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La méditation du temps du Bouddha

La méditation, sous des formes et des modalités très variées, occupait une place de choix dans les milieux religieux indiens à l’époque du Bouddha.

Certaines sources très anciennes rapportent, sans grandes précisions, que le futur Bouddha eut sa première expérience de la méditation à l’âge adulte, peu de temps avant le départ du palais de son père, sur les thèmes fondamentaux de la vieillesse, de la maladie et de la mort. Ces sources ignorant les Quatre Rencontres, on peut donc présumer que cette méditation constitue le facteur qui lance le prince dans sa quête.

Toutefois, la très grande majorité des textes placent la toute première expérience de méditation dans l’enfance du prince Siddhartha, apportant parfois des variantes mineures sur les circonstances dans lesquelles elle se déroule et les événements extérieurs qui la ponctuent. L’anecdote est souvent située dans le contexte très formel du Labour Royal, rite au cours duquel le souverain ouvre symboliquement la saison agricole en traçant le premier sillon dans un champ spécifiquement désigné. Cette cérémonie est toujours célébrée de nos jours dans les monarchies bouddhistes d’Asie du Sud-Est.

Les cinq ascètes stupéfaits par le méditant

À l’époque, le roi Çuddhodana ne se dérobe pas à ses obligations. Son fils et héritier l’accompagne pour se préparer à ses devoirs futurs. Mais il s’ennuie. Échappant à son entourage, il se dirige vers un arbre sous lequel il s’assoit. Et il observe. La fatigue des paysans et des animaux courbés sous un soleil brûlant ; la souffrance de la terre ouverte par le soc ; l’implacable loi du monde animal dans lequel les grands dévorent sans merci les petits, la grenouille happée par le serpent, qu’écrase ensuite le pied de l’homme… Ce spectacle ouvre l’esprit du jeune garçon qui s’engage alors dans sa toute première méditation. Certains textes rapportent que cinq ascètes voyageant par les airs grâce à leurs pouvoirs magiques voient leur course stoppée nette par la puissance de l’événement qui se déroule, et ne peuvent reprendre leur route qu’après avoir rendu hommage au jeune méditant.

Protégé par l’ombre de l’arbre, le futur Bouddha, qui n’est encore qu’un enfant,
appréhende l’impermanence du monde dans lequel il vit alors.

Au bout de quelques heures, l’inquiétude s’empare de l’entourage du roi. Où a donc disparu le jeune prince ? Des hommes sont envoyés à sa recherche. Et ceux qui le découvrent enfin ne peuvent que s’émerveiller devant le miracle qui s’est produit : l’ombre de l’arbre, loin de poursuivre son mouvement suivant la marche du soleil, s’est immobilisée pour abriter l’enfant. Quelles qu’en soient les versions, c’est le fond qui est essentiel : une première occasion, pour le futur Bouddha qui n’est encore qu’un enfant, d’appréhender l’impermanence du monde dans lequel il vit alors.

Quand l’ascète Gautama devint un Bouddha

Mais c’est plus tard qu’intervient la méditation décisive, celle qui fait de l’ascète Çâkyamuni un être pleinement éveillé. Il a alors renoncé aux excès de l’ascèse et opté pour la “voie moyenne”. Sous le pipal (1), il doit d’abord affronter Mâra, ses troupes démoniaques et les charmes de ses filles qui tentent, en vain, de le détourner du but qu’il s’est fixé : comprendre comment les êtres sensibles sont retenus dans le cycle infernal du samsara (2) et comment s’en libérer. Mâra, présenté dans les textes comme le maître tout puissant du samsara, soucieux de préserver son emprise sur le monde des phénomènes conditionnés, personnifie les perturbations mentales qui font obstacle à la progression du futur Bouddha. Mais le Bodhisattva triomphe. Il aborde alors l’ultime étape de sa progression, parcourant les quatre jhâna, ces états de conscience raffinés susceptibles d’être expérimentés par la pratique de la méditation dite samathâ, ou le calme mental. Il embrasse ensuite la totalité de ses propres existences antérieures avant d’analyser le mécanisme des naissances et des morts. Aux premières lueurs du jour, l’ascète Gautama est devenu un Bouddha.

L’expérience personnelle du Bouddha montre donc le rôle capital joué par la méditation, sous deux formes que propose le bouddhisme, dans la marche vers l’Éveil. Le calme mental, Samathâ bhavâna, vise à l’apaisement du flot continu des pensées et des émotions qui agitent l’esprit, et constitue, sans toutefois y être indispensable, un bon préalable à Vipassanâ bhavâna, ou vision profonde, qui seule, conduit à la compréhension parfaite des Quatre Nobles Vérités et à la délivrance.

Depuis quelques décennies, en Occident comme en Asie, les laïcs redécouvrent la pratique de la méditation, qu’ils avaient longtemps considérée comme l’apanage des seuls religieux. Ce n’est pas sans difficulté, j’en fais l’expérience, comme beaucoup : s’imposer la discipline d’une pratique quotidienne régulière, ne pas se juger soi-même sur la “qualité” supposée de la pratique, ne pas s’arrêter aux bienfaits immédiats ou quasi d’une certaine sérénité au quotidien, une meilleure capacité de concentration… Pour se rappeler que l’objectif à long terme est autre

Véronique Crombé Conférencière des musées nationaux depuis 1987, Véronique Crombé intervient dans plusieurs musées parisiens, notamment au Musée National des Arts Asiatiques-Guimet. Elle a collaboré à plusieurs ouvrages sur les religions, le Lire +

Notes

(1) Surnommé “arbre de la Bodhi”, le figuier indien, ou pipal, est un arbre sacré dans le bouddhisme et l’hindouisme, car c’est sous son feuillage que le Bouddha a atteint l’Éveil, à Bodh Gaya, dans l’État du Bihar, en Inde.
(2) Cycle sans fin des renaissances. Il dure jusqu’à la réalisation de l’état de Bouddha qui signe aussi la fin du karma.

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