©Alice Papin

Geneviève Hamelet :
des défilés à la Pleine conscience

L’actuelle présidente de l'Association pour le Développement de la Mindfulness n'a jamais construit de plan de carrière. Guidée par les aléas de la vie, Geneviève Hamelet a découvert le bouddhisme Theravada et Vajrayana, le maître tibétain Gyétrul Jigmé Rinpoché et, enfin, le programme MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction).

« Voulez-vous un thé ? », propose-t-elle à peine entrée dans son cabinet. Coussins, livres au mur, couleurs chaudes et réconfortantes… Une bulle de zénitude au cœur de l’agitation du XIe arrondissement à Paris, au sein de laquelle elle propose des séances individuelles de sophrologie et de pleine conscience. Un Mac est posé sur le bureau. Longs cheveux bruns, lunettes originales, tenue décontractée, simple et chic, Geneviève Hamelet regrette de passer trop de temps derrière son ordinateur. Ses activités sont nombreuses : à 69 ans, elle est présidente de l’ADM (Association pour le développement de la mindfulness), enseignante et formatrice certifiée MBSR, sophrologue, disciple de Gyétrul Jigme Rinpoché et interprète en anglais. « Ce que je réalise aujourd’hui, je ne l’ai pas projeté. La vie m’a guidée. Elle m’a bien guidée et m’a parfois conduite dans des paradoxes », affirme-t-elle d’une voix douce mais ferme.

« La vie m’a bien guidée et m’a parfois conduite à vivre des paradoxes. »

Son premier métier est celui de journaliste. Après des études en presse et en communication, elle déménage à Tahiti pour travailler au sein de l’antenne française de l’ORTF. À son retour en métropole, elle devient attachée de presse à la CGPME (Confédération générale des petites et moyennes entreprises), puis pigiste et rédactrice en chef de magazines de mode et de presse féminine. Elle écrit pour Elle, Femme, Depeche Mode et des titres étrangers. Puis, pendant sept ans, elle fait un grand break : elle accompagne, en tant qu’assistante, son mari photographe dans la réalisation d’ouvrages présentant les particularités culturelles de pays étrangers. À deux, ils parcourent l’Indonésie, le Cameroun, l’Italie, l’Australie, la Malaisie, etc.

Le bouddhisme, une préparation à la mort (qui apprend à vivre)

En dehors du travail, Geneviève Hamelet pratique la sophrologie et la méditation qu’elle découvre au cours de stages. Nous sommes dans les années 1970. « À cette époque, le développement personnel connaît un grand boom. À la recherche d’une liberté totale, on explorait de nombreuses pratiques », se souvient-elle. Durant ces années-là, Geneviève Hamelet vit une expérience forte, douloureuse : alors que les soins palliatifs n’existent pas encore, elle accompagne une amie qui décédera d’un cancer à domicile. La mort la questionne, la ronge et l’amène à développer une dimension spirituelle : « Toutes les pratiques bouddhistes, quelle que soit l’école, sont ni plus ni moins qu’une préparation à la mort, malheureusement taboue en Occident. Et se préparer la mort, c’est apprendre à mieux vivre », note-t-elle.

Après une première retraite au début des années 1990 dans un centre bouddhiste tibétain en France, elle fait la connaissance de Gyétrul Jigmé Rinpoché, alors âgé de 28 ans. « Dans ma tête, je m’imaginais avoir pour maître un vieux sage. J’ai vécu une véritable rencontre spirituelle avec ce jeune homme, issu de la lignée RIPA. Il est moderne, plein de vie et d’humour, et il enseigne en anglais, ce qui m’a permis de nouer une relation directe avec lui. » Depuis, elle contribue à l’expansion de ses activités en Europe, le traduit, enseigne la méditation, forme les instructeurs et participe aux retraites du RIPA International Center, dans la région de Berne en Suisse. Mais il n’est pas le seul maître qu’elle a pu côtoyer. Akincano, Tara Brach, Jack Kornfield, Saki Santorelli, Bob Stahl, Ajahn Sucitto, Ajahn Amaro… Depuis 1997, Geneviève Hamelet est l’interprète de maîtres de traditions différentes. « À leur côté, j’ai découvert toutes sortes d’enseignements d’une grande richesse. Dans le bouddhisme, si les courants et les écoles sont multiples, l’essence reste la même », fait-elle remarquer.

Éternelle étudiante comme elle se définit, c’est également au cours d’une formation qu’elle entend parler, pour la première fois, de la pleine conscience, en 2007. L’Américain Jon Kabat-Zinn, le père de la MBSR, est alors quasi inconnu en France. Intriguée, elle envoie un mail à Matthieu Ricard, puis part rencontrer Christophe André, à l’hôpital Saint-Anne. Et, de fil en aiguille, devient en 2008 instructrice MBCT (thérapie cognitive basée sur la pleine conscience) et MBSR en 2009. Se laissant emporter par l’engouement que suscitent en France ces pratiques, elle sera à l’origine, avec une poignée d’autres praticiens, de l’Association pour le Développement de la Mindfulness (ADM). « Aujourd’hui, nous sommes 210 instructeurs MBCT et MBSR, et les demandes de formation continuent d’affluer », souligne-t-elle. Du travail, elle n’en manque pas. Parallèlement, elle enseigne au Tarab Institute France, fondé par le Tibétain Tarab Tulku Rinpoché. « Ma vie est bien saturée… Tel est le piège des activités passionnantes ! », conclut-elle

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