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Le stûpa dans l’art bouddhique

Quiconque a voyagé en terre bouddhique a forcément vu un jour se dresser sous ses yeux l’un de ces édifices aujourd’hui caractéristiques de l’architecture religieuse bouddhique appelés, selon les pays, stûpa, dagoba ou encore chörten.

Lointain héritier du tumulus funéraire commun à de multiples cultures – il existe d’ailleurs des stûpas non bouddhiques, jaïns notamment – le stûpa est avant tout un reliquaire monumental. On ne s’étonnera donc pas d’apprendre que le terme « dhâtu-garbha », qui signifie très précisément reliquaire, puisse être utilisé comme synonyme du mot stûpa. Les termes dagoba, et pagode, en sont des dérivés.

La structure type comporte une base cubique ou de plan circulaire sur laquelle repose un massif de maçonnerie hémisphérique appelé « anda » (œuf). Les reliques y sont enchâssées dans une cavité scellée de manière définitive, et on ne peut les en extraire sans détruire l’édifice. Un pilier, le « yasti », souvent métallique est fiché dans ce dôme qu’il traverse pour rejoindre le sol. Sa base, au sommet de l’anda, est entourée d’une petite balustrade ou fichée dans une structure cubique dénommée « harmika ». Cette hampe porte un nombre impair de parasols auxquels peuvent être fixées guirlandes et bannières. Dans la majorité des cas, un stûpa est orienté en fonction des directions cardinales.

L’ensemble était, à l’origine, entouré d’une balustrade monumentale, la « vedika », dotée d’un ou quatre toranas, impressionnants portiques qui, dans les premiers temps de l’art bouddhique, étaient les seuls éléments d’un stûpa dotés d’un décor sculpté.

Mention de premiers stupâs dès le IVe siècle avant J.-C.

Avec l’évolution du bouddhisme et son expansion à travers l’Asie dans des pays de cultures très diverses, le stûpa s’est doté d’un décor de plus en plus présent, et sa silhouette s’est modifiée de manière parfois substantielle. Certaines parties du monument ont pris une ampleur considérable et se sont également dotées d’une valeur symbolique inconnue du bouddhisme originel, qui tendait à attribuer un sens à la structure dans son ensemble.

Des textes remontant au IVe siècle avant l’ère chrétienne évoquent la construction de stûpas. Ce sont des récits évoquant les funérailles du Bouddha et l’érection des premiers stûpas sur ses cendres, conformément aux indications qui auraient été données par le Bienheureux lui-même à son disciple Ananda. Ces mêmes textes précisent que ces édifices sont également ceux que l’on bâtissait pour les rois, ce qui justifie implicitement la présence du pilier porteur des parasols, symboles tout à la fois de royauté et de sainteté.

Les plus anciennes inscriptions retrouvées sur des stûpas rappellent avec insistance que le fait le plus important n’est pas tant la construction elle-même de l’édifice que la préservation de reliques corporelles en son sein.

Les plus anciens exemples subsistants ne remontent toutefois pas au-delà du milieu du IIIe siècle avant l’ère chrétienne. Encore sont-ils englobés dans des reconstructions postérieures qui interdisent d’en connaître l’aspect originel. C’est le cas des célèbres stûpas de Sañnhi ou de Sârnâth.

Ashoka et les 8400 stûpas

La construction d’un stûpa – son financement comme la participation directe aux travaux- est génératrice de mérites. Il n’est donc pas surprenant qu’au fil des siècles, les stûpas secondaires, votifs, se soient multipliés autour du monument originel pour aboutir, sur certains des grands lieux saints du bouddhisme comme Bodh Gaya ou certains sites monastiques célèbres aujourd’hui en ruine comme Hadda en Afghanistan, à un véritable enchevêtrement de constructions. La tradition attribue au roi Ashoka, dont le règne se situe au milieu du IIIe siècle avant l’ère chrétienne, la fondation de 8400 stûpas répartis sur toute l’étendue de son empire.

Les plus anciennes inscriptions retrouvées sur des stûpas rappellent toutefois avec insistance que le fait le plus important n’est pas tant la construction elle-même de l’édifice que la préservation de reliques corporelles en son sein. Force est de constater qu’en dépit des injonctions des religieux les plus éminents et des théoriciens du bouddhisme, selon lesquelles les reliques ne sont qu’un support sur lequel le fidèle peut s’appuyer pour mieux appréhender l’enseignement, les reliques sont rapidement devenues l’objet d’un véritable culte. L’édifice revêt donc une valeur hautement symbolique, même s’il ne contient plus rien, ou des manuscrits et objets rituels usagés qu’il est possible de substituer aux reliques : il évoque le corps de la Loi (« dharma kâya ») du Bouddha et constitue pour le fidèle un rappel matériel des grandes vérités du bouddhisme.

Mais comme toute construction religieuse, le stûpa peut également acquérir une valeur magique aux yeux d’un bouddhisme plus populaire : symbole de sainteté protégeant le voyageur sur des passes montagneuses, par exemple. Plusieurs stûpas peuvent également être positionnés en un réseau qui donne une valeur religieuse à l’organisation de l’espace. Certains souverains bouddhistes ont fait d’un stûpa l’emblème de leur pouvoir, le Mahâtupa, au Sri Lanka, en est un exemple.

Le « culte » qui se déploie autour du stûpa n’a rien de spécifiquement bouddhique : offrandes de fleurs, de parfum et de lumière, voire de musique et de danse, se combinent à la pratique essentielle, la « pradakshina », ou déambulation rituelle autour de l’édifice.

Aujourd’hui, plus de 2500 ans après l’entrée du Bouddha dans le Mahâparinirvâna, le stûpa reste le monument en lequel les bouddhistes du monde entier, toutes écoles confondues, se reconnaissent.

Véronique Crombé Conférencière des musées nationaux depuis 1987, Véronique Crombé intervient dans plusieurs musées parisiens, notamment au Musée National des Arts Asiatiques-Guimet. Elle a collaboré à plusieurs ouvrages sur les religions, le Lire +
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