‘Hojoki’

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La rivière coule sans cesse et son eau ne reste jamais la même. Les bulles qui flottent sur ses bassins tantôt disparaissent, tantôt se reforment, mais ne durent jamais longtemps. Et il en est de même pour les gens de ce monde et pour leurs habitations.

Dans notre éblouissante capitale, les maisons de haut et de bas peuplent les rues, une foule bousculée de toits et de tuiles, et ce, au fil des générations. Pourtant, demandez-vous si c’est vraiment le cas et vous découvrirez que presque aucune maison n’a été là depuis longtemps. Certains ont brûlé l’année dernière et ont été reconstruits cette année. D’autres étaient autrefois de grandes demeures, tombées en ruine, où se dressent aujourd’hui de petites maisons.

Et il en est de même pour ceux qui y vivent. Les lieux restent toujours aussi remplis de monde, mais parmi ceux qu’on y a vu autrefois, il n’en reste plus qu’un ou deux sur vingt ou trente. La mort le matin, le soir une autre naissance, voilà l’ordre des choses, qui n’est pas différent des bulles du ruisseau.

La mort le matin, le soir une autre naissance, voilà l’ordre des choses, qui n’est pas différent des bulles du ruisseau.

D’où viennent-ils, ces nouveau-nés ? Où vont les morts ? Je ne sais pas. Je ne sais pas non plus pourquoi nos cœurs devraient s’inquiéter de ces brèves demeures, et pourquoi nos yeux y trouvent un tel plaisir. Un propriétaire et sa maison rivalisent impermanencecomme la rosée qui disparaît sur la gloire du matin. La rosée peut disparaître tandis que la fleur reste, mais elle ne vit que pour disparaître avec le soleil du matin. Ou peut-être que la fleur se flétrit alors que la rosée repose encore, mais même si elle reste, elle aussi disparaîtra avant le soir.


je Je suis entré dans la maison et la propriété par l’intermédiaire de ma grand-mère paternelle et j’y ai vécu de nombreuses années. Plus tard, mes liens avec le lieu se sont rompus, je suis descendu dans le monde et, malgré tous mes bons souvenirs, j’ai finalement dû quitter ma maison. Passé la trentaine, j’ai choisi de construire une autre petite maison.

Elle ne faisait qu’un dixième de la taille de mon ancienne maison. Je ne me suis construit qu’une seule habitation ; il n’y avait aucun moyen d’ajouter des dépendances décentes. J’ai réussi à ériger un mur autour, mais les fonds n’ont pas permis d’atteindre une porte d’entrée. J’ai utilisé du bambou comme cadre pour un hangar pour contenir la voiture. Les choses étaient toujours loin d’être sûres lorsque la neige tombait ou que le vent soufflait. L’endroit était près de la rivière et risquait donc d’être inondé, et les voleurs étaient une source d’inquiétude constante.

Au total, j’ai passé une trentaine d’années difficiles à résister aux aléas de ce monde. À chaque nouvel échec, je comprenais à nouveau combien ma chance était misérable. C’est ainsi qu’au printemps de mes 50 ans, je suis venu quitter ma maison et prendre la tonsure, et j’ai tourné le dos au monde. Je n’avais jamais eu de femme ni d’enfants, donc il n’y avait pas de liens étroits difficiles à rompre. Je n’avais ni rang ni salaire à renoncer. Qu’y avait-il pour me retenir au monde ? J’ai fait mon lit parmi les nuages ​​des montagnes d’Ohara, et j’y ai passé cinq années stériles. Aujourd’hui, à 60 ans, alors que la rosée de la vie est sur le point de s’estomper, je me suis construit une autre demeure pour m’accueillir pendant ces dernières années. Je suis, si l’on veut, comme un voyageur qui crée un abri pour la nuit, ou comme un vieux ver à soie filant son cocon. Ce n’est pas le centième de la taille de la maison de mes années intermédiaires. Au fur et à mesure que je me plaignais tout au long de ma vie, chaque année qui passait augmentait mon âge et chaque déménagement réduisait mon logement.

Cette maison ne ressemble pas du tout à une maison normale. Il ne mesure que dix pieds carrés et moins de sept pieds de haut. Comme je ne me préoccupais pas beaucoup de l’endroit où je vivais, je n’ai pas construit la maison en fonction du site. J’ai simplement installé une fondation, érigé un peu de toit et fixé chaque joint avec un loquet métallique, de sorte que si je ne me souciais pas d’un endroit, je pouvais facilement me déplacer vers un autre. Après tout, à quel point cela serait-il difficile de reconstruire ? Il suffirait de deux charrettes pour déplacer la maison, et la seule dépense serait le transporteur.

Depuis que j’ai pris ma retraite ici, au mont Hino, j’ai ajouté un auvent de trois pieds sur le côté est de ma cabane, sous lequel je peux stocker du bois de chauffage et cuisiner. Au sud, j’ai aménagé une véranda en lattes de bambou, avec une étagère à offrandes à son extrémité ouest. À l’intérieur, un paravent divise la partie nord-ouest de la pièce, où j’ai installé une image peinte de Amida avec un autre bodhisattva Fugen accroché à côté, et une copie du Sûtra du Lotus placés devant eux. Au bord est de la pièce, j’ai étendu un enchevêtrement de fougères pour servir de lit. Une étagère est suspendue au plafond dans le coin sud-ouest et contient trois boîtes en cuir noir contenant des extraits d’anthologies poétiques, de traités musicaux, Les éléments essentiels du salutet ainsi de suite. A côté de ce stand, il y a un koto et un biwa. Le koto est du type pliable, le biwa a un cou amovible. Telle est ma demeure temporaire.

Quant aux abords, au sud se trouve une conduite d’eau en bambou, et j’y ai placé des rochers pour faire un bassin. La forêt est proche de la maison, je ne manque donc pas de broussailles à ramasser. Le nom du lieu est Toyama. Les vignes couvrent les sentiers, les arbres envahissent la vallée voisine, mais le terrain est ouvert à l’ouest. En effet, il existe de nombreuses aides à mes méditations. Au printemps, je contemple des étendues de glycines qui brillent à l’ouest comme les nuages ​​​​violets qui transportent l’âme au ciel. En été, j’entends la chanson du hototogisuet à chaque appel il affirme sa promesse de me conduire sur le chemin de la mort. En automne, la voix du grillon remplit mes oreilles, un son qui semble chagriner une vie éphémère si vite abandonnée. En hiver, la neige me remplit de pathétique. La voir s’accumuler pour fondre et disparaître est comme l’augmentation des péchés qui bloquent notre chemin vers la rédemption, que la pénitence effacera.

Quand je me lasse de chanter le nenbutsu et que je ne me sens pas enclin à lire les sutras, je peux choisir de me reposer et de paresser comme je le souhaite. Il n’y a personne pour me faire obstacle ou pour me faire honte. Même si je n’ai pas fait vœu de silence, ma solitude me protège des maux de la parole. Je ne fais aucun effort particulier pour respecter les préceptes, mais dans un environnement aussi propice, qu’est-ce qui pourrait m’amener à les enfreindre ?

Les matins où mes pensées se tournent vers les « vagues blanches qui se retirent » de cette vie éphémère, je regarde les bateaux qui sillonnent la rivière à Okanoya et savoure comme les miens les sentiments du vieux poète Novice Mansei. Les soirs où le vent bruisse dans les feuilles des Katsura arbres, je retourne mes pensées vers la crique de Xunyang et cueille mon biwa sur le chemin d’Isunenobu. Et si l’humeur est toujours là, je joue souvent au son du vent dans les pins le morceau intitulé « Autumn Wind Music » ou « Flowing Spring » au murmure de l’eau courante. Mes compétences sont médiocres, mais je ne vise pas à plaire aux oreilles des autres. Je joue seul, je chante seul, simplement pour mon épanouissement.


LComme la lune suspendue au-dessus du bord de la montagne, ma vie penche maintenant vers sa fin. Bientôt, j’entrerai dans l’obscurité des trois chemins. À quoi sert-il de réfléchir aux actions passées ?

L’enseignement essentiel du Bouddha est d’abandonner tout attachement. Cet attachement pour ma cabane que je vois maintenant doit être une erreur, et mon attachement à une vie de retraite et de paix est un obstacle à renaissance. Comment pourrais-je perdre ainsi mes journées à décrire des plaisirs inutiles ?

Dans l’aube tranquille, je réfléchis à cela et interroge mon propre cœur : vous avez fui le monde pour vivre parmi les forêts et les montagnes afin de discipliner l’esprit et de pratiquer la voie bouddhiste. Mais bien que tu aies tous les attributs d’un saint homme, ton cœur est corrompu. Votre demeure peut aspirer à être la cabane du saint Vimalakirti lui-même, mais la pratique que vous y maintenez ne peut même pas égaler celle de l’imbécile Suddhipanthaka. Après tout, vous êtes-vous laissé distraire par la pauvreté ordonnée par les péchés passés ? Ou vos délires vous ont-ils fait basculer dans la folie ?

Quand je confronte ainsi mon cœur, il ne peut pas répondre. Tout au plus cette langue mortelle ne peut-elle se terminer que par trois invocations hésitantes du nom sacré et inaccessible d’Amida.

Écrit dans sa hutte sur Toyama à la fin du troisième mois de la deuxième année de Kenryaku, par le moine Ren’in.

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Depuis Essais sur l’oisiveté et le Hojoki par Kenko et Chomei ; traduit par Meredith McKinney, introduction et notes par Meredith McKinney, publié par Penguin Classics, une marque de Penguin Publishing Group, une division de Penguin Random House, LLC. Les documents de traduction et de rédaction sont protégés par copyright © 2013 par Meredith McKinney. Publié pour la première fois en Grande-Bretagne par Penguin Classics 2013.

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François Leclercq

François Leclercq est le fondateur de Bouddha News, site internet qui a pour but de diffuser des informations et des conseils pratiques sur le bouddhisme et la spiritualité. François Leclercq est né et a grandi à Paris. Il a étudié le bouddhisme à l'Université de Paris-Sorbonne, où il est diplômé en sciences sociales et en psychologie. Après avoir obtenu son diplôme, il s'est consacré à sa passion pour le bouddhisme et a voyagé dans le monde entier pour étudier et découvrir des pratiques différentes. Il a notamment visité le Tibet, le Népal, la Thaïlande, le Japon et la Chine.

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