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Une rentrée post-confinement
sous le signe du bon sens et de la solidarité

Ce 11 mai marquera un tournant dans l’histoire de notre pays et de chacun d’entre nous. Pendant le confinement, nos vies familiales ont parfois basculé ; certains repères, qui nous semblaient inaliénables dans nos quotidiens, ont disparu presque naturellement. Et, après deux mois de ce mode de vie si particulier, nous allons devoir petit à petit réapprendre à faire et être ensemble selon de nouvelles normes sociales et économiques, et en étant durablement solidaires.

Nous ne reviendrons pas ici sur ce que l’actualité a relayé sans relâche ces dernières semaines : la douleur de perdre des proches et de ne pas pouvoir leur dire adieu ; la recrudescence des violences intrafamiliale ; la perte d’un emploi ; l’épreuve de souffrir du Covid-19 et la peur d’en mourir, etc. Face à ces réalités, tout le reste pourrait sembler dérisoire et notamment qu’une partie d’entre nous regrette presque le confinement, vécu à la maison, dans un espace sécurisant. Quoi qu’il en soit, chaque fois que cela fut possible, apprendre à se satisfaire de moins ; pouvoir repenser ses priorités à son rythme ; découvrir la joie simple de vrais échanges avec ses enfants, un conjoint, des amis ; se montrer plus solidaire avec des voisins ou des inconnus, ou remercier le personnel soignant furent aussi des moments de construction personnelle, de transformation intérieure.

Cette période nous a tous changés

Pour reprendre le travail et un rythme de vie plus banal, si vous allez bien, commencez par vous remercier d’avoir fait aussi bien que vous le pouviez pour traverser cette période si complexe et éprouver simplement de la gratitude vis-à-vis de vous-même.

Puis essayez de prendre conscience que c’est un moment privilégié pour penser et visualiser la manière dont vous souhaitez mener à bien les semaines et mois à venir. Vous me répondrez peut-être que cela ne servira pas à grand-chose, car les bonnes résolutions ne tiennent jamais. Et vous avez raison. Nous sommes tous passés par là. Pour que cela marche, vous devez vous engager vis-à-vis de vous-même, et seulement vis-à-vis de vous-même, à tout faire pour ne plus subir vos émotions, vos pensées, votre culpabilité, votre fatigue, vos tensions et dans tous les cas, les regarder avec bienveillance. Cela vous permettra de les accueillir sans essayer de les tordre ni les transformer pour essayer de faire qu’elles soient conformes à l’image que vous vous faites de vous.

Autre point important, il concerne vos proches. Laissez-les faire leurs propres choix. Vous ne savez pas comment ils sont réellement sortis de l’épreuve du confinement, aussi ne les obligez pas à aller au même rythme que vous, à adopter vos choix, à faire du yoga, méditer, faire du sport... Cela serait une démarche fusionnelle envahissante qui ne laisserait pas aux personnes que vous voulez embarquer dans vos envies la possibilité de se découvrir. Fichez-leur la paix et laissez-les respirer sans vous, dès que vous le pouvez ! Ils vous en seront reconnaissants et vous serez étonné du résultat.

Pensez à vous, prenez-soin de vous, c’est le moment idéal pour apprendre à votre mental à cesser de vous balader intérieurement dans tous les sens et pour : faire/agir/avancer/construire.

« Notre esprit crée le monde dans lequel nous vivons. Il est la source de notre bonheur et de notre malheur. Nous devons apprendre à l’observer et à le discipliner et choisir, en conscience, de maîtriser et de canaliser nos pensées. La clé de toute transformation consiste à être attentif aux mouvements de notre esprit. Le monde que nous créons et que nous expérimentons en dépend. Être heureux et en paix dépend moins des circonstances extérieures que de ce qui se passe dans notre esprit. » Tenzin Gyatso

Exercice

Asseyez-vous confortablement.
Fermez les yeux.
Respirez profondément quelques minutes.
Puis, observez la pensée du moment, instant après instant.
La pensée est l’émanation de votre ego, de vos habitudes, de tout ce qui constitue votre personnalité et votre histoire personnelle. Observez comment elle fonctionne, comment elle induit vos émotions et comment celles-ci vous poussent à réagir intérieurement.
Soyez conscient de ce qui se passe.
Voyez comment une seule pensée donne naissance à une histoire mentale abracadabrante, factice, illusoire, à laquelle vous vous attachez et en laquelle vous croyez, en oubliant jusqu’à la pensée originelle qui lui a donné naissance.
Retournez à cette pensée. Démêlez le fil en revenant sur vos pas. Comprenez ce qui s’est passé ; comment tout cela s’est enchaîné automatiquement, sans que vous n’en ayez la maîtrise. Ce processus vous aidera à changer votre relation à vos pensées et à vos émotions, et fera diminuer leur impact, ce qui vous rendra plus serein et détendu.
Respirez à nouveau profondément plusieurs minutes.
Observez la pensée qui passe maintenant dans votre esprit et regardez ce qui se passe dès que votre mental s’en empare et comment à nouveau il la transforme en émotion et en réaction en vous poussant à agir tel un robot.
Observez cette répétition de vos fonctionnements sans vous identifier à ce qui se passe, sans juger, afin de rester neutre et lucide.
Et examinez comment votre esprit fait tout ce qu’il peut pour s’évader de cet exercice.
Ne stressez pas, ne culpabilisez pas, c’est normal.
Respirez profondément.
Revenez à votre expérience du moment, à la pensée présente, en vous y arrêtant, cette fois contrairement à ce que vous faites dans d’autres exercices. Vous ne devez ni la suivre ni la rejeter, mais l’observer comme si c’était une personne qui vient vous visiter.
Souriez-lui, accueillez-la, elle n’est pas votre ennemie.
Vous ne le savez pas encore, mais vous allez découvrir que le mental est votre meilleur ami. Il donne toutes les clés pour devenir autonome, vous libérer de lui et vivre en paix.
En procédant ainsi, vous apprenez à l’accepter et à ne plus le subir, puisque vous ne le rejetez pas et que vous ne l’entretenez pas.
Continuez l’exercice pendant cinq à dix minutes, en faisant de votre mieux pour demeurer attentif à ce qui se passe en vous, comme précédemment, et sans chercher à obtenir ou à atteindre quoi que ce soit.
Petit à petit, jour après jour, cet exercice vous permettra de prendre du recul et de vous découvrir moins victime des circonstances en constatant que vous ne croyez plus comme avant que vous êtes vos pensées, vos émotions, vos actions, vos concepts, vos certitudes, vos préjugés, ni aucune des constructions mentales élaborées depuis l’enfance et qui vous servaient jusqu’alors de béquilles.
Alors, qui êtes-vous sans les oripeaux que sont les pensées et émotions induites par des circonstances ou une éducation passée ?
Qui êtes-vous si vous ne vous identifiez plus à ces mécanismes ? Qui êtes-vous sans votre stress, les tensions qui vous habitent à longueur d’année ? Ces questions, posez-les vous encore et encore. Les réponses que vous leur apporterez, vous donneront des pistes qui vous correspondent.
Faites preuve de bon sens. Écoutez votre intuition. Personne ne sait mieux que vous qui vous êtes et ce dont vous avez besoin.

« Notre esprit crée le monde dans lequel nous vivons. Il est la source de notre bonheur et de notre malheur. Nous devons apprendre à l’observer et à le discipliner et choisir, en conscience, de maîtriser et de canaliser nos pensées. » Tenzin Gyatso

Terminons cet exercice avec cette phrase du moine Matthieu Ricard : « Les automatismes de pensée, entretenus par nos tendances et habitudes, sont autant d’obstacles à la libération de l’esprit. Maîtriser l’esprit, ce n’est pas lui imposer de nouvelles contraintes qui le rendent encore plus étriqué et tendu ; c’est, au contraire, l’affranchir de l’emprise des conditionnements mentaux et des conflits intérieurs entretenus par les pensées et les émotions ».

Après ces deux mois de confinement, il est vrai que la difficulté sera sans doute en partie de trouver du sens, là où nous trouvons, en confiance. Cela ne peut se faire ni en projetant nos peurs ni en forçant les choses. D’où cet exercice à faire aussi souvent que possible.
Votre expérience vous guidera et vous éclairera. Pas celle des autres. Alors, observez ce qui se passe en vous et agissez.

Dans ce nouveau contexte, Bouddha News reprend le rythme habituel des newsletters, une fois tous les quinze jours.
N’hésitez pas à nous écrire pour nous faire part de vos suggestions ou si c’est plus personnel à poser vos questions aux trois représentants : les Vénérables Dagpo Rinpoché et Nyanadharo, et le docteur Dinh Hy Trinh.
Bon courage pour les semaines à venir.

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