©William Lessourd

Du coussin au coup de main

Association d'aide alimentaire créée par Tulku Péma Wangyal Rinpoché en Dordogne, la Maison 24 vient en aide aux plus démunis. Plus qu’un restaurant du cœur, une maison où la compassion est en action.

On les imagine assis sur un coussin, profondément absorbés dans leur méditation, à l’écart du chaos du monde… et l’on a raison : la plupart des pratiquants bouddhistes prennent le soin d’aménager du temps pour s’isoler afin de prier et méditer. Mais pas uniquement. Certains n’hésitent pas à s’engager et à venir concrètement au secours des autres. C’est le cas de certains disciples, moines ou laïques, de Tulku Péma Wangyal Rinpoché, maître tibétain installé avec sa famille en Dordogne depuis les années 60. Répondant à son appel en 2013, une dizaine d’entre eux entreprit d’aménager un camion pour porter des repas chauds aux plus démunis de Périgueux : la Maison 24 était née. Depuis, forte de près de 80 bénévoles, l’association soutient 700 personnes en grande difficulté et étend son action au-delà de l’alimentaire. Un bel exemple de compassion en action (1).

« Vous n’êtes pas comme les autres. »

Lorsqu’il fonde La Maison 24 il y a cinq ans, Tulku Rinpoché a déjà de nombreuses associations humanitaires à son actif. L’association périgourdine rejoint Casa International, le vaste réseau d’aide alimentaire, dont il a implanté des antennes au Brésil, au Mexique, en Espagne, en Angola, etc. Devenue en quelques années un acteur de premier plan sur la scène de la solidarité dans ce pays, Casa Portugal tient lieu de modèle à La Maison 24, qui va imprimer en douceur, dans le tissu associatif périgourdin, sa vision de la solidarité, c’est-à-dire le don inconditionnel à toute personne qui en exprime le besoin, et l’application des valeurs “Casa” : gentillesse, coopération, innovation, respect… Tout cela avec l’aide de dons privés.

« Nous sommes là pour les personnes, pour apporter du lien, du soutien, de la considération, de la paix aussi, car la rue est un milieu violent. » Palzang

« Vous n’êtes pas comme les autres. » C’est la phrase qu’entendent régulièrement les bénévoles de la Maison 24 lorsqu’ils échangent avec les bénéficiaires venus chercher leur colis et prendre un repas. Mais que veulent-ils dire par là ? Voici la réponse d’Éric, qui vient régulièrement aux distributions. « On se sent respecté. Les bénévoles sont gentils, ils s’intéressent à nous et ne sont pas juste là pour nous donner à bouffer. » C’est un point fondamental que rappelle Palzang, bouddhiste et vice-président de La Maison 24 : « Je répète souvent aux bénévoles que nous ne sommes pas là uniquement pour donner de la nourriture. Ça, c’est presque un prétexte, même si c’est très important pour eux. Nous sommes là pour les personnes, pour apporter du lien, du soutien, de la considération, de la paix aussi, car la rue est un milieu violent ».

Le mardi, c’est festin végétarien !

La Maison 24 n’a pas attendu longtemps pour faire face à d’autres besoins que l’aide alimentaire : soutien scolaire, cours de conversation aux migrants et un jardin partagé en permaculture ont rapidement vu le jour, et la liste des services devrait s’allonger, grâce notamment au don providentiel d’une cuisine professionnelle, dans laquelle ne seront jamais préparés de produits animaux. Le respect de tous les êtres sensibles fait partie des valeurs fortes de l’association. D’ailleurs, tous les mardis soir, les bénéficiaires ont droit à un festin végétarien !

Si l’origine bouddhiste de l’association n’est pas cachée aux nouveaux bénévoles, elle n’est pas non plus mise en avant. La discrétion est dans l’ADN du sangha de Tulku Péma Wangyal Rinpoché. La plupart des bénévoles de la première heure sont des disciples et font encore partie des piliers de l’association, comme Delia, la présidente, Palzang, Christine, anciens des fameuses “retraites de trois ans” pour certains. Après des années à l’écart du monde, comment vivent-ils cet engagement social ? « Pour moi, explique Christine, le bénévolat, où qu’il se déroule, est une occasion de me confronter à des situations humaines qui me montreront où j’en suis dans mon évolution, et ce que j’ai pu ou n’ai pas pu transformer en moi »

©William Lessourd
Sylvie Gojard-Gérard Longtemps journaliste au magazine NEXUS, Sylvie Gojard-Gérard vit en Dordogne, où elle met sa passion pour l’information et la communication au service de projets porteurs de sens. Lire +

Notes

(1) La compassion en action se manifeste lorsque, après avoir réalisé que tous les êtres sensibles fuient la souffrance et recherchent le bonheur, nous posons des actes qui répondent à ces besoins : sauver et rendre leur liberté aux animaux, nourrir ceux qui ont faim, accueillir ceux qui sont sans toit, écouter ceux qui sont isolés, etc.

Pour aller plus loin

Audace et compassion, l’entraînement de l’esprit en sept points selon Atîsha de Dilgo Khyentsé Rinpoché (Éditions Padamkara, 1997)
Le Bouddhisme engagé d’Éric Rommeluère (Éditions du Seuil, 2013)

Site : www.lamaison24.net

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