La danse des morts

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Enryaku-ji est un complexe de temples bouddhistes situé sur le mont Hiei, au nord-est de Kyoto. Elle a été fondée en 788 par Saicho (767-822), qui fonda plus tard la secte bouddhiste connue sous le nom de Tendai. Le parc du temple comprend 150 salles regroupées en trois zones : Todo (« Pagode de l’Est »), Saito (« Pagode de l’Ouest ») et Yokawa. Dans cette dernière zone se trouve la salle Yokawa Chudo, un centre religieux consacré au culte du bodhisattva Kannon. On raconte qu’une année, la statue de Kannon vénérée dans ce prestigieux édifice prit vie et sauva des hordes d’âmes mortes rassemblées dans la cour du temple.

Au cours de l’été d’une certaine année, les moines de Yokawa Chudo, l’une des salles de l’Enryaku-ji, se rassemblaient pour préparer Obon, la fête des morts. Ils ont nettoyé la salle ; essuyé la suie de ses murs ; et déposa des offrandes devant la statue de Kannon, le bodhisattva de la compassion. Ils ont continué leurs tâches comme d’habitude. Mais cette année-là, un moine fit une observation qui poussa ses camarades à célébrer Obon d’une manière complètement nouvelle et inoubliable.

« Il faut se dépêcher », remarqua-t-il en polissant les objets de cérémonie sur l’autel. « Dans quelques heures, le Grand Roi Enma ouvrira les portes des six royaumes de la renaissance et permettra aux morts de revenir sur terre. »

« Ce faisant, ils pourront visiter leurs maisons », répondit un autre moine. « Là-bas, leurs proches les accueilleront, diront des prières en leur mémoire et leur permettront d’échapper à leur condition et d’entrer en terre pure !

« C’est vrai », ajouta un troisième moine, « mais avez-vous déjà pensé aux autres morts, à ceux qui n’ont plus de parents vivants sur terre ? Eux aussi descendent sur terre, mais ils n’ont nulle part où aller et personne pour intercéder en leur faveur auprès des bouddhas pour leur accorder l’entrée dans la terre pure. »

Ces mots ont envoyé une onde de choc parmi les moines. Ils n’avaient jamais pensé au sort de ces morts errants qui n’avaient pas de descendance pour les accueillir.

« Nous devons faire quelque chose pour les aider ! s’exclama le moine qui avait engagé la conversation. « Invitons-les dans notre salle, prions pour eux et demandons à Kannon de les emmener dans la Terre pure. »

Touchés par l’initiative de leur camarade, les moines se rassemblèrent rapidement devant la statue de Kannon et récitèrent des prières à la gloire de la déesse.

Au même moment, le Grand Roi Enma ouvrit les portes des six royaumes et permit à leurs habitants de retourner sur terre. Ceux qui avaient des parents vivants sont rentrés chez eux. Les autres, qui n’avaient pas de descendance, se dirigèrent également vers la terre mais erraient sans but, car personne ne les attendait. Mais à mi-chemin, ils entendirent une voix douce et harmonieuse qui les appelait et les dirigeait vers une montagne.

A Yokawa Chudo, les moines ont continué à prier. Soudain, ils virent la statue de Kannon ouvrir les yeux. Oui, la statue s’était réveillée ! Il descendit de son piédestal, quitta le hall et s’arrêta dans la cour. Là, il faisait d’étranges gestes avec ses mains et marmonnait des incantations dont les moines ne parvenaient pas à comprendre le sens.

L’instant d’après, la terre trembla et s’ouvrit, permettant à des hordes de morts d’émerger. En tête se trouvaient les morts condamnés à renaître dans le royaume de l’enfer, suivis par les habitants du royaume des fantômes affamés, du royaume des bêtes, du royaume des demi-dieux combattants et enfin du royaume des êtres célestes.

Une foule d’âmes de ces royaumes se rassemblaient autour de la déesse, la remerciant abondamment, lui offrant des fleurs, brûlant de l’encens en son honneur et exécutant des danses symbolisant leurs conditions respectives. Les habitants de l’enfer ont représenté leurs abominables tortures. Les fantômes affamés mimaient leur éternelle quête de subsistance. Les bêtes exécutaient une danse de fardeaux et de proies. Les demi-dieux combattants décrivaient leurs combats sans fin, et les êtres célestes, malgré leur état enviable, évoquaient l’inévitable dégénérescence de leurs formes divines.

Alors que l’aube se levait et que le soleil touchait la cour, chaque âme était enveloppée de lumière et disparaissait progressivement. Pour les moines témoins de ce miracle, il n’y avait aucun doute : ces âmes perdues n’étaient pas retournées dans leurs royaumes. Kannon les avait conduits vers la terre pure.

Depuis Kyoto fantomatique © 2026 par Éric Faure. Réimprimé en accord avec Shambhala Publications, Inc. Boulder, CO. www.shambhala.com.

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François Leclercq

François Leclercq est le fondateur de Bouddha News, site internet qui a pour but de diffuser des informations et des conseils pratiques sur le bouddhisme et la spiritualité. François Leclercq est né et a grandi à Paris. Il a étudié le bouddhisme à l'Université de Paris-Sorbonne, où il est diplômé en sciences sociales et en psychologie. Après avoir obtenu son diplôme, il s'est consacré à sa passion pour le bouddhisme et a voyagé dans le monde entier pour étudier et découvrir des pratiques différentes. Il a notamment visité le Tibet, le Népal, la Thaïlande, le Japon et la Chine.

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