Ce que m’a appris le confinement : aller à la rencontre de l’autre et de moi-même.

Pour les bouddhistes, se préoccuper de la santé d’un être vivant revient à s’occuper de lui de façon globale. Tous les aspects de la vie du malade doivent donc être pris en compte : le physique, le mental, mais aussi l’environnement - de l’entourage au lieu de vie -, car ils agissent directement sur lui. Aussi, lorsque j’ai coché la case : « Déplacement pour motif impérieux, pour l’assistance aux personnes vulnérables », je savais plus ou moins consciemment qu’aider mon père, qui se trouvait à ce moment-là en grande détresse, prendrait du temps. Et ce temps, le confinement me l’offrait.

La joie de la matinée au volant de ma voiture, après trois semaines cloîtrée dans mon appartement, fut stoppée nette en découvrant mon père assis devant chez lui, le regard hagard, visiblement complètement perdu. Livré en grande partie à lui-même. Depuis que toutes les visites avaient été interrompues, il vivait dans un chaos aussi bien extérieur qu’intérieur, immergé dans la souffrance et la précarité de sa situation.

Ne sachant pas vraiment par quoi commencer, j’ai fait ce que je savais faire : j’ai trié, nettoyé, rangé et décoré chaque pièce de sa maison en prenant soin de les adapter à son handicap et à ses problèmes cognitifs. Parallèlement, j’ai instauré un programme de remise en forme globale : prise de sang, diététique, séances de méditation guidée, musique au soleil couchant, balades sur les lieux de son enfance, lectures spirituelles au petit-déjeuner… Je bousculais ses habitudes et son lieu de vie comme pour le réveiller en l’éveillant à la magie du moment présent. Je ne préméditais rien, les idées se bousculaient, j’étais dans un lâcher-prise total, comme guidée.

Confinement et contentement

Cette énergie joyeuse et intarissable qui s’est éveillée en moi, simplement en faisant de mon mieux et sans rien attendre en retour, nous a métamorphosé l’un et l’autre. Mon père est revenu à la vie, son regard a retrouvé sa malice d’autrefois, sa mémoire lui fait moins défaut, ses pas sont plus sûrs et moi, j’ai découvert… le contentement ! Car j’ai réalisé que j’étais fondamentalement heureuse dans cette situation difficile. Ce séjour de plusieurs semaines a été une grâce, une libération intérieure, comme si l’esprit, lorsqu’il n’est plus enfermé dans la gangue de l’ego, s’épanouissait et rayonnait sans effort, disponible pour ceux qui en ont besoin, y compris nous-mêmes.

 « Je bousculais les habitudes de mon père et son lieu de vie comme pour le réveiller en l’éveillant à la magie du moment présent. Je ne préméditais rien, les idées se bousculaient, j’étais dans un lâcher-prise total, comme guidée. »

Alors oui, monsieur l’agent, il s’agissait bien d’un déplacement « impérieux » ! Et plus que jamais, je réalise combien il est important de faire preuve d’équanimité, d’égalité d’âme et de détachement. Sans cette pandémie, même si on ne peut que regretter cet événement, je serais venue deux ou trois jours et j’aurais retrouvé mes obligations et ma vie parisienne. Mon père ne serait sans doute plus chez lui, dans sa maison à la campagne qu’il aime tant, et moi j’aurais été privée d’une expérience initiatique sans précédent. Car, aujourd’hui plus qu’hier, je sais qui je suis. J’ai lu un jour que ce que nous sommes tient moins à ce que nous faisons qu’à ce que nous sommes capables de faire lorsque nous nous y attendons le moins. J’approuve !

Kara Molinari Kara Molinari est avant tout une chercheuse passionnée. Depuis son adolescence, elle s’interroge sur question la plus métaphysique qui soit : qu’est-ce que l’homme ? Diplômée d’un Master en Histoire et d’un Master 2 en Lire +
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