pourquoi telle divinité arbore-t-elle plusieurs bras, têtes et jambes ?

Vous proposez une autre visite découverte thématique centrée, elle, sur la provenance des œuvres…

Nous expliquons au public, dans le cadre de ce parcours, comment ces chefs-d’œuvre du bouddhisme sont arrivés à Zurich dans nos collections. La plupart des œuvres ont été données par des collectionneurs comme Heinrich Harrer – un alpiniste autrichien, chercheur et auteur du livre Sept ans d’aventure au Tibet adapté au cinéma par Jean-Jacques Annaud – qui a rapporté en Europe une importante collection d’objets tibétains, après avoir vécu à Lhassa dans les années 1940, où il fut employé comme précepteur du jeune Dalaï-Lama.

L’itinéraire centré sur l’art bouddhique permet de comprendre l’iconographie bouddhique. Comment reconnaît-on un Bouddha d’un Bodhisattva ? Que signifient les mouvements de la main des Bouddhas ? Pourquoi telle divinité arbore-t-elle plusieurs bras, têtes et jambes ?

Nous invitons également les visiteurs à comprendre la signification des fleurs de lotus, symbole de la sagesse de Bouddha, de ses lobes d’oreilles allongés, à comprendre aussi, par exemple, ce qu’est un stupa…

En quoi consiste le programme éducatif, initié il y a plusieurs années par le canton de Zurich, et visant à sensibiliser les jeunes des collèges aux grandes traditions religieuses ?

Ce projet de médiation, initié en 2015, baptisé « Art et religion, regarder pour comprendre », vise à susciter une meilleure compréhension du rôle des religions à travers l’art. Nous avons cette même volonté d’offrir, dans le cadre du collège, une initiation aux grandes traditions religieuses mondiales. Nous le faisons avec la plus grande neutralité possible en nous efforçant d’analyser les phénomènes religieux pris dans leur contexte socio-politique et socio-économique.

Nous allons organiser prochainement une autre exposition sur l’image dans l’Islam, sur l’iconoclasme. Cette exposition sera, elle aussi, accompagnée de programmes éducatifs à destination des jeunes des collèges

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