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Ahangamage Tudor Ariyaratne :
Les enseignements du Bouddha peuvent changer le monde

Portrait du "Petit Gandhi du Sri Lanka", un grand homme.

Nominé trois fois pour le Prix Nobel de la Paix, le Sri Lankais Ahangamage Tudor Ariyaratne est le fondateur et président de Sarvodaya Shramadana, un mouvement d’inspiration bouddhiste qui promeut un développement centré sur l’homme et sur l’autonomisation des individus. En Asie, on le surnomme le “Petit Gandhi du Sri Lanka”. Ahangamage Tudor Ariyaratne partage avec le Mahatma la même vénération pour l’ahimsa, cette attitude intérieure de non-violence, de non-nuisance et de respect pour toute forme de vie, que l’on retrouve dans les textes philosophiques bouddhiste, hindouiste et jaïniste. L’ahimsa est la pierre angulaire du mouvement qu’Ariyaratne a fondé il y a soixante ans, en 1958.

Né en 1931 dans une famille aisée, celui que les Sri Lankais nomment affectueusement “Ari” ou “Ariya” n’a rien, en apparence, d’un révolutionnaire. Difficile d’imaginer que cet homme de petite taille, au regard doux et à la chevelure blanche soigneusement peignée, qui s’incline respectueusement devant vous les mains jointes au niveau de la poitrine, puisse être à l’origine d’un des plus importants mouvements de démocratie participative dans le monde. Depuis 1958, Ariyaratne n’a eu de cesse de vouloir bâtir une communauté de républiques communautaires villageoises, qui soit débarrassée de la violence institutionnalisée de l’économie mondialisée et des sociétés de marché. Il n’a eu de cesse de redonner au peuple le pouvoir politique en misant sur ce l’on nomme en Occident l’”empowerment” et la démocratie participative locale. « La voix de chaque villageois doit être entendue et prise en compte », martèle-t-il.

Une alternative économique et sociale non-violente

Dans le droit fil des villages autonomes et autosuffisants du Mahatma Gandhi, Sarvodaya Shramadana a donné à six millions de Sri Lankais, c’est-à-dire au tiers de la population de l’île, la force de prendre leur destin en main. Aujourd’hui, plus la moitié des villages de l’île s’organisent de manière autonome. « En construisant une route ensemble, on se construit soi-même », insiste A.T. Ariyaratne qui a fait de cette formule un de ses aphorismes préférés. Ouverture de puits, construction de routes, de canaux, d’écoles, de centres communautaires et de maisons de santé financés par des banques autogérées et des microcrédits : tous ces travaux sont organisés et menés par les villageois eux-mêmes avec l’aide de nombreux volontaires, générant ainsi estime de soi et confiance des individus impliqués. Depuis 1958, Sarvodaya Shramadana s’emploie à bâtir une alternative économique et sociale non-violente au système capitaliste, « ce modèle hérétique qui détruit les forêts, crée des déserts, épuise les ressources naturelles au profit d’une petite minorité », dénonce le leader sri lankais. Dans les villages qui ont rejoint le mouvement, la coopération prime sur la compétition, l’interdépendance et le partage sur l’individualisme et le repli sur soi.

« En construisant une route ensemble, on se construit soi-même. »

Dès 1983, date du déclenchement de la guerre civile qui a ravagé le pays pendant plus de vingt-cinq ans, Ariyaratne a mis sur pieds des jumelages entre villages tamouls et villages cinghalais pour tenter de renouer des liens entre les communautés. Des méditations collectives réunissant parfois des centaines de milliers de personnes ont été organisées. Celles-ci auraient contribué à changer la “psychosphère” du pays, souligne Joanna Macy, spécialiste de l’écologie profonde, docteure en philosophie et bouddhiste, qui a consacré un livre (1) à Sarvodaya Shramadana. Cette voix respectée des mouvements pour la paix, la justice sociale et un environnement sain dit son admiration pour Ariyaratne, cet « homme qui a décidé de prendre au sérieux les enseignements du Bouddha et cru que ceux-ci pourraient changer le monde »

Notes

(1) Dharma and Development : Religion as resource in the Sarvodaya self help movement de Joanna Macy (Kumarian Press revised ed., 1985)

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