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Comment transmettre le bouddhisme aux enfants ?

La réponse est incontestablement : sans leur prendre la tête, en leur montrant une manière de vivre, non-prosélyte, libre de croyances et de dogmes, et en leur faisant goûter au quotidien, sans théoriser, à une expérience, la leur, simple, progressive, qui mettra en avant comment fonctionnent pour eux, à partir de leur vécu, les principes de base : la bienveillance, la générosité, leurs relations aux autres, les conséquences de leurs actes. Cet apprentissage non-violent, spontané et pragmatique implique de les laisser découvrir par eux-mêmes, par l’action, les valeurs proposées. Avec un bonus pour nous, parents, apprendre la patience et à sourire avec gratitude devant les découvertes que nous ferons sur nous-mêmes, grâce à eux.

No buddhist is perfect, no parent is perfect

Étant « bouddhiste » (ô secours les étiquettes !) depuis l’adolescence, mes enfants et leurs amis ont grandi dans une atmosphère indo-tibétaine, entourés de bibliothèques pleines de livres très sérieux sur les pratiques et la pensée philosophique du Theravada, Mahayana, Vajrayana ; de biographies inspirantes de maîtres ; d’ouvrages d’art sur les cultures de l’Himalaya et du monde ;  d’une pléiade d’ouvrages de contes occidentaux et asiatiques de tout genre : tibétains, vietnamiens, laotiens, mongols, etc., et en côtoyant nos amis laïques et religieux de toutes les traditions. Ainsi, sans doute car cela les changeait des rencontres qu’ils faisaient chez leurs copains, ils adoraient le soir dîner avec nous quand nous recevions nos amis moines aux robes éclatantes. Je me souviens de leurs yeux écarquillés quand, au cours de nos conversations, ils essayaient de décrypter, les mots « bizarre » en « A » : karma, samsara, nirvana, que nous utilisions et qui résonnaient à leurs oreilles de manière mystérieuse. De temps en temps, ils nous accompagnaient également lors de certains enseignements. Leur découverte du bouddhisme s’est donc faite de manière naturelle, en immersion familiale ou amicale, et s’est souvent résumée de ma part à leur apprendre à devenir des enfants puis des adolescents bons, responsables, tolérants, joyeux, non-violents, respectueux et autonomes. Est-ce que cela les a influencés ? Sans doute. Mais ce qui a toujours le plus compté pour eux fut indubitablement l’exemple que nous leur donnions à la maison et à l’extérieur, en faisant les courses, dans les embouteillages, avec nos proches… La vérité de ce que nous sommes se dévoile dans la simplicité des actes ordinaires, c’est une évidence pour les enfants. Nous les trahissons dès que nous enfreignons nos règles et recommandations de vie. L’exemple que nous leur donnons est non seulement déterminant dans leur compréhension de ce que représente vraiment cette voie, mais aussi le plus grand cadeau que nous pouvons leur faire.

La trace dans leur mémoire des mots en « A »

Les enfants sont des éponges. Ma fille par exemple a très vite fait siennes les théories du karma et du samsara. À neuf ans déjà, quand je la réprimandais, elle me disait, avec un grand sourire aux lèvres : « Attention, maman, à ce que tu me dis si tu ne veux pas avoir un mauvais karma ! » Elle se fichait gentiment de moi, nous le savions toutes les deux, et n’échappait pas à la semonce méritée, mais ses réflexions espiègles m’empêchaient de me prendre au sérieux et de me laisser emporter par une émotion d’agacement, ou pire de colère. Sans s’en rendre compte, elle m’obligeait à mettre en pratique ce qui n’était encore trop souvent, pour moi, que théorie.

Notre rôle de parents ne consiste pas à leur prodiguer une catéchèse « bouddhiste » ennuyeuse, mais à leur montrer par l’expérience, sans dogme, sans prosélytisme, comment « ça marche » dans leur vie de tous les jours.

Mon fils, plus réservé, eu quant à lui, préadolescent, une période où, captivé par les illustrations représentant mandalas et déités tibétaines, il restait de longs moments à les observer. Vers douze ans, il se prit ainsi de passion pour les reproductions du samsara bouddhistes. Les enfants sont tiraillés entre la peur et la fascination des montres, et Yama, le seigneur de la mort, qui tient entre ses pattes crochues les mondes des renaissances, n’a rien à envier aux terrifiants personnages des comics américains. Intriguée, je lui avais demandé ce qu’il aimait dans ces images. Il m’avait répondu avec un esprit de synthèse que je lui enviai alors : « Tout se transforme et dépend de l’état de notre cœur, maman. Je n’ai pas peur de Yama, il me rassure, il surveille les humains ». La simplicité de sa réponse m’avait percutée et m’appri une chose : accumuler des concepts brouille nos pensées et conduit parfois à la confusion.

Nos enfants, nos plus grands maîtres 

Ainsi, nul besoin d’enseigner à nos progénitures les subtilités de la vacuité ou de l’impermanence : ils y sont connectés spontanément. Nul besoin non plus de leur transmettre la complexité de la coproduction conditionnée ou du principe de l’interdépendance des êtres et des phénomènes : ils les connaissent également. Le fait que chaque action ait des résultats aussi. Notre rôle de parents ne consiste donc pas à leur prodiguer une catéchèse « bouddhiste » ennuyeuse, mais à leur montrer par l’expérience, sans dogme, sans prosélytisme, comment « ça marche » dans leur vie de tous les jours, dans leurs relations avec leurs copains et les adultes, et les conséquences sur leur bien-être, leur bonheur, leur enthousiasme, leur joie. Leur donner la possibilité d’apprendre à coordonner leurs pensées, paroles et actions est plus éclairant que n’importe quelle théorie. Alors, au boulot les parents !

Mary-Tara O'Neill Mary-Tara O’Neill côtoie depuis près de quarante ans le monde bouddhiste : maîtres de toutes traditions, pratiquants aguerris, spécialistes divers et humains lambda comme elle. Toutes ces années, son challenge a été de se Lire +

Pour aller plus loin

Contes des vies antérieures du Bouddha : Jataka de Kim Vu Dinh (Points, collection Sagesses n°299, 2014)

Merci, Perceval d’après Jigmé Khyentsé Nuden Dorjé. Écrit et illustré par Sally Devorsine, adaptation française Anne Tardy (Éditions Padmakara, 2018)

Contes des sages du Tibet de Pascal Fauliot (Seuil, 2006)

L’enfant de pierre et autres contes bouddhistes de Thich Nhat Hanh et Marianne Coulin (Albin Michel, 2014)

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