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Invitation : l’expérience de l’espace

Comment vivre au milieu des autres dans la bienveillance.

Vous êtes coincé dans un embouteillage, pris dans une rame bondée, piégé dans une file d’attente interminable, ou compressé dans un bus ; vous semblez captif de l’espace et vous n’y pouvez rien. Ça commence là où vous êtes, car de toute évidence, vous ne pouvez pas être ailleurs. Vous le souhaitez, mais c’est impossible. Plus vous essayez d’échapper à l’inconfort qui est le vôtre (retard, peur de manquer un rendez-vous, température, contact indésirable), plus vous essayez de faire comme si vous n’étiez pas là, plus la souffrance croit et s’amplifie. Vous avez envie de pester. Un rien suffirait pour que vous vous emportiez. Les tentatives de fuite débouchent toutes vers une irritation encore plus grande. Il faut donc revenir où vous êtes, y être pleinement et ça commence avec le corps. Votre corps est ce que vous êtes.

Vivre, c’est prendre conscience que vous êtes un souffle

Commencez par vivre ce qui vous est donné : vous-même. Votre respiration, car vivre, c’est prendre conscience que vous êtes un souffle, pas seulement qu’un souffle s’élève en vous, vous faites corps avec vos côtes, votre poitrine, vos bronches, habitez pleinement la respiration. Devenez ces narines qui laissent passer un filet d’air et ce filet d’air, accompagnez-le jusqu’au bout, au bout du filet d’air quand il vous a empli, restez quelques secondes, deux ou trois, savourez le calme, puis relâchez l’air sans précipitation ni hâte. Laissez votre regard s’adoucir et les tensions de vos épaules, de vos mains, de votre nuque se défaire, soyez-en conscient et n’essayez de rien fixer ni relâcher. Souriez à votre situation et toute cette crispation qui jusque-là enflammait votre corps.

Apprenez à ne pas juger ni vous-même ni la situation dans laquelle vous vous trouvez.

Vous pouvez même voir à quel point cette situation est comique et cocasse, au lieu d’en faire tout un plat, connectez-vous avec votre sens de l’humour, pas un humour agressif que nous adressons généralement aux autres afin de régler des comptes inavoués, non, un humour qui cultive l’autodérision et nous permet d’être plus légers. Riez de votre irritation. Amusez-vous de votre agacement. Et, peu à peu, l’hostilité de la ville et de votre environnement vont laisser place à un grand calme, une sérénité. Vous prenez conscience qu’il y a beaucoup d’espace dans votre vie, et cet espace, c’est vous.

Par exemple, ça n’avance pas, l’embouteillage dure ou la rame n’avance plus, et bien profitez de cette pause pour vous détendre. Car rien n’y fera, pester ne fera qu’aggraver votre situation. Détendez-vous. Oui, vous allez manquer ce rendez-vous ou être en retard, et alors ? Acceptez d’être là où vous êtes, d’être un corps arrêté, mais ouvert et respirant. En fait, vous allez commencer par sentir une forme de liberté, mais cette liberté ne dépend plus des conditions extérieures, elle peut s’éprouver et s’explorer dans des moments que l’on étiquette avec trop d’empressement comme désagréables. Apprenez à ne pas juger ni vous-même ni la situation dans laquelle vous vous trouvez

Pierre Taïgu Turlur Pierre Taïgu Turlur enseigne la langue française, la littérature et la philosophie à Kyoto et Osaka, au Japon. Pratiquant le Zen depuis 1978, il a reçu la transmission du Dharma dans la lignée de Gudo Nishijima et Niwa Zenji. Il Lire +
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