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Samadhi

Décryptage d’un faux frère jumeau linguistique.

Associé aux notions de dhyana (1) et de bhavana (2), le samadhi est l’un des termes employés par les textes bouddhiques pour désigner la méditation. Mais à la différence des deux autres, samadhi signifie davantage un état méditatif plutôt que la pratique elle-même. Il en est la culmination, le sommet. Mais que signifie-t-il exactement ? De quelle expérience est-il le nom ? La réponse est dans le mot lui-même. Pour le comprendre, il faut le rapporter à un autre terme, d’origine grecque celui-là, mais qui possède la même étymologie et la même structure que samadhi – une sorte de frère jumeau linguistique – à savoir la “synthèse”.

Le samadhi est l’état ultime de l’esprit qui s’accorde avec l’entièreté de tout ce qui est.

Chez nous, le terme de synthèse a pris un sens tout à fait théorique et donc fort peu méditatif. Mais à la base, il désigne l’idée d’unité comprise comme rassemblement. En latin, nous appellerions cela “composition”, c’est-à-dire le fait de poser les choses de telle sorte qu’elles fassent un ensemble. Ainsi, l’unité de la synthèse n’est pas celle de l’isolement. Elle n’est pas produite par l’élimination de la pluralité afin de n’en laisser qu’un seul terme. Elle est l’unité du tout, la dimension où tout se rassemble : en musique, la “symphonie” et non pas le “solo” ! Appliqué à la méditation, le samadhi fait donc référence à un état d’unité ouverte. On traduit parfois ce terme par “concentration”, mais on voit bien désormais la limite d’une telle traduction qui nous engagerait à faire une autre expérience que celle indiquée par le mot. En effet, si la concentration est bien une forme d’unification de l’esprit, elle se produit en faisant abstraction de l’environnement, en se focalisant sur un point précis et exclusif. Il n’y qu’à observer un chat à la chasse pour s’en faire une bonne idée. La concentration est en ce sens un état fabriqué, provoqué de l’esprit par l’esprit qui repose sur le pouvoir de s’abstraire, c’est-à-dire de sélectionner des objets d’attention à l’exclusion d’autres. La concentration est un exercice, et c’est d’ailleurs à ce titre qu’elle entre dans la phase préparatoire à l’accession au samadhi. Mais il ne faut surtout pas la confondre avec ce dernier. Le samadhi est l’attention ouverte où tout est inclus, où tout se rassemble et où rien n’est mis en retrait, et donc aussi mis en avant. Le samadhi est l’état ultime de l’esprit qui s’accorde avec l’entièreté de tout ce qui est, c’est-à-dire l’accession à ce que l’on a appelé dans la tradition la “non-dualité” – lorsqu’esprit et monde font un, c’est-à-dire un tout

Alexis Lavis Professeur associé de philosophie à l’Université Renmin, à Pékin, docteur et agrégé de philosophie, il étudie le Dharma depuis plus de vingt ans dans les traditions Gelugpa et Kaguypa, ainsi que dans celle du bouddhisme Lire +

Notes

(1) Dhyana désigne un état de concentration.
(2) Bhavana signifie création psychique.

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