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La méditation laïque :
une pratique parfois mise au service de la performance ?

Beaucoup de gens sont intéressés par la méditation, mais certains, mal informés, se trompent dans leur démarche, dans leur envie de s’approprier ce qu’ils pensent être une technique qui leur permettra d’être plus détendu, plus zen. Ils se lancent dans la pratique avec l’idée d’avoir quelque chose en plus, comme on acquiert une voiture, un statut social, une reconnaissance ou un savoir… Mais la pratique de la méditation va bien au-delà. Sa mise en avant comme étant la solution à tous nos maux et son omniprésence dans les médias grand public ont naturellement créé des attentes.

La méditation laïque c’est quoi ?

La méditation de pleine conscience est la qualité de conscience qui émerge lorsque l’on tourne intentionnellement son esprit vers le moment présent. C’est l’attention portée à l’expérience vécue et éprouvée, sans filtre, sans jugement, sans attente. Elle entraîne l’esprit à se libérer du flot de pensées pour se concentrer sur le moment présent plus longtemps et plus profondément. Dans cette exploration de notre intériorité, dans ce face-à-face, il y a un sentiment d’intimité et de justesse qu’il est difficile de trouver ailleurs.

Ce programme de méditation de pleine conscience a été mis au point aux États-Unis par Jon Kabat-Zinn à la fin des années 1970. La méditation laïque représentée par la MBSR (Mindfulness Based Stress Réduction/Réduction du Stress Basée sur la Méditation Pleine Conscience) a été le sujet d’un nombre d’études scientifiques très important, ce qui l’a rendu crédible.

L’apport vraiment novateur de Jon Kabat-Zinn a été d’adapter la méditation bouddhiste à notre culture en la laïcisant et en la formatant.

En effet, la méditation de pleine conscience n’est pas une nouveauté : elle est issue des traditions bouddhistes dont l’un des représentants les plus célèbres est le maître zen vietnamien Thich Nhat Hanh.

Au vu des difficultés que rencontrent nos sociétés modernes et avec cet intitulé de « Réduction du stress », ce programme s’est fait connaître dans le monde entier où il a rencontré un succès qui, encore aujourd’hui, ne se dément pas.

Une pratique de plus en plus répandue

Dans notre société moderne, l’exigence de performance, de beauté et de réussite est devenue la norme. Cela passe notamment par l’alimentation, l’activité physique ainsi que des pratiques comme le yoga et la méditation, qui sont de plus en plus perçues comme des incontournables de la bonne santé et du bien-être.

Mais pratiquer la méditation n’est pas quelque chose d’anodin. Il me semble important d’avoir un minimum de connaissance sur ce qu’est la méditation avant de se lancer. En effet, beaucoup de personnes pratiquent en autodidacte et quand on ne possède pas ces notions, cette culture propre à la méditation, on pense que cette pratique peut nous être utile et qu’elle doit nous faire progresser ou nous soulager.

« Il faut être conscient que la pratique de la méditation est difficile et qu’elle demande du courage et de la persévérance, tout en se débarrassant de tout esprit d’acquisition, de réussite, de performance, et cela va complètement à l’encontre de ce qui est prôné actuellement. »

Du coup, certaines personnes se mettent à pratiquer la méditation sans vraiment s’intéresser à ses fondements, leur but étant essentiellement d’obtenir des résultats qu’ils soient d’ordre physique ou psychologique. Il arrive aussi parfois que cette pratique soit mise au service de causes très éloignées de son origine et de ses fondements. L’éthique est donc une notion centrale dans la méditation laïque, car elle a pour origine le bouddhisme et les valeurs qui l’accompagnent.

Il me semble utile de faire preuve de pédagogie et mettre en garde contre cette idée d’obtenir des résultats. Il faut être conscient que la pratique de la méditation est difficile et qu’elle demande du courage et de la persévérance, tout en se débarrassant de tout esprit d’acquisition, de réussite, de performance, et cela va complètement à l’encontre de ce qui est prôné actuellement.

Beaucoup rêves de célébrité, de pouvoir, de vie facile... La personnalité, le caractère, l’égocentrisme sont beaucoup valorisés. « Alors, si je médite, peut-être que je deviendrais encore plus performant, je pourrais me dépasser dans mon travail et aussi devenir plus heureux, plus célèbre et pourquoi pas plus riche ? ». Il faut être clair quand on présente cette pratique : elle n’a pas d’objectif particulier, elle n’a rien de miraculeux et ce n’est pas la panacée.

Cultiver la présence et l’acceptation

La pratique de la méditation est maintenant de plus en plus répandue dans différents cadres, en entreprise, à l’école, à l’hôpital et même en prison. C’est une très bonne chose qu’un grand nombre de personnes puissent y accéder.

En fait, cette pratique n’est pas réservée à une élite, mais on doit la diffuser en étant précis et attentif : elle demande si possible d’être accompagné par un enseignant qualifié qui soutiendra le pratiquant.

Avec une pratique régulière et quand on est un peu plus expérimenté, on comprend mieux par le vécu ce qu’est réellement la méditation. On accueille plus facilement ce qui nous entoure et ce qui nous traverse sans en refuser les aspects difficiles, sans s’accrocher aux plaisirs. On devient plus attentif, on vit les choses avec plus de présence et d'enthousiasme, mais sans s’attacher aux résultats, on s’abandonne simplement au présent. On découvre que la paix se trouve dans les choses laissées telles quelles, et si vous savez atteindre ce havre de paix en vous-même, vous n’aurez plus besoin de faire ni de défaire quoi que ce soit. C'est là l’ultime refuge, l’ultime lâcher-prise.

Cette compréhension, cette réceptivité à ce qui nous entoure, cette forme extrême d’ouverture, cette acceptation radicale du « réel » marquent un premier pas vers plus de liberté intérieure.

« Abandonner son corps et son esprit, abandonner notre attachement pour eux.
Abandonner nos modes de fonctionnement habituels.
Constamment juger, interpréter, commenter, se raconter des histoires.
Constamment agir, gesticuler, intervenir.
Alors simplement s’asseoir, sans attentes, sans objectifs, il ne s’agit pas de s’extraire de la vie

Mais au contraire de se rencontrer, de se découvrir, d'aller au cœur de sa vie.
Devenir intime avec soi-même dans la simplicité et la douceur.
Voilà pourquoi je suis assis là tous les matins depuis de nombreuses années.
Parfois turbulent, parfois calme, parfois triste, parfois heureux.
Simplement assis là, sans rien rechercher, sans rien refuser. »

Myoken Eric Salaün Ancien graphiste, devenu chef cuisinier, Eric Salaün est aujourd’hui moine bouddhiste Zen et coordinateur du dojo Zen de Paris. Il dispense également des programmes de méditation. Lire +
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