©DR

Hôkin-ni,
la “Saint Vincent de Paul” japonaise

Wake no Hiromushi (730-799), fille de Wake no Maro et sœur de Kiyomaro, a laissé son nom dans l'histoire du Japon en accomplissant des œuvres sociales hors du commun, d'autant plus remarquables qu'elles ont été le fait d'une femme, et qui plus est d'une dame de la Cour entrée en religion une fois la maturité venue, comme c'était la coutume chez les nobles du Yamato.

Dès son plus jeune âge, Hiromushi se fait remarquer par ses dons et qualités innées ainsi que son éducation exceptionnelle. Surtout, elle témoigne d’une foi profonde et acquiert une excellente connaissance de la doctrine bouddhiste. Lorsque ses parents lui choisissent pour époux Katsuragi Henushi, elle se met à son service avec le dévouement qui la caractérise, et bientôt toute la bonne société loue sa vertu et sa fidélité exemplaires.
 Devenue veuve en 760, elle entre au service de l’empereur Kôken, dont elle se fait aussitôt apprécier par sa douceur et sa docilité. Quand en 762 l’empereur se retire et entre dans les ordres, elle le suit sans hésiter, et prend pour nom de religion Hôkin. À cette époque, 375 personnes ayant participé à des troubles suscités par Fujiwara no Nakamaro sont condamnées à mort. Poussée par la compassion, Hôkin-ni ose intercéder pour eux auprès de l’empereur, ce qui, vous vous en doutez, exige un grand courage et l’expose elle-même à la disgrâce, voire pire. Elle déploie toute son éloquence et plaide si bien leur cause qu’elle obtient la commutation de leur peine en exil.

Elle adopte… 83 enfants !

Las ! Le pays est à peine pacifié qu’il subit des intempéries et par voie de conséquence de très mauvaises récoltes. Le peuple est décimé par les épidémies et souffre de la famine. Les abandons d’enfants se multiplient alors, comme toujours dans ces périodes de malheur. Hôkin-ni s’émeut de leur sort, mais ne se contente pas de s’apitoyer : elle envoie des personnes de son entourage un peu partout pour recueillir les enfants. On lui en ramène quatre-vingt-trois. Elle les adopte tous et les élève elle-même avec le plus grand soin. Elle les traite vraiment comme s’ils étaient les siens, en faisant fi de leur origine. Informé, l’empereur loue sa noble attitude et la récompense par un rang de cour – en France, depuis Napoléon, elle se serait vu conférer la Légion d’honneur, je suppose.

Les abandons d’enfants se multiplient, comme toujours dans ces périodes de malheur. Hôkin-ni envoie des personnes de son entourage un peu partout pour recueillir les enfants. On lui en ramène quatre-vingt-trois. Elle les adopte tous et les élève elle-même avec le plus grand soin.

Hôkin-ni connaît ensuite des revers de fortune. En 769, elle provoque la colère de Dôkyô, moine alors tout-puissant à la Cour. Pour un temps, elle est bannie à Bingo (dans le département d’Hiroshima) avec son jeune frère Kiyomaro, jusqu’à ce que l’empereur Kônin (708-781) la rappelle et lui confère le quatrième rang puis une charge à la Cour. Elle meurt à l’âge de 70 ans. Vingt-six ans plus tard, en 825, l’empereur Junna lui octroie à titre posthume le troisième rang de cour pour ses œuvres sociales

Marie-Stella Boussemart Nonne gelugpa membre de la Congrégation Ganden Ling, fondée par le Vénérable Dagpo Rinpotché, auprès duquel elle étudie depuis 1973 et auquel elle sert d’interprète francophone depuis 1979. Détentrice d’un Lire +
Liker, Partager !

Ces sujets peuvent vous intéresser

Nishijima Roshi

Pierre Taïgu Turlur, disciple de Mike Chodo Cross et successeur dans la lignée de Nishijima Roshi, propose ici une courte biographie du...

Shuksép Jetsun : femme et grand maître du XXe siècle

Dans l’imaginaire collectif, l’univers religieux est généralement très masculin. Les hommes semblent les seuls à être en capacité ...

Ashoka : le bouddhisme au pouvoir

Premier unificateur de l’Inde, l’empereur Ashoka fut aussi le premier à associer bouddhisme et politique.