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Davina :
de la télévision à l’habit monastique,
la vie est une danse

Entretien avec Davina, star du petit écran avec Véronique dans les années 80 dans l’émission Gym Tonic. Devenue nonne Gelugpa, elle entraîne désormais les corps et les esprits de ses disciples et enseigne à vivre selon la philosophie du Bouddha.

Comment avez-vous découvert le bouddhisme ?

Je l’ai découvert au berceau grâce à ma mère, elle a été mon premier et mon principal maître spirituel. Ce qu’elle a gravé dans mon cœur et mon esprit ne m’a jamais quitté. La rencontre avec le Dalaï-Lama a été ensuite déterminante. Je suis allée le voir pour écrire un article sur lui. J’étais avec tous les autres journalistes, assise au premier rang. Quand il est entré, je fus la première personne à laquelle il a serré la main. J’ai immédiatement ressenti quelque chose de très particulier, c’est indéfinissable. Quelque temps après, j’ai décidé de devenir nonne. Cette poignée de main et ce regard ont changé ma vie.

Vous dites avoir ressenti le désir d’être nonne dès l’âge de dix ans, mais vous vous êtes tournée vers la danse. La danse est-elle une autre façon de prier ?

J’ai souhaité être religieuse catholique, mais ma mère qui était très artiste m’a emmenée vers la danse classique, une sorte de sacerdoce, d’entrée en religion. La danse est une prière, une offrande sacrée de son corps. Par les efforts et la beauté du geste, on perçoit un peu de l’infini. Dans le bouddhisme, le corps est un véhicule qui ne doit pas prendre beaucoup de place. Tous les êtres sont attachés à leurs corps, mais à cause de cela, on s’y identifie et on revient à l’éternel problème de l’ego. Le corps doit être néanmoins soigné. J’enseigne le yoga, mais pour moi, le yoga dépasse le mot yoga : il est le lien entre le corps et l’esprit.

À quelle tradition appartenez-vous ?

Gelugpa, l’ordre du Dalaï-Lama. J’ai fait ce choix, car il était pour moi le plus rigoureux.

Quelles sont vos pratiques ?

Essentiellement des pratiques de prière. J’ai voué mon engagement spirituel aux personnes malades et aux défunts. Je prie pour eux chaque jour. J’ai la responsabilité spirituelle de ce monastère et des cinq nonnes qui y vivent. Ce n’est pas un parti traditionnel, il n’y a pas d’office où nous nous réunissons tous les jours, car j’estime que c’est de l’ordre de la responsabilité individuelle de se prendre en charge. À partir d’indications qui leur sont données, les nonnes choisissent l’heure et le temps de leur pratique. On se réunit une fois par semaine pour faire ensemble les pratiques traditionnelles. Le matin au lever, j’ai un rituel qui date de mon enfance : commencer la journée en remerciant l’énergie de la vie et la terminer de même. Je débute donc ma journée avec cette prise de refuge, qui consiste à se placer dans une conscience divine, dans la nature pure du Bouddha. Dans l’absolu est le refuge. Puis je médite une heure par session, c’est-à-dire par temps de pratique : le matin avant le petit déjeuner, l’après-midi, puis avant le coucher.

Comment le bouddhisme vous aide-t-il à surmonter les épreuves de votre vie, comme la maladie ou la mort d’un enfant ?

Quand on étudie profondément les enseignements du Bouddha et qu’on les applique dans sa vie, on se rend compte que les difficultés viennent d’une manière naturelle pour simplement nous permettre d’évoluer. Si nous ne rencontrions jamais de difficultés, nous ne pourrions pas évoluer. Tout se résume à une chose : comment réagissons-nous face aux événements ? Nous pouvons mourir de désespérance ou entrer dans une forme d’acceptation puisque rien n’arrive par hasard. Tout ce qui nous arrive fait partie du sens de notre vie. Tant que la vie est là, il y a quelque chose à faire et à aimer.

« La vie est comme un chant, une danse, une symphonie à condition que la note de musique que nous sommes ne soit pas discordante par rapport à la symphonie universelle. »

Pour moi, le sens de toute chose passe par le cœur. L’amour dans sa noblesse. Je viens de traverser une grave maladie, un zona ophtalmique qui m’a forcée à rester deux mois allongée dans le noir, aux prises avec d’énormes douleurs. J’arrivais néanmoins à ressentir cet amour. Je ne pouvais rien faire, ni lire, ni me lever seule. Je l’ai vécu comme un long temps de méditation. Cette maladie a été une initiation. Toutes les choses de mon existence me sont revenues, les erreurs, les colères, les miennes et celles des autres, et j’ai fait un travail de pardon. J’ai alors découvert à quel point le pardon était un élément guérisseur de la vie. Le pardon à soi-même, aux éléments de la vie qu’on n’a pas supportés, et le pardon aux autres.

Pourquoi, selon vous, le bouddhisme est-il avant tout une manière d’être ?

Le Bouddha a parlé des valeurs humaines qu’un être pouvait cultiver afin de pouvoir transcender ces valeurs pour n’être qu’unité. Quand on entre dans la voie du Bouddha, il faut vraiment étudier parce qu’il y a beaucoup de conseils et de repères qui peuvent nous aider. C’est une des raisons pour lesquelles les gens se tournent de plus en plus vers le bouddhisme. C’est accessible ! C’est un enseignement que l’on peut, que l’on doit mettre en activité en soi, tous les jours. Notre époque, très difficile, en a particulièrement besoin, comme chacun de nous de retrouver des repères spirituels. Il n’y a pas de chemin à moitié, car la vie quotidienne est un terrain d’enseignement constant. On rencontre tout le temps des maîtres à travers des personnes et des circonstances.

Êtes-vous habilitée à faire des rituels ?

Je peux pratiquer tous les rituels, car j’ai pris tous les vœux. J’ai voulu recevoir la pleine ordination, ce qui est refusé aux femmes dans le bouddhisme tibétain. Je les ai reçus au milieu de toutes les obédiences bouddhistes avec les moines qui les représentaient. Cependant, même avec la pleine ordination, il faut avoir l’autorisation et la transmission d’un maître pour pratiquer les rituels.

Quelle est la place de la femme dans le bouddhisme ?

On cherche peu à peu à faire de la place aux femmes dans le bouddhisme, mais elle n’est pas encore reconnue. Au Tibet, les nonnes ne reçoivent pas d’enseignement, car ce sont des femmes. Elles aspirent néanmoins à devenir nonnes alors on les met dans des monastères, où elles vivent dans un grand dénuement.

Quelle est la traduction de Gelek Drölka, votre nom de nonne ?

Tara blanche. Tara signifie « Étoile », mais c’est aussi une des représentations féminines d’un Bouddha. C’est le principe féminin de l’essence spirituelle d’un Bouddha. Tara blanche est synonyme de paix et de longue vie.

Quelle est la place d’un média comme le nôtre ?

Notre époque a soif de spiritualité, elle aspire à la reconnaissance de ce qu’elle est vraiment. Ce qui restera seulement, c’est ce qui est en harmonie avec le tout universel. Si on aspire à porter la voix de ce tout, même avec une toute petite voix, alors ça compte.

Quelle est la valeur la plus importante qui guide votre vie ?

L’authenticité. Traverser cette vie en cherchant constamment à m’améliorer. Comprendre la vie, soi-même et les autres. Accepter les difficultés, les prendre pour maîtres. Avoir beaucoup d’humilité. Pour moi, le sens de la vie, c’est l’humilité et l’authenticité. Mais la base de tout ça, c’est l’amour. L’amour inconditionnel. La vie est comme un chant, une danse, une symphonie à condition que la note de musique que nous sommes ne soit pas discordante avec la symphonie universelle. J’aspire à servir l’énergie de la vie en étant bénéfique à tout. Bien sûr, je n’y arrive pas toujours, mais c’est l’étoile que je vise

Blanche de Richemont Philosophe de formation, voyageuse infatigable, journaliste, écrivain et conférencière, Blanche de Richemont est notamment l’auteur d’Éloge du désert et Éloge du désir (Point Seuil, 2016), Le souffle du Lire +
Avec Rinpoché.
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Dans les pas de Davina

Davina Delor a connu un succès sans précédent en animant Gym Tonic, une émission de télévision avec Véronique de Villèle dans les années 80. Elle enseigna également la danse, le yoga et le Qi Qong. Initiée depuis son enfance aux sciences spirituelles, elle entreprit des études de médecine traditionnelle chinoise et reçut un diplôme d’acupuncteur. Elle se tourna aussi vers les psychopathologies, se spécialisant dans les problèmes d’alcoolémie et de toxicomanie. Après le décès de son fils, mort d’une rupture d’anévrisme à vingt-trois ans, elle se tourna vers la psychanalyse. À cinquante ans, Davina se consacra au bouddhisme et partit deux ans au Tibet pour recevoir l’ordination de Getsulma. En 2012, elle prononça ses vœux de pleine ordination supérieure. Depuis 2010, elle vit exclusivement dans le monastère qu’elle a fondé dans le Poitou, Chökhor Ling. Elle voue une infinie reconnaissance à son maître, son Eminence Jangtsé Chojé Kyabjé Gosok Rinpoché, auquel elle dédie un respect et une dévotion sans limites. Il a été désigné par le Dalaï-Lama comme le futur chef spirituel des gelugpas. Tout en restant en ligne avec la pure tradition bouddhiste, Davina rejette néanmoins tout sectarisme et s’inspire de toutes les grandes sagesses. Sa devise trône au milieu du jardin : « En dehors du monde et dans le monde ».

Le monastère de Chökhor Ling

Le monastère de Chökhor Ling (Le jardin de la roue du Dharma) a été créé en 2007 autour de la maison de Davina, sous l’impulsion de bénédictions transmises au cours de son ordination. Au milieu d’un champ, dans les terres profondes du Poitou, le visiteur est accueilli par des dizaines de drapeaux tibétains qui dansent dans le vent. Au cœur d’une plaine, on a l’étrange sensation d’arriver à un sommet. Davina ouvre la porte et son regard lumineux confirme cette sensation d’ailleurs et de plénitude qui plane déjà. Au milieu du jardin trône un stupa qui contient une relique du Bouddha et des reliques des grands maîtres des temps passés. Il s’agit du stupa de l’Éveil. Une des robes du Bouddha de Bodhgaya y repose également.

Dans une grande maison en bois, où se trouve une grande salle de yoga et de méditation, veillent les Boudhhas Tara blanche et Tara verte. À leurs pieds, des centaines d’offrandes. On peut aussi y voir un mandala consacré par les rituels du Vajrayana, dédié au Bouddha de médecine. Centre de dévotion de vœux et de requête, il est de ce fait conservé précieusement. Des petites maisons de retraite se trouvent aux deux extrémités du jardin pour ceux qui souhaitent se retirer quelque temps. Le grand temple du bouddha Shakyamouni, se trouvant dans le bâtiment principal, a été construit dans les normes des temples tibétains conformément à la tradition. Un immense Bouddha trône au milieu, imposant et puissant. C’est le cœur battant et vivant du monastère, un lieu où la méditation est naturellement intense. C’est dans ce temple que Davina reçoit les visiteurs. En hiver, un feu crépite dans un poêle à l’entrée du temple. Il est à l’image du monastère : un peu de chaleur et de lumière au cœur du monde. Cinq nonnes vivent toute l’année sur place et accueillent les moines, les moniales et les personnes laïques souhaitant se former à l’étude et la pratique des textes sacrés pour les intégrer à la vie quotidienne. Des cours de Yoga et de Qi Qong sont aussi donnés afin que ce lieu soit un refuge bénéfique pour le corps et l’esprit.

Chökhor Ling
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