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Les émotions négatives :
pas de remèdes miracles, mais des solutions

« Accepter nos émotions négatives comme si elles étaient des composantes inhérentes à l’esprit est une erreur. Elles ne s’inscrivent sur aucune base réelle. Si ce n’était pas le cas, nous ne pourrions pas agir sur elles. Nous pouvons, au contraire, les transformer et nous en libérer, car la vraie nature de notre esprit est faite d’amour et de compassion. Si nous en tenons compte et que nous développons ces qualités, nous diminuons d’autant le pouvoir et l’emprise des états mentaux négatifs sur nos vies. » Tenzin Gyatso

Ado, cela est inclus dans le package de l’âge, les émotions suscitent une ivresse qui, à défaut d’être toujours agréable, fait se sentir vivant jusqu’au bout du cœur, et aident à oublier la douleur de vivre dans une peau et un psychique en mutation. Les années passant, cette soumission aux émotions devient plus pesante au fur et à mesure que le besoin de sérénité, de joie et d’amour progresse. La psychologie bouddhique, branche très développée de cette tradition, est passée maître dans l’art d’étudier, comprendre, travailler avec les émotions. Plus de 2500 ans de textes, d’entraînement de l’esprit, de décryptage du mental, sont passés par là. Jung s’en est beaucoup inspiré.

Je suis vivant, j’éprouve des émotions : oui, mais qu’est-ce que j’en fais ?

Le processus obéit comme toujours à la loi de cause à effet : positives, elles provoquent des effets du même ordre. Conflictuelles, perturbatrices, c’est l’inverse. Mais, loin de rejeter ces dernières, le bouddhisme, réaliste et pragmatique, les utilise pour les transformer en leur contraire. Cette démarche, rationnelle, s’appuie sur la loi de l’impermanence, omniprésente dans cette tradition, pour mettre les émotions conflictuelles en perspective. Rien ne dure, rien n’existe en soi, tout se transforme, dit cette loi, alors pourquoi faudrait-il perdre de l’énergie et du temps à pratiquer la politique de l’autruche en rejetant, niant ou en renforçant, à coup de culpabilité, des états d’être qui nous dominent, ponctuellement ? Nous sommes tous soumis au changement, ce que nous éprouvons aussi. Le bouddhiste est un sculpteur d’émotions, elles forment son matériau de base, pour faire de son esprit une œuvre d’art. C’est parfois long, fastidieux, complexe, mais peu importe le temps passé à s’accomplir. Ce qui compte, c’est la motivation qui pousse à entreprendre, à ne jamais renoncer et à rester humblement le créateur de son existence.

Comment travailler avec ses émotions négatives ?

Travailler avec le matériau constitué par les émotions négatives, c’est d’abord les éprouver pleinement afin de faire l’expérience d’une énergie, d’une force, qui nous dépasse souvent. Éprouver au sens bouddhique du terme, c’est expérimenter leurs effets, les noter mentalement, et remonter patiemment, en conscience, de manière neutre et factuelle, le chemin qui les relie à leur cause originelle. Le simple fait de dérouler ainsi les causes, conditions et effets qui ont conduit à créer et à subir des émotions sources de souffrance, mène, assez naturellement, à y renoncer en suivant les recommandations des maîtres. La première consiste à s’exercer à les remplacer par des émotions positives, la bonté, la compassion, l’empathie, la générosité, l’altruisme… C’est le système des antidotes. Deux émotions contraires telles que la haine et l’amour ne pouvant coexister en même temps dans l’espace de notre esprit, on se sert de l’énergie de l’une pour la transmuter en son contraire.

Le bouddhiste est un sculpteur d’émotions, elles forment son matériau de base, pour faire de son esprit une œuvre d’art.

La seconde apprend à développer la présence vigilante à ce qui est. « La vigilance est la corde qui attache symboliquement l’esprit à la réalité », dit un enseignement bouddhiste. C’est grâce à elle que la conscience se manifeste au présent et que notre vision du monde, transformée, peut progressivement prendre en compte la réalité de la loi de cause à effet. Il semble en effet alors plus facile d’accepter que les circonstances rencontrées, « bonnes ou mauvaises », deviennent de formidables tremplins pour entraîner l’esprit, dans la banalité du quotidien.

Orienter différemment les émotions négatives est la base, une étape préliminaire sur la voie bouddhiste. Je me souviens de ce que me disait l’une des rares femmes maîtres bouddhistes vajrayana, la vénérable Kandro Ripotché, quand je lui demandais ce qu’elle pensait du fait que beaucoup d’Occidentaux croient que le bouddhisme sert à les guérir de leur manque affectif et de leurs névroses. Sa réponse fut sans concession : « Catherine, si vous avez un problème de santé physique ou psychique, vous allez voir le médecin ! C’est pareil dans le bouddhisme, avant d’accéder à ce qu’est l’essence du bouddhisme, il faut commencer par « se soigner » ». Tout est dit. Pour y parvenir et chasser confusion et obscurité mentale, le bouddhisme incite à s’engager dans l’étude, la contemplation et la méditation. Pour le meilleur bien sûr. Car, comme le dit le XIVe Dalaï-Lama : « La violence découle de la colère et la colère obscurcit notre capacité à réfléchir correctement et à évaluer correctement ce qui se passe. La colère est liée à la peur et à l’anxiété. Ce que nous devons apprendre, c’est comment cultiver les émotions positives qui contrent les émotions destructrices comme la colère et la peur. La compassion, par exemple, apporte la confiance en soi et la capacité d’agir de manière transparente. Elle renforce la confiance qui est le terrain de l’amitié »

Catherine Barry Journaliste, et responsable de programmes à France Télévision, Catherine Barry est connue du grand public pour avoir présentée et été rédactrice en chef, entre 1997 à 2007, de la première émission hebdomadaire consacrée au Lire +
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