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Laurent Gounelle :
Le jour où j’ai appris à vivre

Comment réagiriez-vous si on vous annonçait que vous alliez bientôt mourir ? Nous savons tous que nous allons mourir, c’est vrai, mais, admettez-le, nous sommes convaincus que cela arrivera… dans longtemps, comme disent les enfants. Nous avons beau le savoir intellectuellement, qu’en est-il réellement ? La réalisation de l’imminence de notre mort serait-elle à même d’influencer, sinon modifier, notre façon de nous comporter chaque jour ? Ou bien nous laisserions-nous aller à de la colère ? De l’abattement ? Une dépression peut-être ?

Un premier niveau de lecture du roman de Laurent Gounelle nous invite à une introspection : la vie que je mène actuellement a-t-elle vraiment un sens ? Suis-je suffisamment présent, disponible, pour ma famille, mes amis ? Cette quête du « toujours plus » vaut-elle vraiment les efforts que j’y consacre ? En d’autres termes, est-ce que je mène ma vie en « pleine conscience » ou bien en étant toujours en train de courir après le miroir aux alouettes ? On croirait entendre le moine Matthieu Ricard lorsqu’il dit : « Laissons notre esprit se détendre dans la paix de la Pleine conscience, libre d’espoir et de crainte, et apprécions la fraîcheur du moment présent ».

Un second niveau de lecture pose en filigrane un autre questionnement essentiel dans le bouddhisme. Les Enseignements du Bouddha nous disent depuis 2500 ans qu’il suffit d’observer notre condition de vie aujourd’hui pour se faire une idée de ce que l’on a pu accomplir dans nos vies passées et, plus important, que ce sont les actions de cette vie qui façonnent notre condition dans les vies futures.

Dans les deux cas, la réflexion sur la mort est cruciale pour qui veut s’adonner à une pratique bouddhiste authentique, et se révèle être le point d’entrée dans cette tradition, pour un grand nombre de personnes. L’aspect éphémère de notre vie est prégnant pour qui se penche sérieusement sur la question. Comme nous le révèle la formidable tante du héros de ce roman : la conscience de la mort – que l’on s’ingénie pourtant à occulter – permet de se libérer de ses illusions. L’auteur, loin de proposer un questionnement mortifère, nous encourage au contraire à remettre notre vie à plat afin de nous recentrer sur ce qui pourrait en constituer les fondamentaux.

« Le monde est la résultante de nos actes individuels. Se changer soi-même est la seule voie vers un monde meilleur. Un monde meilleur où il fait bon vivre. » Laurent Gounelle

Toute proportion gardée, ce roman pourrait être rapproché du retentissant L’alchimiste de Paulo Coehlo. Le succès du livre réside d'abord dans le fait que tout le monde peut s’identifier à Jonathan, le personnage principal du récit : quadra ballotté par les aléas de la vie, séparé de la mère de son enfant qu’il ne voit qu’une semaine sur deux, se tuant à la tâche pour de maigres résultats, ressentant au plus profond de lui-même une insatisfaction grandissante par rapport à ce monde dans lequel le matériel prime sur l’humain, où les hommes ont pour seule ambition d'épater les autres, de devenir le meilleur dans une constante surenchère et une féroce compétition. Il l’est aussi par son message plus profond, cette invitation à tout mettre en œuvre pour faire de notre vie humaine un moment de plénitude, où le fait d’être en accord avec soi-même permet de l’être également avec les autres.

Laurent Gounelle écrit : « Le monde est la résultante de nos actes individuels. Se changer soi-même est la seule voie vers un monde meilleur. Un monde meilleur où il fait bon vivre ». Le Dalaï-Lama, prix Nobel de la Paix, ne dit pas autre chose lorsqu’il proclame : « C’est notre comportement quotidien qui construit notre bonheur et induit un sentiment de satisfaction ou de frustration »

Antony Boussemart Antony Boussemart est diplômé en japonais des Langues O. Pratiquant du bouddhisme vajrayana, il est également spécialiste des religions japonaises et travaille pour un centre de recherches spécialisé sur l’Asie. Il Lire +

Pour aller plus loin

• Le jour où j’ai appris à vivre de Laurent Gounelle (Kero, 2014)

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