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Déambulations d’un novice bouddhiste
dans le monde d’aujourd’hui

Cette chronique raconte les tribulations d'un bouddhiste néophyte. En pleine découverte pratique, de nombreuses questions émergent. Comment adapter ses aspirations spirituelles à la vie en société, au quotidien ? Notre novice part en quête de réponses concrètes. Ou pas...

Épisode #3 : La compassion en action au zoo.

Si la question du zoo divise la société, elle ne se pose même pas dans mon shangha. Comme dans toutes les communautés bouddhistes, on y raffole des paraboles animales et on ne rigole pas sur la maltraitance de nos cinquante millions d’amis (sans compter les insectes). Mes maîtres le clament haut et fort : humains et animaux sont tous dans le même bateau du samsara. Et précisent que le prédateur n’est pas celui qu’on croit.

L’autre jour, en caressant un chat errant qui miaulait fougueusement en lorgnant mon bol, j’ai été saisi d’un affreux doute : irais-je visiter ce craquant petit minet s’il se retrouvait par malchance dans un parc animalier ? Je ne voudrais pas chercher la petite bête, mais il y a un lézard : le matou n’est-il pas un animal domestique, nourri, blanchi (disons plutôt toiletté) et logé par l’homme ? Et c’est justement là que le bât blesse : qu’est-ce qu’un zoo, sinon une immense pension de famille ? À l’instar du lien affectueux et matériel qui unit le chat et son maître, le zoo propose finalement un airb’n’b géant à ciel ouvert et sans distinction d’espèces. Les amoureux des zoos ne manquent pas d’arguments pour défendre l’institution si décriée. La captivité ? Une alternative à la loi de la jungle. L’aspect mercantile ? Il faut bien payer la paille et la gamelle. La maltraitance ? Une fake news dans tout zoo qui se respecte et veut garder son public de mômes excités à la vue des zèbres, pandas, girafes et autres bestioles à plumes, à poils ou sans ornement particulier.

Mais, je reste dubitatif. À mes yeux, un parc zoologique s’apparente plus sûrement à une prison qu’à un village de vacances, dans laquelle on parque de pauvres mammifères sans leur demander leur avis. J’en prends pour preuve les nombreuses paraboles bouddhistes, dont l’important bestiaire (pigeon, mouton, singe, etc.) ferait rougir Jean de La Fontaine. Contrairement aux poèmes du moraliste français, les saynètes bouddhistes n’ont rien de fables. C’est du vécu ! Jusqu’à la fin de sa vie en 1054, le maître indien Atisha n’appelait-il pas les nombreux animaux qu’il caressait de « vieilles mères » ?

Mes maîtres le clament haut et fort : humains et animaux sont tous dans le même bateau du samsara. Et précisent que le prédateur n’est pas celui qu’on croit.

Le chat et moi filons au zoo le plus proche, que je pénètre seul puisque, me dit-on à la billetterie, les animaux y sont interdits d’entrée. Un comble. En marchant puis, rapidement, en titubant entre les grilles, barbelés, vitres en plexiglas, volières, vivariums, entre les cris des résidents et les rires des visiteurs, je repense à l’indignation de Matthieu Ricard dans son Plaidoyer pour les animaux concernant ce « zoocide ». Face à mon malaise, le directeur de zoo, faussement zen, me rétorque qu’à l’instar d’Atisha, lui aussi se préoccupe de ses brebis. J’aimerais le croire, en caressant du regard les peluches savamment achalandées en vitrine du magasin du parc. Non, décidément, cet homme a une étrange définition de l’altruisme : a-t-on déjà vu un orphelinat vendre des produits dérivés de ses malheureux pensionnaires ?

En saluant le directeur, je lui conseille d’approfondir cette option : ouvrir les geôles de sa ménagerie et faire preuve de compassion envers ses hôtes, pour peaufiner son karma et éviter, dans sa prochaine vie, de se retrouver en cage… Pas bête, non ?

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