©DR

Cathy Blanc :
« La crise actuelle est une opportunité pour grandir. »

À l’occasion de la sortie de son livre C’est par les failles que passe la lumière du Docteur Cathy Blanc (Éditions Domens), cette homéopathe, acuponctrice et fondatrice d’Ecoé, toujours soucieuse d’engagement humain et solidaire, nous explique comment accueillir et se retrouver durant cette période de confinement.

Dans votre essai, vous évoquez l’arrogance de l’être humain oubliant sa dépendance à la planète entière ou encore sa soif de certitude, quand l’imprévisibilité est l’essence même de la vie. Comment cela résonne-t-il au cœur de la pandémie actuelle ?

L’homme est dans cette quête de supériorité, de maîtrise, oubliant les « cécités de la connaissance » dont le philosophe Edgar Morin nous mettait en garde. On croit savoir. On manque d’humilité. Ce mot, dont la racine est commune avec « humus », nous invite aux choses essentielles de la terre. Cette simplicité n’est pas réductrice, elle est une occasion de nous enrichir, de fertiliser, d’aller plus loin en participant à quelque chose qui nous dépasse. Accepter que tout change nous permet de lâcher prise. Cela ne veut pas dire renoncer mais, au contraire, ouvrir les mains pour jouir de l’instant présent et de l’inattendu.

Comment alléger la souffrance du confinement ?

Ne cherchons pas à nier les souffrances d’une telle situation, qui sont terribles. Les accepter est une preuve de courage. En même temps, soyons assez vastes pour accueillir ce qui va bien. On peut ainsi créer de l’espace à l’oiseau qui chante ou au soleil qui brille. La nature nous apprend qu’après les tempêtes, la vie renaît. Prendre ainsi du recul sur l’événement permet de vivre les choses moins dramatiquement. C’est aussi l’occasion de nous recentrer sur nos valeurs en nous tournant vers l’intérieur, comme nous enseigne le bouddhisme. Les fidèles se définissent d’ailleurs volontiers comme des « Nangpas », littéralement « des êtres de l’intérieur ».

« La nature nous apprend qu’après les tempêtes, la vie renaît. Prendre ainsi du recul sur l’événement permet de vivre les choses moins dramatiquement. »

Vous développez, dans votre livre, la métaphore de la calade. En quoi nous est-elle précieuse aujourd’hui ?

La calade est un mot occitan qui désigne à la fois une pierre servant à paver la rue et la rue pavée elle-même. « Être calade » est une façon de s’unir à plusieurs pour explorer un territoire, mais aussi une occasion de permettre à d’autres d’aller plus loin. Chaque maillon, petit ou grand, participe à quelque chose de plus vaste. En ce moment, je vois des calades émerger, et je m’implique à leurs côtés, comme celle de ce groupe de bénévoles qui a mis en place une antenne d’écoute pour les personnes en deuil. C’est une calade d’humanité.

Christine Halary Journaliste économie et société en presse écrite depuis plus de trente ans, Christine Halary collabore de façon régulière pour le groupe Prismamedia (Management, Capital.fr, Femme Actuelle Senior), décryptant le monde Lire +

Pour aller plus loin

Site de l’association Ecoé : http://ecoe.fr

C’est par les failles que passe la lumière
du Docteur Cathy Blanc (Éditions Domens, 2020)

Qu’est-ce que la spiritualité laïque ? Le docteur Cathy Blanc a voulu répondre à cette question posée par son entourage, lorsqu’elle a initié il y a quatre ans la création des Maisons Ecoé, ces habitats intergénérationnels conçus comme des laboratoires d’humanité. Ainsi a mûri cet essai comme une invitation à creuser notre dimension plus vaste et plus profonde. À réfléchir à notre liberté d’être au monde et d’y trouver sa place, par-delà les vicissitudes et le mystère même de la vie. Son titre, inspiré d’une chanson de Léonard Cohen, exprime cet espace qui nous est donné : « Il est des fissures qui bouleversent, déchirent ou interrogent, mais qui, en même temps permettent à la lumière de se frayer un chemin ». À partir de sa propre expérience de l’accompagnement de personnes en souffrance et de l’animation de groupes depuis près de trente ans, Cathy Blanc déroule un fil conducteur : celui du lien à autrui, nourri d’une écoute « spacieuse » et sans préjugés, source de découverte de soi-même et d’ouverture à l’improbable. Tour à tour émaillé de témoignages de ses compagnons de route et de métaphores inspirantes, ce « viatique spirituel », pour reprendre les propos de l’enseignant chercheur Charles Foxonet, auteur de la préface, propose de façonner sa vie avec ce que nous sommes et non ce que nous voudrions être. Encourageant.

C.H.

Liker, Partager !

Ces sujets peuvent vous intéresser

Jean-Claude Baisse :Bols tibétains, la puissance d’une vibration

Musicien, Jean-Claude Baisse arpente le Népal et les montagnes de l’Himalaya en quête des artisans qui proposent les bols chantants les ...

Rob Beemer : La pleine conscience dans le viseur

Entretien avec le réalisateur du documentaire The Mindfulness Movement, qui explore l’impact de la Mindfulness, véritable...

Frédéric Foubert : le Sonmudo, un art martial méconnu

Parmi les arts martiaux, tout le monde a entendu parler du judo, du karaté, de l’aïkido, mais qui connaît le sonmudo, cet art martial...