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Paramita

Para-quoi ? Petite définition d’une notion majeure.

Les paramita sont les pratiques essentielles du Mahayana. Elles constituent la phase d’accomplissement de ce que l’on appelle bodhicitta (1). La traduction du terme sanskrit pose problème. On le rend habituellement par “perfection”, ce qui est faux. En effet, la perfection signifie quelque chose comme la pleine réalisation et donc son achèvement. L’idée de perfection va de pair avec celle de définition, de délimitation – atteindre sa limite, son terme –, ce qui est parfait. Seulement voilà, l’élément au sein duquel vogue le bodhisattva (2) est précisément l’infini ! La voie du bodhisattva est précisément celle de l’absence d’identité, de définition – ce que l’on nomme “vacance” (sunyata). L’engagement du bodhisattva à libérer tous les êtres du mal-être ne le conduit pas à aider ou aimer des “personnes”, mais à échanger son moi avec autrui de telle sorte que disparaisse la différence et donc la délimitation entre je et tu, nous et vous…

Les paramita sont les nefs du bodhisattva qui s’engage sur l’océan du Dharma.

Ainsi, si la perfection est une notion importante et estimable en elle-même, ce n’est pas en la recherchant que l’on accède au champ des pratiques bouddhiques, en particulier celles des paramita. Il faudrait donc mieux rendre ce terme différemment, et sans doute de façon plus littérale. Il désigne en effet d’abord l’idée d’une traversée.
Les paramita sont quelque chose comme des “gués”. On en compte six ou dix selon les écoles : le don (dana), la discipline (sila), la tolérance (ksanti), la vaillance (virya), la “veillance” ou la contemplation (dhyana), le discernement lucide (prajna). À ces six s’ajoutent quatre autres afin de les faire correspondre aux dix niveaux méditatifs des bodhisattva (Bhumi) : l’habileté (upaya), l’enthousiasme (Pranidhana), la puissance (bala), le savoir (jnana). Comprise à partir de cette idée de traversée, de gué, la pratique des paramita ne consiste pas à “réaliser” ces six ou dix dispositions, mais à cheminer avec elles ou sur elles. Elles sont les passerelles par lesquelles on traverse l’existence ; elles sont les nefs du bodhisattva qui s’engage sur l’océan du Dharma

Alexis Lavis Professeur associé de philosophie à l’Université Renmin, à Pékin, docteur et agrégé de philosophie, il étudie le Dharma depuis plus de vingt ans dans les traditions Gelugpa et Kaguypa, ainsi que dans celle du bouddhisme Lire +

Notes

(1) Bodhicitta est l’aspiration à l’Éveil et non pas seulement au Nirvâna. Il est le cœur du Mahayana, sa raison d’être. Il est ce qui pousse le bodhisattva sur la voie et le fait se porter au secours de tous les êtres sensibles. On pourrait traduire bodhicitta par l’« appel de l’Eveil », qu’il faut d’abord savoir entendre, pour ensuite parvenir à y répondre. Ces deux phases du bodhicitta constituent l’ensemble des pratiques du Grand Véhicule.
(2) Le bodhisattva est littéralement l’être qui se voue à l’Éveil. Le “panthéon” bouddhique comprend de nombreux bodhisattvas célèbres comme Avalokitesvara ou Manjusri, auxquels on rend hommage et qui servent de supports de pratique. Néanmoins, tout pratiquant sincère du Mahayana est en droit un bodhisattva, car aspirer à être éveillé afin de libérer tous les êtres est à la fois le cœur du Grand Véhicule et la raison d’être du bodhisattva.

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