©Raphaele Demandre

Altruisme et environnement

Il a souvent été dit que les politiciens pensent aux prochaines élections, tandis que les hommes d’État pensent à la prochaine génération. Il est temps pour les politiciens de se comporter comme des hommes d’État responsables. Sinon, ils seront maudits par les générations à venir qui diront : "Vous saviez, et pourtant, vous n’avez rien fait".

La question de l’environnement est complexe sur les plans scientifique, économique et politique. Mais en définitive, il s’agit d’une opposition entre altruisme et égoïsme. Si nous ne nous soucions pas du destin des générations futures et des millions d’autres espèces qui sont nos concitoyens dans ce monde, nous n’avons guère de raisons de nous préoccuper de l’environnement. Il ne peut en être ainsi. Nous n’avons pas le droit de mettre en péril le sort de milliards d’êtres humains qui naîtront après nous ni de provoquer la sixième extinction majeure des espèces vivantes sur la planète depuis que la vie est apparue sur Terre.

Il est facile de dire que ce problème est grave, mais qu’il n’est pas encore trop tard pour faire quelque chose. Sûrement quand nous avons déjà un pied au-dessus du précipice, il n’est pas trop tard, mais il pourrait l’être très bientôt.

Nous pouvons admettre que les êtres humains sont, pour la plupart, des gens de bonne volonté et aspirent à bâtir un monde meilleur. Ceci peut être accompli grâce à l’altruisme.

Si nous avons plus de considération pour l’autre, nous mettrons en place une économie attentionnée, nous pourrons promouvoir l’harmonie dans la société et remédier ainsi aux inégalités. Nous ferons tout ce qu’il faut pour ne pas dépasser les limites de la planète, au sein de laquelle l’humanité et le reste de la biosphère pourraient continuer à prospérer si nous ne détraquons pas le système. Nous sommes fondamentalement interdépendants et sommes donc tous dans le même bateau. Il importe donc de rehausser le niveau de notre coopération et de notre solidarité.

L’inexorable fonte des glaciers de l’Himalaya

Les glaciers de l’Himalaya, au Tibet, au Népal, au Bhoutan et en Inde constituent le troisième des pôles de notre planète malade. Le problème est que ce pôle fond trois à quatre fois plus vite que les pôles Nord et Sud. On dénombre 40 000 glaciers de diverses tailles sur le plateau tibétain. Tous fondent rapidement. Au réchauffement général qui affecte l’ensemble de la planète s’ajoute le phénomène de la pollution qui, se déposant sur la neige, fonce la couleur des glaciers, si bien qu’ils absorbent davantage la lumière, ce qui accélère le processus de fonte.

« Nous sommes fondamentalement interdépendants et sommes donc tous dans le même bateau. »

Au total, ce sont maintenant 400 lacs glaciaires qui au Népal et au Bhoutan menacent de briser leur digue naturelle et d’inonder les régions peuplées des vallées en contrebas. Une fois ces inondations passées, et après que la surface des glaciers aura encore diminué, surviendra la sécheresse, puisque les torrents et les rivières cesseront d’être alimentés par la neige fondue. On comprendra que nous sommes donc hautement concernés par les questions environnementales et les changements climatiques.

47 % environ de la population mondiale, en Chine, en Inde et dans d’autres pays, dépendent pour leur agriculture de leur approvisionnement en eau, vitale pour la survie du bassin hydrographique (Indus, Brahmapoutre, Yangtsé, Fleuve Jaune, Salouen, Mékong) délimité par le plateau tibétain. Les conséquences de l’assèchement de ces grandes rivières seront désastreuses.

Respecter et préserver les ressources pour le bien de tous

Dans le nord de l’Inde, au Népal et au Tibet, à notre humble niveau, Karuna-Shechen mène à bien des projets qui répondent aux besoins vitaux des individus et villages les plus fragiles, tout en agissant sur le long terme. Notre approche du développement rural mise sur l’éducation et la participation active des villageois, mais aussi sur la préservation et une gestion durable des ressources naturelles locales.

Nous apportons l’électricité solaire dans des villages isolés du Népal, où nous encourageons aussi l’agroécologie et la production d’aliments biologiques, qui sont plus durables pour l’environnement local. Nous mettons également en œuvre des programmes de collecte des eaux de pluie, pour éviter d’épuiser les nappes phréatiques en creusant des puits profonds qui finissent par provoquer le tarissement des puits et des sources naturelles.

Dans les provinces indiennes du Bihar et du Jharkhand, en Inde, nos bénéficiaires plantent plus de 20 000 jardins potagers chaque année pour subvenir à leurs besoins et pour pallier ainsi la hausse des monocultures, qui appauvrissent la qualité du sol et réduisent considérablement la biodiversité. Nous y formons également des femmes au métier de taxi-rickshaw électrique afin d’encourager l’autonomisation économique de celles-ci, tout en faisant la promotion d’un mode de transport écologique. Enfin, nous avons distribué des dizaines de milliers de sacs en toile de jute pour lutter contre la pollution des sacs en plastique, véritable fléau en Inde.

Tout ceci n’est qu’une goutte dans l’océan, mais si nous faisons tous les efforts dans la bonne direction, nous serons effectivement capables de construire un monde meilleur

Matthieu Ricard Après un premier voyage en Inde en 1967, où il rencontre le grand maître tibétain Kangyur Rinpoché, il termine son doctorat en génétique à l’Institut Pasteur sous la direction de François Jacob, prix Nobel de médecine, Lire +

Pour aller plus loin

• Pour suivre Matthieu Ricard : www.matthieuricard.org/blog
• Karuna-Shechen : https://karuna-shechen.org

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