©Doug Ellis

Frank Ostaseski :
la vie selon un accompagnant en soins palliatifs

Soucieux d’articuler méditation et action dans le monde, Frank Ostaseski, le fondateur du Zen Hospice Project, le premier hospice bouddhiste des États-Unis, œuvre depuis plus de trente ans au service des personnes en fin de vie, tout en enseignant la pleine conscience aux quatre coins de la planète.

« Suis-je aimé ? Ai-je bien aimé ? Ce sont les deux questions les plus importantes que se posent tous les individus au moment de leur mort. Pourquoi attendre alors ? N’attendez pas ! ».

Carrure de basketteur et sourire doux, yeux bleus outre-mer surmontés par un casque de cheveux blancs, L’homme a des allures d’empereur romain. D’empereur philosophe à la Marc-Aurèle.

Debout sur la scène de l’Espace Saint Martin, dans le IIIe arrondissement de Paris, où il est venu donner une conférence, fin mai, à l’invitation de l’Association pour le développement de la Mindfulness (ADMI), l’homme qui lance cette adjuration est encore peu connu du public français. Cofondateur, en 1987, du Zen Hospice Project à San Francisco, le premier centre bouddhiste de soins palliatifs aux États-Unis, Frank Ostaseski a également fondé le Metta Institute qui a introduit des milliers de médecins à son modèle d’accompagnement de fin de vie basé sur la pleine conscience et la compassion.

La vie de cet homme, honoré par le Dalaï-Lama et qui a reçu le prix 2018 du prestigieux « Humanities Award from the American Academy of Hospice and Palliative Medicine », n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Agression sexuelle par un prêtre catholique à l’adolescence, parents alcooliques qui disparaissent tous deux alors qu’il est encore jeune, crise cardiaque sur le tard... « Étant jeune, je faisais tout pour ignorer ma souffrance, tout pour la rejeter en me repliant sur moi-même. J’ai pris conscience en mûrissant que c’est en accueillant cette souffrance qu’affleure la compassion et que l’on apprend à aimer. La pratique de la méditation m’a aidé à reprendre contact avec moi-même, avec ma vie, et à accueillir ces bleus de l’âme avec douceur et pitié. »

Acceptation de l’impermanence

Tombé dans le grand bain du bouddhisme Theravada à l’âge de 20 ans, lors d’un voyage initiatique en Asie du Sud-Est, Frank Ostaseski a passé plus de trente ans à accompagner des personnes en fin de vie, dont nombre de sans-abris et de malades du Sida.

« Suis-je aimé ? Ai-je bien aimé ? Ce sont les deux questions les plus importantes que se posent tous les individus au moment de leur mort. Pourquoi attendre alors ? N’attendez pas ! »

De ce long compagnonnage avec la mort, il a tiré de précieuses leçons de vie, sur l’acceptation de l’impermanence conçue comme un outil permettant de débloquer des forces d’expansion de vie notamment. « On n’échappe pas à la mort. Au cours de mon parcours professionnel, j’ai rencontré des individus ordinaires qui ont développé, à la fin de leur vie, des intuitions profondes et se sont engagés dans un processus de transformation personnel qui les a aidés à devenir des personnes plus équilibrées, plus épanouies, et qui ont pu ainsi s’émanciper du petit soi séparé auquel ils pensaient devoir se cantonner. J’ai été témoin de manifestations d’ouverture du cœur chez des personnes proches de la mort, mais également chez des accompagnants », souligne-t-il avant de répéter, à nouveau, son mantra : « N’attendez pas ! » Vie et mort ne font qu’un. L’homme, martèle-t-il, ne peut être pleinement vivant s’il n’a pas conscience de la mort. Il faut se mettre à l’écoute de la grande faucheuse, car c’est elle qui aide les hommes à découvrir ce qui compte le plus, qui les amène à mener une vie pourvue de plus de profondeur et de sens. Sans ce « rappel » de la mort, l’homme a tendance à prendre la vie comme un dû, glisse-t-il. « Les personnes que j’ai eu la chance d’accompagner ont découvert une confiance profonde en l’univers, une confiance dans la bonté de l’humanité dont elles ne se déparent pas, même quand elles sont confrontées à la souffrance. Cette clairvoyance qui peut se manifester au moment de la mort, peut tout aussi bien être cultivée, sans attendre, d’ores et déjà, ici et maintenant » pointe-t-il dans un demi-sourire.

Eric Tariant Les spiritualités vivantes, les alternatives porteuses d’avenir, les utopies concrètes qui esquissent un autre paradigme de développement et l’art (la peinture en particulier) sont les spécialités et principaux centres Lire +
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