©Frédéric Foubert

Frédéric Foubert :
le Sonmudo, un art martial méconnu

Parmi les arts martiaux, tout le monde a entendu parler du judo, du karaté, de l’aïkido, mais qui connaît le sonmudo, cet art martial transmis par les moines de Corée du Sud ? Bouddha News a profité d’un stage organisé en région parisienne pour rencontrer Frédéric Foubert, qui œuvre à développer en France cette tradition venue du « Pays du Matin calme ».

Que signifie ce terme « sonmudo » ?

La traduction littérale serait « art martial zen ». Le mot sonmudo est composé de « son » qui veut dire « zen » en coréen, « mu » qui signifie « guerrier » et « do », la « voie ». Associés, « Mu » et « do » deviennent le fameux « budo » japonais : l’art martial. Le sens général est que l’on ne peut pas pratiquer un art martial sans avoir l’esprit apaisé.

D’où la pratique de la méditation qui est associée aux mouvements de défense ?

En effet. Cet art global puise ses racines au VIe siècle et comprend la méditation, le qi gong, et les arts martiaux à proprement parler. Sa pratique permet de travailler, d’anticiper, d’explorer sur le tatami des conditions et postures quotidiennes : en étant assis, couché, debout, en déplacement, en mouvement... Les bénéfices en sont une meilleure circulation de l’énergie dans la pratique et dans la vie de tous les jours. Ce qui aide in fine à aborder les situations avec plus de force et de calme.

Nous vivons dans une société où tout s’accélère. La pression y est permanente et le virtuel semble avoir pris le pas sur l’humain. De plus en plus de gens ressentent le besoin de se retrouver, de se recentrer. L’engouement ces dernières années vers le yoga et la méditation ne font que renforcer l’intérêt de plus en plus de personnes vers le sonmudo en France.

Quelles sont ses spécificités ?

L’une d’entre réside dans le fait que ce n’est pas la personne qui s’adapte à cet art, mais le contraire. On sait désormais qu’un mental et un état d’esprit négatif vont avoir des répercussions dans le reste du corps. Attention, ce n’est pas de la psychanalyse ! Cette pratique permet de lâcher progressivement les pressions accumulées au cours de sa vie.

Quel est le profil de celui qui vient frapper à la porte du sonmudo et pourquoi vient-il ?

Cela évolue. Avant, c’était plutôt un public d’actifs de quarante à quarante-cinq ans. Aujourd’hui, tous les âges sont représentés, des plus jeunes aux personnes retraitées. Ces dernières - généralement dans la soixantaine - sont très dynamiques et ont la volonté de s’occuper d’elles. Pour les plus jeunes, j’ai l’impression qu’ils choisissent de se tourner vers cette pratique pour prendre soin d’eux. Les femmes représentent 60 à 70% du public. C’est d’ailleurs souvent grâce à elles - et ce qu’elles peuvent partager avec leurs réseaux - que les hommes viennent découvrir cette pratique.

« Dans les autres arts martiaux, on nous apprend à faire, alors que dans le sonmudo, on apprend à être. »

Le sonmudo donne des réponses à des questions que l’on est conduit à se poser dans les pratiques externes que sont le taekwondo, le karaté, etc., notamment en expliquant comment on place tel mouvement et comment l’énergie circule. Dans les autres arts martiaux, on nous apprend à faire, alors que dans le sonmudo, on apprend à être. L’approche est complètement différente.

Le sonmudo est à l’origine une pratique bouddhique, qu’en reste-t-il ?

Apparu en Corée à l’époque de notre Moyen-âge, cet art a en effet une origine bouddhiste et fut développé par une caste de moines guerriers, dont les héritiers perpétuent aujourd’hui la tradition. L’idée en France, c’est d’en garder la philosophie - bouddhique donc - de faire un retour à soi afin de pouvoir s’ouvrir au monde, dans un enseignement qui est, quant à lui, laïc.

Il n’est pas nécessaire de se convertir pour venir pratiquer le sonmudo (rires). En France, nos concitoyens ont tous types de pratiques religieuses, ou pas d’ailleurs, qui leur sont propres et ne nous regardent pas. Ce que l’on propose, c’est de l’enrichir de notre philosophie de vie ouverte sur le monde.

Finalement, la pratique du sonmudo est-elle une approche sportive, spirituelle, une combinaison des deux ?

La réponse est contenue dans la question (rires). L’univers est un tout dont nous faisons partie, le yang contient du yin, et inversement ; l’homme reçoit les énergies de la terre comme celles du ciel, il est dans une globalité incluant ses énergies innée et acquise. Sur cette base, le sonmudo est une synthèse de tout ça : « zen », « qi gong », « martial ». Le sonmudo, c’est la vie. Le côté martial, c’est le mouvement ; le zen, c’est le non-mouvement ; la synthèse des deux, c’est le yin et le yang : le mouvement dans le non-mouvement, et réciproquement, en interdépendance.

©Frédéric Foubert
Antony Boussemart Antony Boussemart est diplômé en japonais des Langues O. Pratiquant du bouddhisme vajrayana, il est également spécialiste des religions japonaises et travaille pour un centre de recherches spécialisé sur l’Asie. Il Lire +

Pour aller plus loin

École française et européenne du Sonmudo : www.sonmudo.eu

Les liens entre bouddhisme et arts martiaux

Selon la tradition, c’est le moine Indien Bodhidharma qui serait à l’origine des arts martiaux. La légende raconte qu’en pèlerinage en Chine, rencontrant des religieux dans un état physique déplorable, il leur aurait alors enseigné des techniques pour améliorer leur santé et leurs pratiques spirituelles.

Dans les faits, il est probable que certaines formes d’arts martiaux chinois existaient déjà avant son arrivée. Bodhidharma les aurait perfectionnés en les structurant en lien avec des principes bouddhistes et en expliquant aux moines comment les utiliser en tant que supports de pratique sur leur chemin vers l’Éveil. Cette méthode dynamique tout en permettant de cultiver un esprit pacifique était en même temps un puissant outil de défense. Ainsi en est-il par exemple du Zen, le Chan en chinois. La pratique de l’attention en un point, pratiquée dans le Zen, est en effet compatible avec la vigilance recommandée dans des arts martiaux tels que le Karaté, où il est essentiel de ne pas se laisser distraire par les pensées traversant l’esprit pendant un combat.

A.B.

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