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Mélanie Henchoz :
des montagnes suisses à l’Himalaya

Portrait d’une jeune humaniste qui a trouvé sa voie et celle du Bouddha au fil de ses voyages.

Chez Mélanie Henchoz, les voyages mènent à la sagesse. En 2013, à l’heure où l’Occident se mobilise contre le burn-out et s’inquiète des journées de travail à rallonge, la jeune Helvète décide de plaquer son emploi de store-manager dans une entreprise internationale – pour changer de vie. Elle a vingt-cinq ans, vit dans une grande ville, а un bureau pour seul horizon, des journées encombrées et des nuits toujours plus courtes. Malgré les montagnes du parc naturel de Gruyère Pays-d’Enhaut qui ceinturent Les Moulins, son village natal, la Suissesse manque d’air. Trop de trous à combler dans cette existence « dénuée de sens ». Trop de courses contre la montre. Désormais, elle regardera la Suisse depuis les hublots : l’Asie, les Amériques et l’Océanie. Mélanie engrange les kilomètres et s’éloigne de son cocon vaudois pour se rapprocher d’elle-même. Première escale en Inde, à New Delhi, au cœur de la fourmilière indienne. Sur place, elle découvre un kaléidoscope de couleurs, d’odeurs, des chaleurs humaines, un monde massala. Mélanie chez les Mahatmas, le prologue d’un récit initiatique.

Slow tempo à Tushita

« Au bout de seize mois, j’avais coché tous les pays à visiter sur ma liste de rêves, passant par ces hauts et bas que le voyage procure. C’est une pratique de vie. Une nuit dans le centre de l’Australie », elle se dit : « Qu’est-ce que je fais maintenant ? » L’Inde la rappelle et s’impose à elle. A McLeod Ganj, un quartier de Dharamsala, elle découvre le centre Tushita (1). Elle ne connaît pas le bouddhisme et n’a jamais baigné dans la spiritualité, mais, curieuse, elle décide de suivre une retraite d’initiation de dix jours avec le professeur et conférencier Glen Svensson. Dès le début, son enseignement fait écho en elle : « C’était très étrange, car ses discours résonnaient si intensément que j’aie eu l’impression de les connaître déjà et de trouver des réponses sans avoir eu besoin de les chercher ».

Cette retraite sera la première d’une longue série. Elle enchaîne et suit des études/retraites de plus en plus poussées, notamment sur le Sutra du Cœur de la Grande Perfection de la Sagesse, « une révélation » dit-elle. A partir de ce moment-là, plus rien ne sera comme avant pour elle ; nous sommes en avril 2014.

Dès lors, la Suissesse ne voyage plus, elle chemine. À travers ses pèlerinages, elle se passionne pour les médecines naturelles, étudie la philosophie et le bouddhisme. Elle se forme, sur le terrain, la véritable école de la vie. Son CV donnerait le tournis à un Normalien : études au Népal avec Lama Zopa Rimpoché et avec Don Handrick en 2015, puis en 2018 avec le Vénérable Yarpel… et d’innombrables retraites avec les Vénérables Robina Courtin, Tenzin Palmo, Glen Svensson, etc. La dernière date de début 2019, à Bodhgaya en Inde, avec le Vénérable Namjong. Mais aussi des études en psychologie et philosophie bouddhiste avec Geshe Dorji Damdul en Inde et une formation intensive d’enseignante CEB « Cultivating Emotional Balance » avec les docteurs Eve Ekman et B. Alan Wallace en Suisse.

Si Mélanie a définitivement trouvé son refuge, elle se rappelle ce long chemin sacré : « Je suis devenue une autre personne. Grâce à la méditation, j’ai guéri de certains problèmes de santé, notamment des troubles d’anxiété et de sommeil. Mais cela m’a surtout appris à travailler le lâcher-prise, à vivre au présent et, de manière générale, à développer plus de moments de conscience », résume-t-elle, avant d’évoquer, émue, sa première rencontre avec le bouddhisme tibétain : « quand j’ai posé le pied à Dharmasala, je me suis sentie extrêmement bien, c’était inexplicable. Quand on trouve une forme de sérénité dans un lieu, pourquoi chercher ailleurs ? »

Thérapeute de la transformation

En traversant des paysages somptueux, la jeune femme globe-trotter a pris conscience de la destruction progressive de la planète et, par ricochet, de la fragilité des êtres humains. « Quand j’ouvre les yeux et que je vois l’état de notre Terre, je me dis qu’il y a encore beaucoup à faire pour savoir revenir dans l’être en paix. Le bouddhisme y contribue largement en développant l’altruisme et la bienveillance, en proposant des solutions alternatives en matière d’éducation, d’alimentation et en agissant sur la prise de conscience générale. »

Pratiquant quotidiennement la méditation, Mélanie élargit sa vision du bien-être aux médecines alternatives. Très attirée par la nature et les plantes, elle se forme maintenant aux fleurs de Bach et à leurs champs émotionnels, aux huiles essentielles par l’aromathérapie, aux soins énergétiques, au yoga, aux massages, aux bols chantants et à l’art ancestral de la pose des ventouses. Voilà pour la sacoche de celle qui refuse les trousses de secours.

« Nul besoin de partir loin pour profiter de notre beau ciel bleu. Tout est là, en bas de chez soi. »

En 2015, après avoir passé plusieurs mois au Népal pour aider les populations sinistrées (en collectant des fonds via le site Le pont des cœurs) par le tremblement de terre, elle a ouvert son espace « Suprêmes soins à Château-d’Oex en Suisse » et lancé son activité de « thérapeute en bien-être ». Elle manage désormais les esprits : elle ne les soigne pas, elle accompagne. » De même, elle ne goûte guère le terme de « coach » : « Je préfère le terme d’orientatrice de vie, car l’existence est pavée de carrefours, de voies à suivre selon les moments de la vie. Mon apport consiste à aider les personnes à trouver celle dans laquelle elles s’épanouiront le mieux. » Pour cela, elle écoute, démêle les nœuds conflictuels, établit les priorités et un programme à suivre, pas à pas. « Le bouddhisme et le développement personnel, deux conceptions qui peuvent parfois être complémentaires. Dans le même ordre d’idées, je me réjouis de voir que les médecines alternatives sont de plus en plus suivies et se marient aux disciplines traditionnelles. Il faut deux ailes à un oiseau pour voler. »

Marier pratique et théorie pour trouver le juste milieu, prendre de la distance pour se réaliser, tel pourrait être le credo de cette jeune femme sans frontières, sans œillères. « Pour cela, nul besoin de partir loin pour profiter de notre beau ciel bleu. Tout est là, en bas de chez soi. »

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Notes

(1) Centre de retraites et d’études de la tradition Mahayana du bouddhisme tibétain, situé à Dharamkot, près de Dharamsala, fondé par les lamas Thubten Yeshe et Thubten Zopa Rinpoché.

Pour aller plus loin

Le site de Mélanie Henchoz : https://mh-02.webself.net

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