Avez-vous déjà remarqué que vous faites des gestes pendant que vous parlez au téléphone ? Même si votre interlocuteur ne peut pas le voir, vos mouvements évoquent en vous des sentiments indissociables de ce que vous verbalisez. Les gestes complètent le tableau.
Ou remarquez comment vous vous tenez – votre posture, vos mains, votre expression faciale – au milieu d’une interaction intense avec quelqu’un. Votre langage corporel véhicule une histoire plus vaste, qui dépasse les mots. Et lors d’un cours de yoga, on découvre que les postures vont au-delà du travail sur des groupes musculaires particuliers. Ils inspirent également un certain type de sentiment qui intègre l’esprit et le corps. Le corps façonne l’esprit et vice versa.
Dans de nombreuses traditions spirituelles, l’esprit et le corps ne sont pas considérés comme des domaines distincts ; ce sont deux pôles d’un continuum intimement interconnecté. Il a été noté, par exemple, que le simple fait de prendre une posture assise pour méditer peut influencer la qualité de nos pensées, les rendant un peu moins susceptibles de nous emporter. Lorsque le Bouddha a touché la terre, il connectait le corps et l’esprit grâce à ce type d’ancrage.
Les pratiquants bouddhistes et hindous unissent leur corps et leur esprit par des positions de mains et des gestes dynamiques appelés mudras qui représentent et invoquent les qualités de l’esprit. Ils ont une signification symbolique et éveillent l’esprit de ce qu’ils représentent. Par exemple, un mudra représentant la confiance transmet une qualité de confiance non conceptuelle et préverbale.
Pour autant que les historiens puissent le déterminer, l’utilisation des mudras a commencé avec des récitations rituelles des Vedas, des textes spirituels créés dans le sous-continent indien entre environ 1 500 et 500 avant notre ère. Le bouddhisme a hérité de cette tradition gestuelle, c’est pourquoi de nombreuses statues et peintures anciennes montrent des bouddhas, des bodhisattvas et des divinités tantriques utilisant des mudras.
Les gestes de la main et d’autres types de mouvements, intégrant parfois la création musicale avec des instruments tels que des cloches, des tambours et des cors, sont largement utilisés par les praticiens du monde bouddhiste. Dans le Vajrayana, par exemple, les mudras et autres postures et gestes constituent un élément clé des rituels tantriques ; les mudras appropriés sont transmis aux praticiens lorsqu’ils sont habilités à pratiquer les rituels associés à une divinité donnée. Et dans la tradition zen, Thich Nhat Hanh a introduit le chant des louanges à Avalokiteshvara avec des gestes d’accompagnement, qui, selon lui, créaient plus de concentration en employant l’esprit, la parole et le corps en même temps.
Voici quelques-uns des gestes les plus connus et quelques-uns qui le sont moins. Vous pouvez en voir des variations dans la statuaire et les peintures bouddhistes, selon l’artiste et la tradition. N’hésitez pas à essayer ces gestes vous-même pour avoir une idée de ce qu’ils sont censés évoquer. Cela peut donner vie aux statues et aux images, ainsi qu’aux idées qu’elles expriment.
Toucher la Terre (Bhumisparsha) Mudra
Dans une posture méditative, la main gauche repose sur les genoux, ouverte, paume vers le haut et les doigts pointés vers la droite. La main droite s’étend vers l’avant et vers le bas, paume ouverte, comme si elle touchait la terre. L’un des mudras les plus connus, ce geste symbolise le Bouddha appelant la terre à témoigner de la vérité de son éveil sous l’arbre de la Bodhi. Une variante de ce mudra apparaît également dans les statues debout du Bouddha.

Méditation (Dhyana) Mudra
La main gauche repose sur les genoux, paume vers le haut, et la main droite repose doucement dessus, également paume vers le haut. Les bouts des pouces se touchent légèrement. Ce mudra représente l’équilibre méditatif et constitue l’une des positions des mains les plus courantes en méditation assise. Certains commentateurs pensent que la main gauche représente le monde des apparences (réalité relative) et la main droite représente le monde de l’illumination (réalité absolue). Leur adhésion peut être considérée comme représentant la non-dualité.

Enseignement (Vitarka) Mudra
Avec la main droite au niveau de l’épaule, les pointes du pouce et de l’index se touchent pour former un cercle. La main gauche repose sur les genoux, paume vers le haut, le pouce et l’index étant également joints. Les variantes incluent lever la main gauche ou laisser la main gauche sur les genoux mais ne pas faire de cercle avec elle.
Le mot vitarka suggère une investigation ou une attention soutenue sur un objet. Le geste signifie et accompagne la transmission du dharma, et il est également connu sous le nom de geste d’instruction ou de discussion. Le cercle formé par le pouce et l’index indique la perfection ou la complétude, sans début ni fin.

Intrépidité (Abhaya) Mudra
Avec la main droite au niveau de l’épaule, la paume est tournée vers l’extérieur avec les doigts pointés vers le haut comme pour faire signe à quelqu’un de s’arrêter. Plus rarement, les deux mains peuvent être levées dans un double abhaya mudra.
Ce geste exprime un sentiment inébranlable de sécurité et de confiance qui ne dépend pas des conditions. La tradition veut que le Bouddha ait utilisé ce mudra pour maîtriser un éléphant agressif.

Roue du Dharma (Dharmachakra) Mudra
Chaque main forme un cercle en joignant l’index et le pouce. La paume droite est tournée vers l’extérieur et la paume gauche vers l’intérieur, les deux cercles se touchant doucement. Le Bouddha est souvent représenté faisant ce geste lorsqu’il commence à enseigner, symbolisant le tour de la roue du dharma. Dans la mythologie indienne ancienne, la roue représente la mise en mouvement de quelque chose qui transforme le monde.

Salutation ou supplication (Anjali) Mudra
Les paumes sont au niveau du cœur, du front ou de la bouche et elles sont pressées l’une contre l’autre avec les doigts pointés vers le haut. La tête est généralement légèrement inclinée. Anjali est un geste traditionnel de salutation et de respect qui peut être accompagné d’un arc ou d’une prosternation. Iconographiquement, anjali transmet le sens des choses telles qu’elles sont, au-delà des préjugés et de la conceptualité (tathatha).

Générosité ou réalisation d’un souhait (Varada) Mudra
Le bras droit s’étend vers le bas, avec la paume ouverte et tournée vers le corps et avec les doigts pointés vers la terre ; parfois, l’index et le pouce forment un cercle. Lorsqu’il s’agit d’un geste assis, la main gauche repose sur les genoux, paume vers le haut. Lorsqu’il s’agit d’un geste debout, la main droite est légèrement tendue devant le corps. (Les mains sont parfois inversées.) Ce geste à mains ouvertes représente le don aux autres et la réalisation de leurs désirs, à l’opposé de l’auto-préoccupation.

Illumination suprême (Uttarabodhi) Mudra
Les mains sont tenues au niveau de la poitrine avec tous les doigts entrelacés à l’exception des index, qui s’étendent vers le haut et se touchent par les extrémités. Les pouces reposent côte à côte. Uttara signifie « le plus haut » et bodhi signifie « éveil », ce mudra représente donc l’illumination complète et parfaite.

Sagesse indestructible (Vajra) Mudra
L’index de la main gauche est tenu dans le poing de la main droite. Très répandu en Corée et au Japon, ce mudra signifie l’importance vitale de la sagesse, représentée par l’index, protégé par le poing qui l’entoure.

Éliminer les obstacles et la négativité (Karana) Mudra
La main droite est tendue, paume tournée vers l’avant. Les deux majeurs sont repliés et maintenus vers le bas par le pouce, tandis que l’index et l’auriculaire pointent vers le haut, formant un geste en forme de corne à deux volets. Ce mudra représente une énergie stimulante face à la négativité et aux obstacles tels que la maladie, les attaques ou les troubles psychologiques.

Offrande de Mandala (Mandala Arpan) Mudra
Ce mudra est dynamique et utilisé dans une séquence rituelle, il peut donc être un peu délicat la première fois. Pour former le mudra, tenez les paumes des mains tournées vers le haut et glissez le petit doigt gauche entre le petit doigt droit et l’annulaire et maintenez chaque pouce vers le bas avec le petit doigt opposé. Ensuite, les annulaires reposent l’un contre l’autre, pointant vers le haut. Enfin, vous posez votre majeur gauche sur votre index droit et vous posez votre majeur droit sur votre index gauche. Une fois terminé, le mudra évoque une sorte de monde ou de mandala.
Mandala signifie un royaume avec un centre et une frange environnante. Cela peut faire référence à n’importe quoi, de la sphère personnelle des relations au domaine d’une divinité tantrique en passant par l’univers entier lui-même. Arpan signifie offrir, et l’offrande du mandala signifie tout donner. Lors de la formation de ce mudra, les pratiquants tiennent souvent une petite quantité de riz et imaginent libérer l’intégralité de leur monde construit – tout ce à quoi ils s’accrochent – en guise d’offrande. Un chant accompagne le geste, aboutissant à la visualisation de l’univers entier comme le royaume du Bouddha, offert au bénéfice de tous les êtres. Les pratiquants déplient ensuite le mudra et lancent le riz.

Renonciation (Bouddhashramana) Mudra
La main droite est tenue à hauteur d’épaule, paume vers le haut. Le poignet est plié de manière à ce que la main soit plate et parallèle au sol, les doigts étant éloignés du corps.
Le mot shramana est un ancien terme sanskrit désignant un renonçant ou un mendiant, quelqu’un qui abandonne la vie mondaine pour se consacrer à un chemin spirituel. Dans le bouddhisme, il désigne tous les moines, y compris le Bouddha. Le geste vise à exprimer l’abandon de l’attachement au monde afin de rechercher la cessation de la souffrance.

Connaissance (Jnana) Mudra
Comme dans le vitarka mudra et d’autres, les pointes de l’index et du pouce de la main droite se rejoignent pour former un cercle. Les doigts restants s’étendent tout droit, la paume tournée vers le haut. Cela diffère du vitarka mudra, où la paume est tournée vers le corps.
Jna est une racine sanscrite signifiant connaissance, conscience ou compréhension, comme dans le mot prajna, qui signifie connaissance la plus élevée, la meilleure ou suprême. Jnana a une gamme de significations. Il peut simplement s’agir d’un terme général faisant référence à la connaissance, par opposition à l’ignorance ; il peut faire référence à une simple cognition, comme dans le mot composé vijnana, généralement traduit par conscience ; et cela peut faire référence à la sagesse primordiale, la forme la plus élevée de connaissance. Le mudra signifie et célèbre la connaissance plutôt que d’être dans le noir.

Tenir le joyau ou la gemme exauçant les souhaits (Manidhara) Mudra
Les mains se rejoignent comme en anjali. Dans ce cas, cependant, seuls les côtés de l’auriculaire se touchent, tandis que le reste des doigts s’écarte légèrement comme s’il tenait un bijou en coupe. C’est un mudra très courant dans les représentations d’Avalokitesvara, le bodhisattva de la compassion.
Mani signifie bijou et dhara signifie tenir. La gemme qui exauce les vœux signifie la réalisation de tous les désirs et aspirations spirituels et matériels.

Embrasser (Vajrahumkara) Mudra
Il s’agit d’un geste dynamique utilisé dans les rituels tantriques. Un vajra (un objet métallique pointu aux deux extrémités, symbolisant un coup de foudre) est tenu dans la main droite, tandis que la main gauche tient une cloche rituelle. Devant le cœur, le poignet droit croise le poignet gauche. Les paumes sont tournées vers l’intérieur. Le geste est souvent effectué pendant une courte période dans le cadre d’un rituel continu.
Le vajra représente l’action, la méthode ou les moyens habiles (upaya). Il est considéré comme indestructible dans le sens où l’espace ne peut être détruit. La cloche rituelle symbolise la musique mélodieuse et libératrice de la sagesse (prajna). L’union des deux exprime l’inséparabilité de la sagesse et des moyens habiles.

Fleur tenant (Kataka) Mudra
Commencez à former un poing mais arrêtez-vous lorsque l’index et le pouce (et peut-être aussi le majeur) se rejoignent, ce qui entraîne la formation d’une sorte de tube ou d’ouverture circulaire.
Les fleurs sont un objet d’offrande très courant en raison de leur beauté éphémère. Certaines statues représentent un personnage faisant le geste du kataka, permettant d’insérer une véritable fleur en offrande.

Loisirs (Avakasha) Mudra
C’est un geste très simple qui accompagne souvent d’autres mudras. La main gauche repose sur les genoux, paume vers le haut. Il transmet un sentiment de facilité, sans être agité ou perturbé. Le mot tibétain pagyang, qui signifie insouciant ou lâcher prise, exprime ce sens.
