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Siddhartha et le cygne

Cette histoire se passe il y a fort longtemps, plus de 2500 ans, dans le nord de l’Inde. Avant de devenir le Bouddha, l’Éveillé, et de transmettre à tous ceux qui le souhaitaient la voie qu’il avait découvert pour cesser de s’identifier à la souffrance, Siddhartha mena une vie de prince dans le royaume de son père.

Quelques jours après sa naissance, sa mère, la reine, et son père, le roi, organisèrent une cérémonie haute en couleur, au cours de laquelle, un sage devait prédire quel serait le destin du nouveau-né. Ses parents, heureux et fiers, attendaient avec joie, la prophétie du vieil homme.
– S’il vous plaît, quel sera le destin de notre enfant ? demanda la reine.
– Votre fils deviendra un jour un grand roi.
– Formidable ! dit le roi rassuré. Il sera roi comme moi.
– Non, répondit le sage. Quand votre enfant sera grand, il quittera le palais pour aider les autres.
– Il ne fera pas une telle chose ! s’exclama le roi.

Inquiet, le père décida que lorsque son fils aurait grandi, il le confierait aux meilleurs enseignants, et de tout faire pour que Siddhartha mène une vie d’un prince qui le comble.
Quand le prince eut sept ans, le roi le fit venir et lui dit :
– Siddhartha, un jour, tu seras roi. Il est temps que tu commences à te préparer. Tu as beaucoup de choses à apprendre. Voici les meilleurs professeurs de la Terre. Ils t’enseigneront tout ce que tu auras besoin de savoir.
– Je donnerai le meilleur de moi-même, répondit le prince.

Siddhartha n’apprit pas à lire ou à écrire, mais à monter à cheval, à se servir d’un arc et de flèches, à se battre et à manier l’épée.
Quand le prince avait terminé ses leçons, il jouait dans les jardins du palais où vivaient des écureuils, des lapins, des oiseaux et des moutons. Siddhartha s’asseyait et les regardait calmement pour qu’ils n’aient pas peur de s’approcher de lui. Près du lac, il retrouvait chaque année un couple de beaux cygnes blancs qui venaient nicher, là. Quand les œufs avaient éclos, il regardait les petits apprendre à nager.
Un après-midi, alors que trois cygnes volaient au-dessus de sa tête, l’un d’entre eux tomba. Siddhartha se précipita vers lui.
– Que s’est-il passé ? Il y a une flèche qui transperce ton aile, dit-il. Quelqu’un t’a blessé.
Siddhartha lui parlait doucement pour que l’animal n’ait pas peur, tout en le caressant délicatement. Après avoir retiré la flèche, il enveloppa le cygne dans sa chemise en faisant très attention.
– Tu vas vite te sentir mieux, lui dit-il. Je reviens vite te voir.
Son cousin Devadatta surgit alors en disant que l’oiseau lui appartenait.
– C’est mon cygne ! C’est moi qui l’ai touché, donne-le-moi.
– Il ne t’appartient pas, dit Siddhartha, c’est un cygne sauvage.
– Je l’ai touché avec ma flèche, alors il est à moi. Donne-le-moi maintenant.
– Non, dit Siddhartha. Il est blessé et il faut l’aider.

Les deux garçons commencèrent à se disputer.
– Arrête, dit Siddhartha. Dans notre royaume, si les gens n’arrivent pas à se mettre d’accord, ils demandent l’aide du roi. Allons le chercher.

Devadatta restait silencieux. Il n’avait jamais réfléchi au fait que les animaux aussi avaient des sentiments et regrettait d’avoir blessé le cygne.

Les deux enfants partirent chercher le roi.
– Que faites-vous là, tous les deux ? demanda un des ministres du roi. Vous ne voyez pas que nous sommes occupés ? Allez jouer ailleurs.
– Nous ne sommes pas venus là pour jouer, mais pour vous demander de l’aide, dit Siddhartha.
– Ne les grondez pas, s’écria le roi en entendant cela. Ils ont tout à fait le droit de nous consulter.
Il était ravi que Siddhartha sache comment agir.
– Laisse les garçons raconter leur histoire. Nous les écouterons et nous leur donnerons notre avis.”

Voler avec les cygnes sauvages

Devadatta fut le premier à raconter sa version.
– J’ai touché le cygne, il m’appartient, dit-il. Les ministres hochèrent la tête en signe d’approbation. Telle était la loi du royaume. Un animal ou un oiseau appartenait à la personne qui l’avait touché.
Puis, Siddhartha raconta sa version.
– Le cygne n’est pas mort, argumenta-t-il. Il est blessé, mais il est toujours en vie.

Les ministres étaient perplexes. À qui appartenait le cygne, alors ?
– Je crois que je peux vous aider, dit une voix. Un vieil homme s’approcha de l’entrée. Si ce cygne pouvait parler, dit le vieil homme, il nous dirait qu’il veut voler et nager avec les autres cygnes sauvages. Personne ne veut ressentir la douleur ou la mort. Le cygne éprouve la même chose. Il ne partirait pas avec celui qui a voulu le tuer. Il irait avec celui qui a voulu l’aider.
Devadatta restait silencieux. Il n’avait jamais réfléchi au fait que les animaux aussi avaient des sentiments et regrettait d’avoir blessé le cygne.
– Devadatta, tu peux m’aider à t’occuper du cygne, si tu veux, lui dit Siddhartha.

Siddhartha s’occupa du cygne jusqu’à ce qu’il aille mieux. Quand son aile eut guéri, il l’emmena à la rivière.
– Il est temps de nous dire au revoir, dit Siddhartha.
Les deux cousins regardaient le cygne nager vers les eaux profondes quand ils entendirent un bruit d’ailes au-dessus d’eux.
– Regarde, dit Devadatta, les autres cygnes sont revenus le chercher.
Les cygnes volèrent alors au-dessus du lac pour une dernière fois.
– Ils sont en train de nous remercier, dit Siddhartha, tandis qu’ils disparaissaient vers les montagnes du nord.

Le cygne est l’un des contes bouddhistes pour enfants les plus connus et les plus appréciés dans le monde.

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