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Déambulations d’un novice bouddhiste dans le monde d’aujourd’hui

Cette chronique raconte les tribulations d'un bouddhiste néophyte. En pleine découverte pratique, de nombreuses questions émergent. Comment adapter ses aspirations spirituelles à la vie en société, au quotidien ? Notre novice part en quête de réponses concrètes. Ou pas...

Épisode #2 : Un bouddhiste peut-il… jouer aux jeux vidéo ?

Le lotus et le joystick (comprenez pour les non-initiés, la fameuse manette qui commande les jeux vidéo)... Et s’il s’agissait là d’une parabole bouddhiste des temps modernes ? Ou comment démêler le vrai du faux, la vérité absolue et celle plus relative que nous vivons, instant après instant, tant que nos esprits sont embrumés par l’ignorance ? Comment se méfier, dans ces univers en 3D comme dans notre quotidien, du plus grand illusionniste qui n’ait jamais existé : l’esprit ? Celui-là même que les joueurs semblent mettre en mode pause lorsqu’ils taquinent de manière compulsive leurs manettes.

Pour trancher, le novice que je suis préfère s’en remettre prudemment aux enseignements pour ne pas en perdre son sanskrit. Casque sur les oreilles, je me questionne : peut-on concilier la sagesse du bouddhisme bimillénaire et l’esthétique heroïc-fantasy des jeux de l’ère numérique ? La réponse fuse (des années de méditation facilitent la synthèse) : attention, danger ! ces somptueux univers pixélisés rappellent sans aucune équivoque possible les tourments des différents mondes du samsara, car ils ouvrent sans retenue la boîte de Pandore du mental. Dans les mondes virtuels comme dans le samsara, les renaissances (ou « niveau de vie » dans le jargon des jeux vidéo) en témoignent. Mais, le novice le sait, pour un bouddhiste, renaître est une forme d’échec, et signifie qu’il lui reste encore du boulot pour devenir un Éveillé.

À ce moment de mes réflexions, je me souviens justement d’un passage du célèbre Soutra du Lotus, qui relaie l’histoire d’un groupe d’enfants piégés dans une maison en flamme, mais qui ne s’aperçoivent pas du danger tant ils sont absorbés par leurs jeux. Les collectifs anti-Nintendo ou anti-Playstation n’auraient pas dit mieux que ce qu’a dit il y a fort longtemps, le Prajnaparamita-sutra : « Tous les objets sont des fabrications imaginaires ». Pourquoi donc s’alarmer face aux éventuels dangers qui frapperaient nos chers bambins et adolescents, voire jeunes adultes ?

Aussi, puis-je décemment reprocher aux joueurs de passer des heures scotchés à leur écran alors que je viens de passer dix ans à méditer dans la forêt ? À chacun sa grotte.

Je préfère me féliciter que les PlayStation, Nintendo et autres fabricants d’univers parallèles aient parfaitement compris le principe d’impermanence, d’interdépendance, la loi de causalité et comment fonctionnent les renaissances, et en distillent sans en avoir l’air ainsi cette réalité à leurs geek. Les avatars - nos doubles en ligne, parfaites illustrations du concept du Non-Soi - sont en effet en constante évolution et changent de panoplies au fil des niveaux de jeu. Grosso modo, selon leur karma. Sans oublier que les joueurs démontrent qu’ils ont parfaitement assimilé le concept bouddhiste de la coproduction conditionnée, puisque chez eux aussi, tout est interconnecté : c’est ce qu’on appelle les jeux en réseaux

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