©Temple du Kofukuji

Trois trésors de l’art bouddhique japonais

Inscrit dans le cadre de « Japonismes 2018 : les âmes en résonance », des célébrations commémorant les 160 ans d’amitié entre le Japon et la France, l’exposition « Nara, trois trésors du bouddhisme japonais », présentée au Musée Guimet jusqu’au 18 mars, offre l’occasion unique d’admirer des sculptures qui comptent parmi les plus grands chefs-d’œuvre religieux du Japon.

Ces trois sculptures proviennent de l’ancienne Asuka, terminus oriental de la route de la Soie qui fut capitale du Japon entre 710 et 784 de notre ère. C’est là que fut fondé, à la fin du VIe siècle, le temple Asuka-dera, premier véritable temple bouddhique du pays. Après l’avènement d’un gouvernement national centralisé et d’un système juridique inspiré du confucianisme et du légalisme chinois, le bouddhisme évolua alors pour devenir la religion d’État. « Le bouddhisme a officiellement été introduit au Japon en 538 ou 552. À cette époque, des sculpteurs des trois Royaumes de Corée se rendaient fréquemment dans l’archipel et des statues et sutras bouddhiques y ont alors été importés. La production de statues bouddhiques au Japon commença sans doute avec la venue de ces artisans coréens », explique Kensuke Nedachi, professeur à l’Institut des hautes études de l’Université de Kyoto et conseiller au département de Nara

Ces trois statues proviennent du temple Kohfukuji, « exécutées par les plus grands créateurs de leur temps, ne sont prêtées que très exceptionnellement », insiste Sophie Makariou, la présidente du musée national des arts asiatiques Guimet. Elles ont pris place, pour quelques mois, dans la bibliothèque historique du musée Guimet, conçue comme le cœur du bâtiment lors de son ouverture en 1889. Protégées derrière des vitrines, et installées en arc de cercle, elles trônent, dans la demi-pénombre de la rotonde de la bibliothèque. Au centre, un grand Jizo Bosatsu ou Bodhisattva Ksitigarbha est encadré, symétriquement pour renforcer l’impact visuel, par deux terrifiantes statues Kongô Rikishi.

Incarnation de la compassion

La statue de Jizo Bosatsu, datant de la fin du IXe siècle, représente un moine aux épaules solides, tête rasée, vêtu d’un Kesa, se tenant sur un piédestal en forme de lotus. L’expression du visage est douce. Son coude gauche est plié et sa main levée au niveau de la poitrine. Le bras droit est légèrement plié et abaissé. La sculpture a été peinte à l’aide de poudre d’or dissoute dans de la colle. Pour créer du relief, l’artiste a eu recours au Moriage saishiki, une technique décorative de superposition des couleurs et au Kirikane, une autre technique décorative utilisant des feuilles de métal découpées appliquées sur le drapé. Les motifs représentent un cercle de fleurs (Danka), une arabesque (Karakusa), une fleur de gentiane (Rindo), des feuilles de chanvre entrelacées (Asaba Tsunagi) et un phénix (Hoo). Ces décorations colorées remontent à la seconde moitié du XIIIe siècle, époque où la sculpture a été restaurée.

« Le vœu fondamental prononcé par le Bodhisattva Jizo Bosatsu, qui est sans doute pour les Japonais le Bodhisattva le plus familier et apprécié, est de prendre sur lui les souffrances des êtres vivants. » Shun’ei Tagawa, abbé du temple Kofuku-ji

Cette sculpture de Jizo Bosatsu incarne la compassion. « Le vœu fondamental prononcé par ce Bodhisattva, qui est sans doute pour les Japonais le Bodhisattva le plus familier et apprécié, est de prendre sur lui les souffrances des êtres vivants », explique Shun’ei Tagawa, abbé du temple Kofuku-ji, dans le catalogue de l’exposition.

De part et d’autre de cette sculpture sereine sont exposées deux Kongô Rikishi, des guerriers portant un Vajra datant du XIIIe siècle. À droite, la divinité à la bouche grande ouverte, l’Agyô (« qui forme le son a »), représente le mouvement. Celle de gauche, l’Ungyô (« qui forme le son hum »), à la bouche fermée et aux dents serrées, l’immobilité. Ces sculptures étaient destinées à être installées de chaque côté de la porte d’un temple pour jouer le rôle de gardiens. Ces divinités visant à protéger le monde bouddhique des dangers spirituels et physiques sont célèbres pour leur apparence extrêmement réaliste, résultat d’une observation méticuleuse du corps humain. Elles ont été créées dans du bois de cyprès japonais. Les globes oculaires sont, eux, faits en cristal de roche insérés dans les orbites. Les statues ont été recouvertes de tissus de chanvre sur lequel de l’argile blanche a été appliquée avant d’être peintes. Des documents de l’époque Edo attestent que ces statues seraient l’œuvre du sculpteur Jôkei. On trouve des traces de Kongô Rikishi en Inde où elles sont appelées Shitsukongöshin ou Vajrapâni (dieux brandissant le Vajra). Ces dernières furent, elles-mêmes, influencées par l’image de divinités grecques, romaines et indiennes

Eric Tariant Les spiritualités vivantes, les alternatives porteuses d’avenir, les utopies concrètes qui esquissent un autre paradigme de développement et l’art (la peinture en particulier) sont les spécialités et principaux centres Lire +

Pour aller plus loin

« Nara, trois trésors du bouddhisme japonais »
Jusqu’au 18 mars
Musée national des arts asiatiques Guimet.
6, place d’Iéna – 75116 Paris
www.guimet.fr

La visite guidée de Véronique Crombé

Ils ne sont encore jamais sortis du Japon ! Qui ? Un Jizô du IXe siècle et deux kongo-rikishi du XIIIe siècle, tous trois provenant du Kofuku-ji, l’un des temples bouddhiques majeurs de Nara, la première grande capitale historique du Japon. Siège de l’école Hôsso, ou du « Rien que conscience », le Kofuku-ji, alors appelé Yamashinadera, est fondé en 669. Les structures légères de l’architecture japonaise font que des édifices importants peuvent être démontés et remontés d’un site à l’autre, et après un premier déplacement, le temple trouve son emplacement définitif dans les faubourgs orientaux de la capitale. Dès ses origines, le Kofuku-ji est lié au destin des Fujiwara, famille aristocratique particulièrement influente à l’époque de Nara et plus encore à l’époque suivante, lorsque la capitale se déplace à Heian kyô (l’actuelle Kyoto), à la fin du VIIIe siècle.

La plus ancienne des statues est une représentation de Jizô, bodhisattva à l’iconographie particulière puisqu’il porte le costume monastique et non l’habituel vêtement princier des bodhisattvas. Sa compassion s’exerce tout particulièrement dans les enfers, où il s’efforce d’infléchir le jugement auquel sont soumises les âmes défuntes dans le but de déterminer leur prochaine renaissance. Héritiers de Vajrapâni, protecteur du Bouddha Shakyamuni, dédoublés lors de leur passage en Chine, les Kongo Rikishi sont des gardiens positionnés de part et d’autre des accès aux temples. La sculpture du XIIIe siècle se distingue par un réalisme très exceptionnel dans l’art japonais, et ces deux figures, classées trésors nationaux, en sont des exemples spectaculaires.

V.C.

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